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AboDinosaures du rock
AC/DC décharge ses dernières batteries

De retour au micro, Brian Johnson a conquis le Letzigrund. Mais même pour le gratteux Angus Young, de 7 ans son cadet, le poids des années de service se fait largement sentir.
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«Power Up». Branché. Les noms de leur 17e album et de la tournée qui lui fait logiquement suite le clament haut et fort: AC/DC n’a pas encore tiré la prise. Au milieu de ses rangs décimés – Malcolm Young est décédé en 2017, remplacé par son neveu Stevie, et ni le batteur Phil Rudd ni le bassiste Cliff Williams ne participent à cette virée européenne –, le groupe semble de plus en plus mal en point. Seuls Angus Young et le vocaliste Brian Johnson tiennent tant bien que mal, derniers fossiles des années glorieuses. Le moment de débrancher le respirateur artificiel a-t-il sonné?

À voir le stade du Letzigrund plein à ras bord et bouillonnant malgré l’orage qui menace, on se dit que les fans ne sont pas prêts à signer le certificat de décès. Ceux-ci avaient deux bonnes raisons de se rendre au chevet des Australiens à Zurich. Primo, le retour inespéré de Brian Johnson au micro. Son ouïe ravagée par des décennies de rock’n’roll, le natif de Newcastle avait dû renoncer à la dernière tournée du groupe, au profit d’un remplaçant controversé en la personne du fantasque Axl Rose. Deuzio: les occasions de revoir AC/DC en concert s’annoncent limitées. La tournée en question remonte à 2016. À ce rythme-là, Angus soufflera ces 77 bougies lors de sa prochaine apparition et son acolyte à l’inamovible casquette aura atteint l’âge vénérable de 84 printemps.

Les deux stars ont assuré le show, épaulées par une section rythmique docilement planquée à l’arrière-scène.

La tournée Power Up était donc attendue religieusement. À l’instant où l’arbitre siffle la fin d’Italie-Suisse, le Letzigrund s’embrase. Non pour célébrer la victoire de la Nati, mais parce que Angus Young vient de pointer le bout de sa cravate. Cinquante mille paires de poumons scandent les refrains iconiques de «If You Want Blood (You’ve Got It)» et «Back In Black». Un détail ne trompe pas: les deux maigres extraits du petit dernier présentés samedi laissent en revanche une large majorité du public indifférente. AC/DC n’a jamais réussi son entrée dans le XXIsiècle.

Miaulements en ronrons

Retour vers le passé donc. Les hits s’enchaînent, offrant un détour par 11 des 17 albums du groupe. Ce «best of» prend un méchant goût de déjà entendu: sur les 21 chansons jouées samedi, 14 figuraient déjà au menu du concert bernois de 2016. Et la sélection n’a pas évolué d’un iota depuis le coup d’envoi de ce Power Up Tour, le 17 mai, sinon pour écourter légèrement le show. AC/DC ronronne. Un paradoxe alors que les cris de Johnson évoquent davantage les miaulements colériques d’un matou.

L’éternel écolier récite encore parfaitement sa leçon.

Qu’à cela ne tienne: les 50’000 fans présents savourent l’instant et Brian Johnson semble heureux d’être de retour, arpentant la scène de sa démarche patibulaire et se fendant occasionnellement d’un sourire. Le bonhomme ne semble toutefois pas enclin à sympathiser avec son public. Il faut attendre plus d’une heure et un «Shoot To Thrill» copieusement applaudi avant que l’Anglais ne daigne décocher un «thank you». Il en lâchera un second en fin de concert.

Les fans du groupe affichent toujours la même ferveur.

De son côté, le «jeunot» Angus Young tente de se lâcher et d’enchaîner son traditionnel sautillement mais le poids de ses 51 ans de service pèse. L’éternel écolier maîtrise encore parfaitement sa leçon. En attestent l’avalanche de notes qui composent le solo de «Riff Raff» et une exécution globalement irréprochable mais sa fatigue est palpable. Tout comme celle de Brian Johnson, indiscutablement à la peine sur les très attendus «Hells Bells» et «Highway To Hell». À l’arrière, les remplaçants Stevie Young, Chris Charney et le batteur Matt Laug, tiennent la baraque. La section rythmique reste très docilement dans l’ombre du mur d’amplis Marshall, laissant les deux stars tenter d’occuper la vaste scène, au détriment de tout esprit rock.

Quelques moments de grâce réveillent le stade: le glas de «Hells Bells», le tapping de guitare frénétique d’Angus annonçant «Thunderstruck»... Le pêchu «Dirty Deeds Done Dirt Cheap» parvient même à tirer les deux seniors de leur torpeur. Pour le reste, le quintet récite sa leçon. On peut le comprendre: présenté en rappel, «T.N.T.» aurait été exécuté à plus de 1500 reprises si l’on en croit le site setlist.fm. Même les habituels accessoires de scène qui parsèment le show ont plus que jamais l’allure de gadgets, à l’image des douze canons mal synchronisés de «For Those About To Rock (We Salute You)». Imparable, l’hymne sorti il y a quarante-deux ans sur l’album du même nom devenu final inévitable parvient encore à procurer des frissons. Mais samedi, le traditionnel salut d’AC/DC ressemble fort à un adieu.

Ambiance rock’n’roll aux abords du stade zurichois.