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Affaire «ACAB»
Mathilde Marendaz menacée: «Je n’ai pas osé dormir chez moi»  

Mathilde Marendaz a reçu une violente lettre de menace à son domicile privé. «Une première», confie-t-elle encore déstabilisée.
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Ce printemps, Mathilde Marendaz provoquait l’ire de la droite en s’affichant avec une pancarte dénonçant l’industrie du béton, mais contenant, en petit, la mention «ACAB». Bien qu’elle assure n’avoir jamais voulu faire l’apologie de ce slogan anti-forces de l’ordre (ni même l’avoir remarqué), l’élue de gauche radicale continue de payer la controverse de son geste. Mercredi, elle a reçu – à son domicile privé – une lettre d’une rare violence.

«Mathilde, toi la sale **** d’anarchiste qui a osé dénigrer notre police. […] Tu vas brûler comme Jeanne d’Arc, menace le courrier anonyme. Dans la rue, oublie pas de te retourner parce qu’il y aura quelqu’un derrière pour t’enfoncer une lame de 20 cm dans la colonne vertébrale. Non, on ne va pas te tuer, mais t’handicaper à vie, sale ****.»

«Cela pourrait provenir du même corbeau qui est monté d’un cran dans ses menaces, et qui a déjà intimidé plusieurs de mes collègues»

Mathilde Marendaz, députée Ensemble à Gauche

L’activiste climatique a dévoilé le texte sur son compte Instagram mercredi, s’attirant une vague de soutien de ses camarades de lutte. Plus officiellement, les députés d’Ensemble à Gauche ont condamné cette lettre «d’une violence inacceptable» à travers un communiqué diffusé ce jeudi matin. Ils soulignent son «caractère profondément et grossièrement sexiste» et appellent le Ministère public à «sanctionner les coupables» de tels agissements.

Si Mathilde Marendaz se range derrière les critiques de certaines dérives policières, elle a toujours défendu qu’elle ne visait pas les agents à titre individuel. Pour cette même raison, le Ministère public avait balayé les plaintes pour atteinte à l’honneur déposées à son encontre en juillet.

Un corbeau régulier?

Contactée jeudi matin, l’élue est encore sous le choc. C’est la première fois qu’elle reçoit une telle lettre à domicile. «Cela m’arrive régulièrement de recevoir des insultes par e-mail, mais cette fois c’est d’un tout autre niveau de violence et de précision dans les menaces… Je n’ai pas osé dormir chez moi la nuit passée. Provoquer un sentiment d’insécurité, et nous empêcher de faire notre travail, c’est exactement le but recherché par ce genre de personnes.»

Pas plus tard qu’il y a deux semaines, la jeune Yverdonnoise aurait d’ailleurs reçu une lettre semblable au Grand Conseil. «Il me semble avoir reconnu l’enveloppe… Cela pourrait provenir du même corbeau qui est monté d’un cran dans ses menaces, et qui a déjà intimidé plusieurs de mes collègues. Mais c’est malheureusement très difficile à retracer.»

Exemples d’Oriane Sarrasin et de Jessica Jaccoud à l’appui, la députée estime que les femmes porteuses du combat progressiste sont les principales victimes de ce genre de méthodes, probablement «portées par un groupe très minoritaire d’extrême droite qui fantasme la violence physique contre les femmes». Une récente enquête de Tamedia conclut qu’elles sont effectivement davantage ciblées que les hommes par de telles attaques.

Saisie de la justice

Quelles conséquences sur son activité politique? La jeune Yverdonnoise est-elle effrayée au point de vouloir quitter l’arène, ou ses convictions s’en retrouvent-elles au contraire renforcées? «C’est clair que ça m’affecte beaucoup, ce qui est recherché. Mais heureusement les messages de soutien m’aident et me rappellent ce pourquoi il faut continuer de lutter au parlement vaudois et ailleurs.»

«Quand je suis critique de la police, c’est précisément car j’estime que tout le monde devrait pouvoir se sentir en sécurité, quelle que soit sa catégorie sociale»

Mathilde Marendaz, députée Ensemble à Gauche

Mathilde Marendaz annonce qu’elle portera plainte. Ironique au vu de ses critiques des forces de l’ordre? «Non, cela n’a strictement aucun rapport, corrige-t-elle. On peut remettre en question certaines dimensions de l’institution tout en exigeant du Ministère public qu’il remplisse sa fonction, à savoir protéger la population de ce type de violences. Quand je suis critique de la police, c’est précisément car j’estime que tout le monde devrait pouvoir se sentir en sécurité, quelle que soit sa catégorie sociale, ce qui n’est pas malheureusement pas toujours le cas dans le système actuel.»

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