Votre navigateur est obsolète. Veuillez le mettre à jour avec la dernière version ou passer à un autre navigateur comme ChromeSafariFirefox ou Edge pour éviter les failles de sécurité et garantir les meilleures performances possibles.

Passer au contenu principal

À voir en streaming
«The Bear» et Cie, ces séries qui vont vous donner les crocs

Dans «The Bear», l’acteur Jeremy Allen White percute dans le rôle du chef Carmen «Carmy» Berzatto.
Abonnez-vous dès maintenant et profitez de la fonction de lecture audio.
BotTalk

Les hontes et regrets enfermés dans la marmite de Pandore, les mauvaises paroles échappées de la cocotte-minute du quotidien, les blessures qui, comme une saveur trop acide, rongent au plus profond des tripes… Dans le brouhaha de «The Bear», première saison, toute l’arrière-cuisine d’une tribu un peu glauque et dépareillée se dévoile à l’automne 2022.

Carmen «Carmy» Berzatto y arrive de Chicago précédé d’une réputation de chef surdoué pour sauver le bar à burgers de son grand frère Michael, mort par suicide. Et d’affronter les survivants, sa sœur mal dans sa peau, un cousin juste sorti de désintox en plein divorce, une sous-chef qui se rongeait les ongles dans son talent, pâtissier surdoué pour planer dans la meringue existentielle. Quelques autres olibrius finissent par attacher aussi sûr que les sucs d’une sauce à un fond de casserole.

Avec un culot débraillé qui, en définitive, se préoccupe peu de cuisine, cette série atypique produite par Disney malaxe une farce de joies, de chagrins, d’espoirs et de déceptions du quotidien. Culpabilité ancienne face au défunt, promesses manquées et trahisons coincent les gorges… jusqu’à la mère, interprétée par Jamie Lee Curtis, impeccable en virago alcoolo un peu folle. De quoi livrer «à consommer sur place ou à emporter» un épisode 6 d’anthologie. En une saison, «The Bear» avait révolutionné le streaming culinaire.

Rythme frénétique

Fort du triomphe populaire et critique, l’auteur Christopher Storer repasse les plats mais renouvelle le menu dans la seconde saison disponible depuis le 16 août sur Disney+. Le rythme, aussi frénétique qu’un éternel coup de feu dans la «Hell’s Kitchen» de Gordon Ramsay ou qu’une séquence tripale dans un film de John Cassavetes, s’apaise. La pâte lève, creuse les histoires des uns et des autres.

C’est là que la série cogne, dans les archétypes et avec une violence émotionnelle rare. Ça se confirme, les personnages de «The Bear» sont là pour vous fracasser le cœur, plus que pour remplir la panse. Ainsi du silencieux chef Carmen, autiste sinon handicapé du sentiment et pourtant anxieux de parler au monde à travers une épice, une herbe, une association de saveurs. L’acteur Jeremy Allen White, ancien de «Shameless», percute du fond de ses pupilles bleues qui semblent rougir à mesure des épisodes, dans la fièvre de l’urgence, la brûlure des révélations, les pelures d’oignons aussi.

Le contenu qui place des cookies supplémentaires est affiché ici.

À ce stade, vous trouverez des contenus externes supplémentaires. Si vous acceptez que des cookies soient placés par des fournisseurs externes et que des données personnelles soient ainsi transmises à ces derniers, vous devez autoriser tous les cookies et afficher directement le contenu externe.

Anecdotes réelles

L’auteur Christopher Storer, la quarantaine, dit s’être inspiré d’anecdotes réelles confiées par un pote restaurateur que des scénaristes n’auraient jamais osé inventer – se laisser piéger dans la salle frigorifique le soir de l’ouverture, voir les toilettes exploser en plein service, etc. Et si la Toile s’est mise à «buzzer» pour rendre compte de la succulence de quelques chips écrasées en fin de cuisson d’une omelette baveuse, c’est surtout la carcasse dramatique désossée avec une cruauté méticuleuse qui rassasie.

«J’épluche les champignons tous les matins. En soi, cela n’a pas d’autre intérêt que de montrer au client combien nous nous soucions de lui…»

Olivia Colman, comédienne dans «The Bear»

La cadence se veut des plus originales, avec des épisodes allant de 20 minutes à plus d’une heure, de longs temps de repos suivis d’une hyperactivité intense, des arrêts sur personnage inattendus et des séquences méditatives. Pas question ici de célébrer des victoires trop évidentes, de courser le «happy end». Si la narration joue la montre, c’est pour montrer les cuistots exténués par la pression dévorante du métier, ses tâches qui bouffent tout cru en s’enchaînant à un rythme forcené.

Alors qu’un sentiment d’improvisation semble ici constant, tout jaillit de préparations élaborées. Voir l’immense Olivia Colman faire une apparition, lors d’une séquence mémorable digne d’un enseignement de Pierre Gagnaire. «J’épluche les champignons tous les matins. En soi, cela n’a pas d’autre intérêt que de montrer au client combien nous nous soucions de lui…»

Jeux un peu tarte à la crème

Cette vigilance tient au ventre de «The Bear». En matière de streaming, il n’y a pas pénurie d’épisodes gastronomiques. Mais cela tend plutôt à la junk food à travers des programmes souvent gavants, téléréalités répétitives où la chantilly souffle la bêtise en couches épaisses, documentaires fades par leur caractère consensuel, comédies romantiques plus ou moins touchantes. À l’exception de pépites comme «Street Food» ou «Chef’s Table», de personnalités tonitruantes comme Gordon Ramsay, l’offre déçoit souvent.

Chacun copie l’autre, déclinant à l’infini des jeux un peu tarte à la crème, des compétitions un peu vaines comme le récent «Five Stars». Par sa singularité inespérée sur un thème universel, «The Bear» se démarque sans peine. Déjà parce que creusant à la source de la gastronomie, il parle de partage avec les potes, la famille, avec l’inconnu aussi, et comment s’accommoder de ces nourritures terrestres. «The Guardian» y a même vu une date dans l’histoire des séries télévisées aussi décisive que les premières saisons de «Mad Men». Sans modération, donc.

«The Bear», Disney +, 2 X 18, 20’-66’.