AboAnaïs Demoustier invite à se faire un petit caprice
L'indécrottable romantique se promène chez les auteurs avec «Caprice», un vagabondage suranné. Puis ce sera «A trois on y va», autre théorie sentimentale. De quoi la rendre experte. Interview.

Dans Caprice, d'Emmanuel Mouret, Anaïs Demoustier joue l'innocente greluche qui flirte avec un homme déjà follement épris d'une divine actrice. La brunette se révélera savante tacticienne. Elle ne rougit pas plus à l'affiche d' A trois on y va, dès le 20 mai, où elle partage couette et amant avec sa meilleure amie. «Pure coïncidence, plaide l'actrice. Moi, j'ai toujours envie de parler d'amour. Ces films d'auteur théorisent beaucoup, cassent le moule de la fille transie, binaire. Jouer ces délurées, c'est très agréable, elles en redemandent toujours et se cassent le nez!»
Plus comédienne par tempérament que star en devenir, elle revendique sa chance. «Je vais vers les créateurs à hauteur d'âme, à la recherche de l'écriture, de la finesse, de la subtilité dans un monde souvent vulgaire.» Rien ne démonte cette enthousiaste. Car Capricepeut paraître un peu précieux. Et son réalisateur et partenaire, Emmanuel Mouret, ne se cache pas de priser les attitudes ampoulées dans des dialogues châtiés. Mais, justement, Anaïs Demoustier dit aimer l'anachronisme du personnage, intello en costard qui, au quotidien, glisse et crisse comme sur du velours. «Je me rends compte de ce décalage, j'y vois une élégance appréciable. A l'heure de la télé-réalité, il y a tant de déballage! A force, l'intimité est partout.» Idéaliste, l'amatrice de délicatesse s'espère suivie dans cette quête. «Je vois des spectateurs touchés par notre volonté d'aller à l'encontre de la banalité et de la trivialité.»
A 27 ans, Anaïs Demoustier maintient sa plastique singulière de provinciale exilée à Paris. La Lilloise a gardé de ses origines la tournure de taille et d'esprit: elle s'exprime rondement, avec une simplicité contagieuse. «Je me souviens de mes premiers pas «à la capitale», j'y venais pour des castings. Je m'y suis toujours sentie chez moi. Comme le cinéma, d'ailleurs: sans que je puisse expliquer cette vocation, ça me semblait naturel.» Pour la fille du Nord, des cieux plombés par la grisaille, c'est l'illumination: «Les joies, les peines, tout se décuple à l'écran.»
«Aller promener de belles robes au Festival de Cannes, quelle bonne blague que ce cirque joyeux!»
Le hasard la pousse chez les auteurs. Premier coup du destin, Michael Haneke l'engage pour Le temps des loups, face à Isabelle Huppert. L'Autrichien à la mine sévère embarque la gamine de 14 ans au Festival de Cannes: «Je me revois dans une chambre à l'Hôtel Majestic, nous étions entassés à six, en famille. Le film a déplu. J'ignorais que dans une telle manifestation le public puisse huer, je n'oublierai jamais le regard de Haneke, détaché, élégant, si loin du chaos. Et moi, avec mon trop-plein d'émotions…»
Pour la réalisatrice Valérie Donzelli, elle retrouvera le tapis rouge et la compétition officielle en mai. «Aller promener de belles robes au Festival de Cannes, voir des films, quel bonheur, quelle bonne blague que ce cirque joyeux!» Marguerite et Julien est basé sur un scénario de Jean Gruault, complice de Téchiné, de Resnais, de Godard, de Rivette et de Truffaut. Décidément, Anaïs Demoustier émoustille les auteurs. «Je cherche le temps long du cinéma, je vois trop de jeunes actrices disparaître. Depuis mes débuts, je n'ai jamais été démolie par les critiques. Mais ce qui est dur dans ce métier, c'est de ne pas lasser les gens, de garder du plaisir sur ce chemin.»
Avec la sagesse d'une routarde aguerrie aux pièges du show-business, la comédienne aux iris noisette évalue une carrière déjà riche de plus de trente films. Elle peut soupirer d'aise. «Ça se déroule pour moi sans encombre.» Sans trop de redites. «A un moment, je me suis vu étiqueter «l'ado mal dans sa peau», alors que je suis gaie par tempérament. C'était confortable, je savais le faire. Mais j'ai évité: il faut aller vers des trucs qui n'ont rien à voir avec son monde.»
Et elle progresse, sans pourtant avoir vraiment chahuté la grande famille du cinéma français. Au point que la discrète reste plus ou moins anonyme du grand public. Après la fréquentation d'une kyrielle de cinéastes exigeants, de Bertrand Tavernier à François Ozon, deux citations aux César, le Prix Romy-Schneider et autres distinctions, Anaïs Demoustier ne défraie toujours pas la chronique. Agaçant? «Même pas, je suis toujours là.» Et elle va rester.
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