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Roman historiqueAlain Bagnoud replonge dans le mythe de Farinet

Avec «La Vie suprême», le romancier installé à Genève décortique dans une fiction le Valais du XIXe siècle et la figure de celui qui est volontiers surnommé le «Robin des Alpes».

Alain Bagnoud vit et enseigne à Genève, mais le Valais n’est jamais loin de lui.
Alain Bagnoud vit et enseigne à Genève, mais le Valais n’est jamais loin de lui.
PHILIPPE LUGON MOULIN

Le glorieux mythe du célèbre faux-monnayeur, le Genevois d’origine valaisanne Alain Bagnoud l’avait déjà bien égratigné dans l’essai «Saint Farinet». L’auteur a choisi cette fois le roman historique pour remettre en question l’aura du faussaire considéré comme le Robin des Bois alpin. À la fois portrait d’une époque et récit d’une rédemption, son roman «La Vie suprême» (Éd. de L’Aire) vient d’être distingué par le Prix Édouard Rod.

Le jury a été «sensible aux qualités de style et d’imagination de ce livre qui reconstitue, avec finesse et justesse, le Valais montagnard du XIXe siècle, autour de la figure historique de Farinet». Doté de 3000 francs, le Prix Édouard Rod, fondé en 1996 sous l’impulsion de Jacques Chessex, a notamment distingué au fil des ans Georges Haldas, Alexandre Voisard ou Yvette Z’Graggen. Il sera remis le 10 octobre à la Fondation l’Estrée à Ropraz.

«Ne pas habiter en Valais me permet d’en dire des choses»

Alain Bagnoud

Des romans, l’auteur qui enseigne à l’École de culture générale (ECG) Jean-Piaget à Genève en a déjà publié plusieurs. Le Valais figurait notamment dans «Le Jour du dragon», récit autobiographie qui plonge dans les seventies, ou par petites touches dans le roman «Rebelle», sorti en 2017. Il confiait alors ne pas avoir fini d’écrire sur ce canton où il est né en 1959, et où il a vécu jusqu’en 1978. Ne pas y habiter lui permet notamment «d’en dire des choses». Des montagnes dont il ne reste cependant jamais longtemps éloigné. Il s’y trouvait ainsi lorsqu’il a répondu à nos questions cet été. Ce père de quatre enfants aujourd’hui adultes était en vacances à Saint-Luc, village de sa femme, alors que sa famille à lui est de Chermignon, de l’autre côté de la vallée du Rhône.

Farinet, héros rebelle?

L’action se passe en 1870 quelque part dans cette région, dans un village marqué par le souvenir du faux-monnayeur valdotain Joseph-Samuel Farinet. Un jeune homme appelé Besse croit pouvoir sortir de sa modeste condition de paysan de montagne en rejoignant Farinet; la réputation de ce faussaire charismatique laisse augurer pour ses complices de meilleurs lendemains. Ou pas… Parallèlement, une jeune fille qui a perdu sa virginité par amour se retrouve au ban de la société villageoise. Ces deux solitudes se rejoindront-elles?

Le livre commence par le récit d’une aïeule évoquant la vie de son propre grand-père Besse. Pour vous, c’est une histoire de famille?

À vrai dire non, mais ça pourrait l’être. Dans l’arbre généalogique de ma famille, il y a un Besse venu du val de Bagnes, terre très lointaine pour les gens de Chermignon au XIXe siècle. Je me suis demandé pourquoi il était apparu si loin de chez lui; de là est venue mon idée d’en faire le personnage de mon roman, car ma mère et mes tantes laissaient planer un halo de mystère autour de cet ancêtre.

Le personnage si populaire de Farinet ne sort pas grandi de votre livre. Sacrilège?

Oui, à la lumière des archives judiciaires que j’ai consultées, j’ai pris conscience que le faux-monnayeur avait fait naître de grands espoirs chez ceux qu’il avait enrôlés, mais qu’après ses premiers succès, il les avait beaucoup déçus. C’est un peu l’envers du mythe, que j’avais commencé à dévoiler dans un essai titré «Saint Farinet». C.-F. Ramuz a beaucoup contribué à l’édification de ce personnage de héros rebelle, qui ne correspond pas tout à fait à la réalité des faits.

En quoi Farinet version Robin des Bois vous déplaît-il?

Ce qui me gène, c’est l’usage qui est fait de Farinet, qui n’était pas Valaisan lui-même, pour véhiculer des clichés sur mon canton natal. La vérité historique me paraît bien plus importante à connaître. L’étiquette que l’on met sur les Valaisans, chez eux déjà, mais surtout hors du canton, m’a toujours interpellé. Ce débat avec l’image du Valais m’a beaucoup occupé dans mes livres précédents.

«La Vie suprême»Alain BagnoudÉditions de l’Aire, 159 p.