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AboDépart au Conseil fédéral
Alain Berset ou l’adieu nécessaire à «Mister Covid»

Surprise. Alain Berset annonce mercredi son départ du Conseil fédéral et le met en lien avec la votation Covid.
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Ne comptez pas sur Alain Berset pour verser des larmes comme Doris Leuthard ou régler ses comptes comme Ueli Maurer à l’heure de quitter le Conseil fédéral. Le Fribourgeois, en annonçant son départ pour la fin de l’année, est apparu ce mercredi à Berne tel qu’on le connaît: totalement maîtrisé, sourire en coin, éloquent en français et en allemand, avec une propension certaine à manier la langue de bois. Pour les émotions, on repassera.

Pourquoi ce départ surprise, annoncé maintenant, alors qu’il ne quittera effectivement le pouvoir qu’à la fin de l’année? La réponse tient en cinq lettres: COVID. Dimanche dernier, la population a accepté pour la 3e fois la loi Covid. «Un cycle se termine, explique Alain Berset. Les trois années de Covid ont été d’une intensité exceptionnelle.»

«Jamais je n’aurais imaginé que ce soit aussi brutal. Jamais je n’ai autant travaillé, jamais je n’ai dû supporter autant de violence.»

Alain Berset

Le Fribourgeois ne cache pas aussi qu’il en a bavé. «Jamais je n’aurais imaginé que ce soit aussi brutal. Jamais je n’ai autant travaillé, jamais je n’ai dû supporter autant de violence.» Certains antivax se sont déchaînés contre lui sur les réseaux sociaux à tel point que la police a dû renforcer le système de protection autour de lui.

Mais si Alain Berset est devenu une cible, c’est aussi parce qu’il incarnait la figure de proue gouvernementale contre l’épidémie du siècle. Au plus fort de la crise, une majorité de la population était suspendue à ses lèvres pour savoir chaque jour ou chaque semaine quelles mesures entraient en vigueur pour combattre le mal.

L’homme fort du Gouvernement n’a pas fait tout juste, loin de là. Il a notamment trop tardé à endiguer la 2e vague Covid en 2020. Mais la plupart des Suisses lui savent gré d’avoir dirigé la barque dans la tempête Covid. Et sa notoriété a explosé. Jamais un conseiller fédéral romand dans l’histoire récente n’a été aussi connu dans toute la Suisse. Même pas le bravache Pascal Couchepin ou l’hyperactive Micheline Calmy-Rey. 

Habileté tactique

Cette notoriété, Alain Berset s’en est délecté. Il a un côté très «ministre français», soucieux de l’apparat et attaché à la voiture de fonction quand il visite «la province». Mais il est aussi très Suisse avec son habileté tactique à aller chercher des majorités, en tant que minoritaire socialiste, aussi bien au parlement qu’au Conseil fédéral.

À l’heure du bilan, Berset relève qu’il a gagné la majorité des 29 votations qu’il a dû défendre dans ses douze années de pouvoir au Département de l’intérieur. Un scrutin lui reste en travers de la gorge: la réforme conjointe de l’AVS et de la prévoyance professionnelle en 2017, perdue devant le peuple. «J’aurais dû empêcher que les fronts ne se durcissent trop», regrette-t-il aujourd’hui.

Il a obtenu néanmoins un lot de consolation: la stabilisation de l’AVS en 2022 avec la hausse de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans. «C’est la première grande réforme de l’AVS dans ce sens en trente ans», se rengorgeait-il mercredi. Une victoire au goût amer cependant, puisqu’elle a été obtenue contre son parti et contre l’avis des femmes de gauche.

Maîtresse, chantage, fuites

À propos de femmes justement, Alain Berset aura défrayé la chronique comme aucun conseiller fédéral ne l’avait fait. Une aventure amoureuse se transforme en affaire d’État. Il faut dire que son ex-maîtresse le fait chanter et lui réclame 100’000 francs. Sur plainte de Berset, la police fédérale excessivement zélée enverra une troupe de policiers en tenue de combat superviser l’interpellation de la jeune mère de famille.

Cette affaire, qui fait voler en éclats l’image lisse de Berset, n’est que le début de ce qu’on va appeler les «affaires» ou les «casseroles» du conseiller fédéral. Il y aura dans le désordre l’intervention du ministre pour empêcher l’érection d’une antenne téléphonique près de son domicile, le lâchage de son bras droit Peter Lauener à la suite des fuites organisées concernant le Covid en faveur du patron de Ringier et le vol rocambolesque du pilote privé Alain Berset intercepté par les avions de chasse français.

«Plus on vous porte aux nues dans les médias, et plus c’est dur après.»

Alain Berset

L’accumulation des affaires a-t-elle joué un rôle dans le départ de Berset? Non. «Téflon Berset», comme on l’a surnommé, a parfaitement réussi avec le temps à faire glisser ces scories hors du champ médiatique. Il n’en reste pas moins que son étoile a pâli. Il en est lui-même conscient. «Plus on vous porte aux nues dans les médias, et plus c’est dur après», expliquait-il mercredi.

De général Covid à Gaston Lagaffe, le contraste est un peu violent. C’est sans doute pour cela qu’Alain Berset a décidé de remettre une couche sur son statut d’homme d’État. Il fallait l’entendre mercredi répéter l’importance de respecter «les cycles institutionnels» en ne démissionnant pas mais en partant à la fin de son mandat. Comme n’importe quel conseiller d’État. Et de broder tout un discours sur «les institutions, plus fortes que les hommes», et patati, et patata.

L’échec majeur de son mandat

Cela a évité à Alain Berset de s’étendre sur son échec majeur: l’explosion des primes maladie. Alors qu’il fanfaronnait il y a deux ans sur une maîtrise pérenne des primes, on constate qu’il n’en est rien. Les coûts de la santé s’envolent et il n’y a toujours pas de pilote dans l’avion. «J’ai essayé d’accomplir ce qui était possible, j’ai réussi à faire des économies sur le prix des médicaments», lâche le ministre de la Santé, qui évoque aussi les tergiversations du parlement pour freiner les coûts de la santé.

Seul petit aveu concédé par Alain Berset: il s’est planté sur le dossier électronique du patient. Ce dernier, après plus de dix ans de gestation, n’est effectivement toujours pas un instrument incontournable. «Je ferais les choses différemment si je devais recommencer», s’excuse Berset. Il faut dire aussi que son département a présenté de graves lacunes en ce qui concerne la digitalisation des données lors de l’épidémie Covid.

Eviter la législature de trop

Élu en 2011 au Conseil fédéral, Alain Berset a décidé de son plein gré de lier son départ et son nom à l’épidémie Covid. Sage décision. En restant plus longtemps, il prenait le risque de faire la législature de trop. D’autant plus que le parlement lui avait déjà signifié qu’il n’était plus en odeur de sainteté. On se rappelle qu’il l’a élu en décembre dernier avec un score médiocre à la présidence de la Confédération.

En s’accrochant au Conseil fédéral, Alain Berset aurait sans doute rendu service à son parti. Ce dernier va devoir batailler pour garder ses deux sièges au Conseil fédéral. Mais, à 51 ans, Alain Berset a fait le bon choix pour ouvrir un nouveau chapitre de sa vie en 2024. Que compte-t-il faire? Il déclare tout sourire qu’il n’a absolument pas eu le temps d’y réfléchir. Connaissant l’homme, on se gardera bien de le croire sur parole.

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