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Intégrale des symphonies jouée à LausanneÀ l’OCL, Beethoven charrie des flots d’émotions

À mi-parcours, l’orchestre et Joshua Weilerstein sont dopés par un public très enthousiaste, malgré les contraintes sanitaires.

L’OCL a retrouvé son public depuis le 4 septembre avec l’intégrale des neuf symphonies de Beethoven en quatre concerts sous la direction de Joshua Weilerstein.
L’OCL a retrouvé son public depuis le 4 septembre avec l’intégrale des neuf symphonies de Beethoven en quatre concerts sous la direction de Joshua Weilerstein.
Yuri Tavares

L’intégrale des symphonies de Beethoven offerte par l’OCL avait été pensée comme une ouverture de saison festive en hommage aux 250 ans du compositeur. Il était dit que ces concerts ne seraient pas comme les autres: gratuits, portes de la salle Métropole grandes ouvertes. Ils ne ressemblent à rien de ce qu’on a pu vivre jusqu’ici, avec le public orienté vers des zones distinctes et infranchissables, avec ces contrôles d’identité et ces masques omniprésents jusque sur la scène. Quant à savoir ce que cela augure pour la suite, nul ne saurait le prévoir. On préférerait que l’énergie inépuisable de l’orchestre et du chef Joshua Weilerstein, que l’écoute attentive du public, son enthousiasme et sa gratitude démonstrative envers les musiciens deviennent la norme des concerts de l’OCL plutôt que le port du masque et toutes les contraintes qui pénalisent la convivialité.

Pris en otage

Il fallait que ce soit Beethoven pour ces retrouvailles symphoniques après des mois de disette. Rien de mieux que cette musique dense et organique pour combler ce manque, aiguiser l’écoute et supprimer nos pesanteurs. La présence d’un seul compositeur, le gang des cordes dont les masques noirs nous privent de décoder l’expression des visages, tout cela focalise l’attention sur la seule musique. Et elle le mérite infiniment quand l’OCL et son chef l’empoignent ainsi.

«Beethoven est une prise. L’emprise ne se desserrera pas»

André Tubeuf, écrivain et musicographe

Lors du concert de lundi, il y a eu très peu de flottements ou d’imprécisions, mais un seul élan unissant les univers pourtant si dissemblables des «Symphonies» 4, 5 et 6. Dans ce flot charriant tant d’émotions, il est injuste de ne retenir que la caresse de la clarinette dans l’adagio de la 4e, le soyeux des cordes dans l’andante de la 6e ou le tranchant collectif d’une 5e affûtée comme rarement. Plus profondément, l’intuition de l’écrivain André Tubeuf à propos de Beethoven s’impose: «Il ne séduit pas, n’enjôle pas. Il prend. Beethoven est une prise. L’emprise ne se desserrera pas.» Nous en sommes les otages consentants.

Lausanne, salle Métropole
Je 10, sa 12 septembre (19 h), complet
Diffusion sur Espace 2 du 14 au 20 septembre à 20 h
Diffusion sur RTS2 le dimanche à 23 h 15 entre le 15 novembre et le 20 décembre
www.ocl.ch