Adrienne Barman dessine même les animaux disparus
Après le bestiaire de la «Drôle d'encyclopédie», l'auteure a illustré «L'Histoire de la vie en BD». Rencontre chez elle à Grandson.

En 2013, la Drôle d'encyclopédie d'Adrienne Barman déboulait au rayon jeunesse. Environ 600 animaux s'y trouvaient croqués dans un style naïf et haut en couleur, regroupés selon un système de classification singulier. On y découvrait les «séducteurs spectaculaires», les «maîtres du camouflage», ou encore les «longues langues». Le travail le plus personnel de la graphiste et illustratrice tessinoise, installée depuis quelques années à Grandson, a fait un joli bout de chemin. Traduit en plusieurs langues, il a valu à son auteure le Prix suisse Jeunesse et médias.
Son trait, qui intègre le crayon noir, semble sans cesse adresser des clins d'œil aux croquis des naturalistes d'antan. Adrienne Barman (38 ans) paraissait donc la candidate idéale pour illustrer L'histoire de la vie en BD qui vient de paraître aux Editions Casterman.
Dans son appartement des hauts de Grandson dont la vue plonge sur le lac, l'illustratrice s'entoure de cartes postales, d'affiches hétéroclites et le plus souvent gaies qui l'inspirent. Mais la décoration trahit aussi une attention scientifique pour le vivant, au détour de croquis de l'anatomie humaine, d'une planche figurant un rotengle que n'aurait pas renié Cuvier dans son Histoire naturelle des poissons, ou d'insectes et de papillons naturalisés.
Un mille-pattes géant
L'idée d'illustrer L'histoire de la vie en BD ne vient pourtant pas d'elle. «C'est l'éditeur qui m'a contactée, par mail, et on a fait quelques essais pour voir si mon style collait avec la visée scientifique de l'ouvrage.» La bande dessinée déroule, avec force détails, les débuts de la vie sur terre. Y figurent bien sûr les dinosaures et les premiers hominidés, mais aussi une foule d'espèces moins connues. Tel le mille-pattes géant Arthropleura de l'ère du carbonifère (-359 à -299 millions d'années) ou l'Andrewsarchus (éocène, -50 millions d'années), l'un des plus grands carnivores qui aient vécu sur terre. Pour chaque case, Adrienne Barman trace les contours au crayon, les repasse au feutre noir après approbation par l'éditeur, scanne le motif puis ajoute les couleurs à l'ordinateur. «Cela me permet de savoir exactement quelle nuance je vais obtenir au final, même si des surprises ne sont pas exclues selon le papier.»
Comment représenter ces créatures qui n'existent plus et que personne n'a jamais vues? «J'ai reçu beaucoup de matériel, je faisais un mix en réinterprétant les dessins à ma façon, et quand ça n'était pas juste, Jean-Baptise de Panafieu me demandait de les refaire.» Ce docteur en océanie biologique et auteur de nombreuses publications de vulgarisation scientifique a signé les textes de l'ouvrage destiné aux plus de 8 ans. Si Adrienne Barman tient à la justesse des formes, elle garde néanmoins son style. «Je ne pourrais d'ailleurs pas faire autrement. Les animaux, par exemple, ont toujours le sourire.» Autre signe reconnaissable, les balles blanches plantées d'un point noir en guise d'yeux. Une simple variation de grandeur, parfois même entre un œil et l'autre, suffit à suggérer diverses expressions. «Avec les années, j'ai tout de même réduit la différence de taille entre les deux yeux, car on me disait que mes personnages avaient l'air d'avoir fumé.»
Grande liberté pour les couleurs
La dessinatrice a par contre bénéficié d'une grande liberté pour les couleurs, car celles qui paraît cette faune des débuts sont inconnues. Le Quetzalcoatlus, un géant des airs de 10 mètres d'envergure, déploie ainsi d'immenses ailes roses et violettes. «Je me suis éclatée», sourit-elle. Sans parler de sa vision des extraterrestres, tout droit sortie de l'époque flower power, quand le livre explore le futur.
Lesquelles de ces étranges créatures ont été les plus difficiles à représenter? «Les humains, paradoxalement.» Pas ceux d'aujourd'hui, mais les premiers hominidés. «De toute manière, en règle générale, je préfère dessiner les animaux», remarque celle qui a tout de même mis en images, outre divers livres pour les enfants, Alice au pays du sexe d'Anne Baraou. Adrienne Barman y promène son trait candide à Pigalle, pour questionner avec humour le thème de la sexualité. Mais la nature, elle y revient toujours. A la suite de Drôle d'encyclopédie, elle prépare désormais de quoi offrir une porte d'entrée inédite dans le monde végétal.
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L'histoire de la vie en BD Jean-Baptiste de Panafieu, Adrienne Barman Ed. Casterman, 80 p.
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