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Les invitésAcquittement d’un psychiatre accusé de viol: prise de position

Des psychothérapeutes, médecins et psychologues souhaitent que le verdict de cette affaire ne décourage pas d’autres victimes de s’exprimer.

Nous sommes psychothérapeutes, psychiatres ou psychologues, et souhaitons réagir au procès tenu en janvier au tribunal d’arrondissement de Lausanne, qui a vu un collègue psychiatre acquitté de l’accusation de viol sur une patiente et d’abus de détresse sur une autre patiente («24 heures» du 14 janvier 2021).

Sans nous prononcer sur la décision juridique qui n’est d’ailleurs pas définitive (un recours est pendant), nous exposons ici en quoi les faits relatés dans la presse nous paraissent extrêmement graves sur les plans déontologique et clinique.

Un premier article («24 heures» du 16 novembre 2020) rapporte donc, notamment, les éléments suivants (qui n’ont pas été, à notre connaissance, remis en question lors du procès) s’agissant de l’une de ces deux situations.

«S’engager dans un rapport sexuel, activement ou en répondant à des avances, constitue une faute de l’art et une transgression grave des règles déontologiques.»

(1) Mme A. a été suivie durant cinq ans par le Dr X. Après la fin de sa thérapie, elle le recontacte dans des circonstances difficiles où elle est fragilisée. Le Dr X. l’invite alors dans son cabinet, sans lui facturer ces rendez-vous, et finira par avoir avec elle et à plusieurs reprises des rapports sexuels.

Comme la thérapie était à ce moment supposément terminée, on pourrait être tenté de ne voir là qu’une relation entre adultes consentants. Il n’en est rien. Dans toute thérapie, la personne qui consulte est amenée à revivre dans la relation thérapeutique des éléments de son histoire, et notamment des mouvements affectifs qui peuvent être intenses.

Dans ce contexte, il peut arriver qu’une attirance sexuelle et, ou, des sentiments amoureux se développent, qui doivent être compris, élaborés et déconstruits, dans une visée d’émancipation. C’est une part importante du travail thérapeutique, et une obligation morale, dans la mesure où les personnes en traitement sont dans une position de vulnérabilité.

S’engager dans un rapport sexuel, activement ou en répondant à des avances, constitue une faute de l’art et une transgression grave des règles déontologiques. Il s’agit aussi d’un abus, aux conséquences potentiellement dévastatrices.

(2) Mme A. a déposé une plainte contre le Dr X. Ce type de plainte peut malheureusement être jugé peu crédible, au motif qu’elle serait le reflet du fonctionnement pathologique du plaignant ou de la plaignante. En fait, porter plainte relève le plus souvent, pour la personne concernée, d’un mouvement salutaire de prise en compte de ses propres limites et d’une demande légitime de reconnaissance et de réparation.

Des droits à faire valoir

Nous redoutons que le verdict de première instance ne décourage d’autres victimes de s’exprimer. Nous espérons que notre prise de position pourra les aider à faire valoir leurs droits et entendre leur voix. Pour terminer, nous exprimons notre profond regret de ce qu’ont vécu ces deux patientes.

Les signataires sont psychothérapeutes, médecins ou psychologues, de Lausanne et des environs. La liste complète ici.

1 commentaire
    Patiente

    Enfin! Je salue la prise de position de ces professionnels et j’espère que le tribunal cantonal corrige le tir.