Passer au contenu principal

Un essai au format miniAi Weiwei «dans la peau d’un étranger»

Trois ans après la sortie de son film «Human Flow», le plasticien chinois reprend le sujet en mode autobiographique.

Ai Weiwei à Lausanne, lors de son exposition au Palais de Rumine en 2017-2018, qui avait attiré 106’000 visiteurs.
Ai Weiwei à Lausanne, lors de son exposition au Palais de Rumine en 2017-2018, qui avait attiré 106’000 visiteurs.
Patrick Martin

Lui parle d’un «manifeste». On préférerait dire que le dernier opus d’Ai Weiwei tient de l’essai testamentaire de «Human Flow», docu sur les migrations sorti en 2017. Curieuse façon de faire d’ailleurs… que de venir s’expliquer sur la légitimité d’un film, censé se suffire à lui-même, plusieurs années après sa réalisation! Mais qu’est-ce qui n’est pas déroutant chez le plasticien chinois venu semer (cette fois) les bonnes raisons de s’étonner dans l’exposition qui, en 2017, mettait un terme à l’aventure du Musée cantonal des beaux-arts au Palais de Rumine.

«Si un artiste n’est pas un militant, c’est un mauvais artiste»

Ai Weiwei, plasticien

Et qu’est-ce qui n’est pas troublant chez ce colosse qui s’impose en géant contestataire sur la scène de l’art et que l’on aperçoit dans une pub télé pour une œuvre en kit imaginée à partir de matériaux vendus par Hornbach! Mais à force de s’engouffrer dans tout ce que l’actualité livre aux accros de la médiatisation, Ai Weiwei finit donc par ne plus surprendre. Le lot de «dans la peau d’un étranger», qui vient de paraître dans sa traduction française.

Deux ou trois réponses

Ceux qui ne connaissent pas la trajectoire du plasticien et ne savent rien de son enfance en exil forcé par la condamnation de son père, le poète Ai Qing, apprendront qu’il a grandi avec cette «expérience précoce de dégradation quotidienne. Elle explique peut-être pourquoi je peux me mettre dans la peau de l’étranger perçu comme un danger par son entourage et par la société.» Pour les autres, ce choix de la voie autobiographique pour expliquer, même justifier, commence à lasser.

D’autant qu’en mode «on n’est jamais mieux servi que par soi-même», Ai Weiwei soigne, certes, sa liberté d’expression en taclant les États – «même démocratiques» –, mais il ne va pas beaucoup plus loin que les médias qu’il accuse de faire du surplace sur la question. L’artiste qu’on aimerait voir plus souvent dans ses œuvres que dans des propos liminaires se défend «d’idéaliser le phénomène» et se balade entre des constats historiques et des évidences avant de nous donner finalement une raison d’aller au bout de son essai. Elle se trouve dans sa réponse à une question qui se pose souvent à son égard. «Si un artiste n’est pas un militant, c’est un mauvais artiste. L’art doit servir des valeurs et créer du sens. Il a toujours été un lieu de militantisme quand il s’est agi d’interroger la conscience et le jugement moral.»

Ai Weiwei
«Dans la peau d’un étranger, en guise de manifeste»
Éd. Actes Sud, 49 p.