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Exotisme vaudois (15/41)À la recherche de la plus belle table de pique-nique vaudoise

Pas facile de dénicher l’endroit parfait pour un repas convivial en pleine nature. Le mobilier, l’accès, le lieu, les aménagements, tous ces critères ont guidé notre quête. Reportage.

La table de la falaise est magnifique. Aussi bien dans sa construction que par rapport à sa localisation. A droite, Jean Pavillard, notre guide du jour.
La table de la falaise est magnifique. Aussi bien dans sa construction que par rapport à sa localisation. A droite, Jean Pavillard, notre guide du jour.
Marius Affolter

Avec l’été vient l’heure des pique-niques champêtres. Du bord du lac aux sommets des montagnes, les lieux aménagés pour recevoir des gourmets essaiment dans nos campagnes. Amateurs de restauration sur le pouce: à vos sandwichs, barres de céréales et crudités, l’aventure commence.

On enquête, on cherche, on visite pour découvrir un coin secret au creux d’une rivière, dans un sous-bois où dansent les fées, à deux pas d’un puits mystérieux et dans la fraîcheur d’un versant nord. Des endroits charmants offrant aux visiteurs de passage un lieu de repos confortable. Difficile de trouver l’endroit idéal.

Trouver la perle parmi les perles

Qui peut savoir où trouver la pépite d’or? Naturellement, l’Office du tourisme vaudois nous conseille les tonnelles disséminées çà et là dans les vignes de la Riviera. Le Lavaux offre un panorama exceptionnel sur le lac et les Alpes. Mais pour cette série d’été, il fallait quelque chose de plus exotique.

«Mais vous cherchez quoi exactement?» «Une table avec des bancs pour faire un pique-nique. La plus belle du canton.» «En voilà une demande singulière. Je vous rappelle.» Au bout du fil, Jean Pavillard, guide dans la région de Leysin-Les Diablerets et à l’international. À cheval entre la Suisse et les États-Unis, il conduit des expéditions aux quatre coins du globe à la conquête de destinations mythiques. Quelques jours plus tard, rendez-vous est pris aux Diablerets pour une grimpette entre ciel et roches. Destination: les deux tables installées sur le sentier du Drudy qui court entre le Lécheré et la cabane de Pierredar.

En préambule, le montagnard détaille: «C’est une randonnée de style alpin cotée T4.» Autrement dit, pied sûr et bonnes connaissances de la montagne indispensables. «Et puis, il ne faut pas avoir peur du vide. La section entre Lécheré et Pierredar peut être impressionnante.» Nous voilà prévenus.

Depuis le col du Pillon, il est possible d’emprunter la télécabine qui mène à Glacier 3000.
Depuis le col du Pillon, il est possible d’emprunter la télécabine qui mène à Glacier 3000.
Marius Affolter
Le parcours commence doucement à travers champs.
Le parcours commence doucement à travers champs.
Marius Affolter
La première table de pique-nique se trouve au milieu d’un champ de fleurs. Le panorama est magnifique. Attention toute fois à ne pas trop s’éloigner. La falaise tombe à pic. Elle marque aussi le début du sentier du Drudy.
La première table de pique-nique se trouve au milieu d’un champ de fleurs. Le panorama est magnifique. Attention toute fois à ne pas trop s’éloigner. La falaise tombe à pic. Elle marque aussi le début du sentier du Drudy.
Marius Affolter
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La randonnée débute doucement à flanc de coteau entre couvert forestier, clairières et alpages. Quelques passages sont délicats et il faut s’accrocher aux chaînes pour ne pas glisser.

Après deux heures de marche, la première installation est en vue au sommet d’un talus herbeux. De guingois, cette jolie table carrée en bois est de bonne facture et peut accueillir huit convives. Elle marque aussi le point de départ de la section la plus vertigineuse du parcours. L’occasion de faire une pause et d’admirer la vue sur le col de la Croix et le sommet des Diablerets.

Un itinéraire historique

L’histoire de ce sentier commence dans les années 1920 alors que les paysans de la région l’empruntent, avec les vaches, pour se rendre du Creux de Champ au Pillon. Le passage est utilisé jusque dans les années 1970 avant d’être abandonné. Dans les années 2000, des guides de la région, Pierre-Alain Hofer et Roland Garin, et l’association de la cabane de Pierredar, décident de réhabiliter le chemin. Le sentier est inauguré en 2012.

Croisé en chemin, Roland Garin se souvient: «C’était un sacré travail de remettre le chemin en état. Surtout dans la dernière partie. C’est son utilisation de longue date qui nous a permis de le faire.» Et les tables de pique-nique? «Dès le début du projet on a parlé de faire deux tables. On s’est dit que ça serait sympa et que ça ferait un objectif pour les gamins, raconte le guide ormonan. On les a montées avec un hélico dans la même journée.» C’est le Groupement de la construction d’Ormont-Dessus qui a construit et offert le mobilier.

Roland Garrin est l’un des guides qui a participé à la réhabilitation du sentier. Il y a quelques semaines, il a ajouté ce banc sur le sentier qui rejoint le refuge de Pierredar depuis Creux de Champ.
Roland Garrin est l’un des guides qui a participé à la réhabilitation du sentier. Il y a quelques semaines, il a ajouté ce banc sur le sentier qui rejoint le refuge de Pierredar depuis Creux de Champ.
Marius Affolter

«On s’est dit que ça serait sympa et que ça ferait un objectif pour les gamins»

Roland Garin, guide de montagne

Retour à la promenade, on suit un sentier qui traverse un cirque de verdure. «Faites attention où vous mettez les pieds. Le sentier n’est pas difficile mais si vous glissez, il y a une falaise juste en dessous, et c’est fini», prévient notre guide du jour. «Il faut absolument encorder les enfants, précise-t-il. Et ne pas s’y engager si la météo est mauvaise.» La marche se fait plus silencieuse, concentrée sur chaque pas.

Ce couloir herbeux s’appelle le Drudy. C’est lui qui a donné son nom au sentier. La pente est verticale.
Ce couloir herbeux s’appelle le Drudy. C’est lui qui a donné son nom au sentier. La pente est verticale.
Marius Affolter
Les marques blanc-bleu-blanc rappellent qu’on est sur un itinéraire alpin. Ici, il n’y a pas de difficultés techniques particulières mais si la météo est mauvaise, le chemin peut devenir très glissant.
Les marques blanc-bleu-blanc rappellent qu’on est sur un itinéraire alpin. Ici, il n’y a pas de difficultés techniques particulières mais si la météo est mauvaise, le chemin peut devenir très glissant.
Marius Affolter
Ici, on comprend la dangerosité du passage. La pente est abrupte et la hauteur des murs de roches laisse peu d’espoir de salut en cas de chute.
Ici, on comprend la dangerosité du passage. La pente est abrupte et la hauteur des murs de roches laisse peu d’espoir de salut en cas de chute.
Marius Affolter
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Au sommet du couloir du Drudy, on longe la falaise jusqu’à ce qu’un banc et une table se dévoilent dans une alcôve naturelle, presque suspendue au-dessus du vide. Le regard s’illumine. L’ensemble est d’excellente qualité, solidement ancré dans le sol et légèrement ombragé: «J’ai conçu quelque chose de modulable pour l’adapter au rocher, se remémore Julien Genier, le forgeron. Après les heures qu’on avait passées à creuser le chemin et poser le câble, c’était une bonne façon de marquer le coup.»

Le paysage offre au randonneur dans un tableau en perpétuel mouvement.
Le paysage offre au randonneur dans un tableau en perpétuel mouvement.
Marius Affolter
Lové dans le creux de la falaise, le pique-nique est royal.
Lové dans le creux de la falaise, le pique-nique est royal.
Marius Affolter
Une fois au fond du Creux de Champs, le chemin s’aplanit. En longeant la rivière, on la voit grossir à vue d’œil.
Une fois au fond du Creux de Champs, le chemin s’aplanit. En longeant la rivière, on la voit grossir à vue d’œil.
Marius Affolter
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Le spectacle offert par le cirque des Diablerets est fabuleux. On pourrait rester des heures à regarder les nuages jouer avec les sommets et à détailler les couches de roches, pliées par la force de la nature. «Alors qu’est-ce que vous en dites?» Jean Pavillard sourit devant les visages ébahis. «Oui, alors ça, c’est extraordinaire!» Cette table est un joyau.

On peine à s’arracher du lieu pour continuer la traversée. Les longueurs suivantes sont équipées d’une main courante dans les passages les plus difficiles. Arrivé à la jonction avec le chemin qui monte du Pierredar, le tronçon alpin se termine. Pour redescendre aux Diablerets, il reste une bonne heure de descente et 800 m de dénivelé entre pâturages et forêts. Le temps d’un séré à la framboise en attendant le train on peut se questionner encore: est-ce la plus belle table de pique-nique vaudoise? Nul ne peut l’affirmer, mais elle a certainement gagné ses lettres de noblesse.

Infos pratiques: Sentier du Drudy depuis le col du Pillon puis descente par le Creux de Champ.
Accès en transports publics: train jusqu’aux Diablerets puis le bus jusqu’au col du Pillon. Retour avec le train des Diablerets. Compter 7 à 8h pour le tour complet avec les pauses. Les tables se situent à 2h-2h30 de marche du col.
Guides de Leysin-Alpes Vaudoises:
https://guideservice.ch/
Refuge de Pierredar:
http://www.pierredar.ch/

«Le guide des places de pique-nique» inventorie les 200 plus beaux sites de Suisse romande avec moult détails et informations pratiques. On y trouve des adresses pour tous les goûts. Accès en voiture ou à pied. Des sommets aux bords de lacs et rivières. En famille, entre amis ou en couple. Infos: www.pique-nique.ch (édité par GeneralMedia et Loisirs.ch)