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Abus sexuels à Saint-Maurice
«Il y a un sentiment de dégoût et d’horreur légitime»

Le chanoine Antoine Salina parle lors d'une conference de presse de l'Abbaye de Saint-Maurice apres les revelations de la RTS sur des cas d'abus sexuels qui auraient ete commis par des chanoines de l'institution le jeudi 23 novembre 2023 a Bex. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)
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C’est seul que le chanoine Antoine Salina a pris place, ce jeudi en milieu d’après-midi, devant les journalistes, pour la première conférence de presse de l’Abbaye de Saint-Maurice depuis l’éclatement en septembre du scandale des abus sexuels qui touche l’Église catholique. Un rendez-vous consécutif à la révélation par la RTS, dimanche soir dernier, d’accusations visant neuf chanoines agaunois.

«Désigné par le chapitre» de la congrégation des chanoines – qui compte actuellement 28 religieux –, Antoine Salina, 65 ans, chanoine depuis trente-huit ans, a d’abord demandé «pardon à toutes les victimes des agissements de certains confrères chanoines, à tous nos fidèles et amis de l’Abbaye, à tous nos collégiens de maintenant et d’avant, aux autorités qui nous ont fait confiance en lui déléguant la conduite du Collège depuis si longtemps, à tous les collègues enseignants actuels et ceux d’avant, à tout le personnel et les collaborateurs qui se dévouent au service de la maison».

Pas d’abus systémiques, selon l’Abbaye

Visiblement nerveux, le chanoine s’est excusé à plusieurs reprises pour son manque d’expérience dans l’exercice médiatique. «Je suis confrère parmi mes confrères, c’est ma seule autorité aujourd’hui», a-t-il souligné, réitérant un pardon «appuyé. Il y a plus qu’une déconvenue, un sentiment de dégoût et d’horreur que je qualifierai de légitime.»

Réfutant l’existence d’abus systémiques, Antoine Salina est revenu sur les cas révélés par les médias ces derniers jours, répétant que «plusieurs» d’entre eux «remontent à plus de soixante ans» et que «leurs auteurs sont pour la plupart décédés». Jugeant le témoignage de la jeune femme recueilli par l’émission «Mise au point» «bouleversant», l’Abbaye s’est dite «prête à l’entendre». Mais «nous ne pouvons naturellement pas juger la façon dont la justice a été rendue il y a vingt ans dans ce canton», a dit le chanoine, soulignant que «la justice s’[était] prononcée trois fois, [par] un arrêt de non-lieu, une décision refusant la reprise de la procédure et une ordonnance du Tribunal cantonal confirmant le refus de reprendre la procédure».

Le No 2 également mis en retrait

Le cas du prieur de l’Abbaye, qui avait pris la charge de l’abbé lorsque celui-ci, mis en cause dans l’enquête ordonnée par la Conférence des évêques suisses, avait annoncé se mettre en retrait le 13 septembre dernier, a naturellement été au cœur de la conférence de presse. «Selon une instruction du Vatican datant de 2003 et portée à notre connaissance, il a été accusé d’actes homosexuels consentis entre adultes. Ces actes sont condamnés par l’Église. [Il] a déjà été puni une fois pour ses actes.» La sanction, tombée en 2004: le retrait de la charge de maître des novices (religieux majeurs n’ayant pas encore prononcé leurs vœux). Par la suite, l’homme avait passé onze ans au Kazakhstan avant de revenir à Saint-Maurice au poste de prieur, soit le No 2 de l’abbaye.

Entendu mercredi par la police judiciaire, le chanoine s’est retiré de ses fonctions. Décapitée de ses deux têtes, l’Abbaye a annoncé ce jeudi avoir demandé à Rome la nomination d’un délégué apostolique «pour reprendre la gouvernance de la Communauté qui, de toute évidence, est trop fragile». Son nom sera communiqué dès sa désignation.

«Nous demandons pardon à toutes les victimes des agissements de certains confrères chanoines.»

Chanoine Antoine Salina

Alors que l’on apprenait, en cours de conférence de presse, que le recteur du Collège de Saint-Maurice se mettait en retrait à son tour, Antoine Salina a souligné la volonté de l’Abbaye de «collaborer activement avec le Ministère public sur les cas récents et anciens lui ayant été signalés». Dont acte: mercredi et jeudi, le procureur général et des inspecteurs de la police cantonale valaisanne se sont rendus à l’Abbaye dans le cadre d’une enquête préliminaire.