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Courir malgré le cancer
Anaïs Quemener, marathonienne, aide-soignante et survivante

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Juste avant de se présenter sur la ligne de départ, Anaïs Quemener revêt son habit de lumière, pare son visage de paillettes et noue des rubans de couleur dans les cheveux. «Pour moi, le marathon doit être une fête, comme un spectacle de danse.» Une célébration de la vie aussi, du souffle qu’un cancer a failli lui retirer pour de bon en 2015.

La Parisienne n’avait alors que 24 ans. «Dans la forme de ma vie.» Trop jeune et en bonne santé pour se laisser pincer par le crabe. C’est pour ça que la boule de son sein n’inquiète pas sa gynécologue, ni l’un de ses collègues dans l’hôpital où elle travaille en tant qu’aide-soignante. Pendant près d’un an, la masse continue de grandir, sans jamais lui faire mal. Le troisième avis sera le «bon»: le diagnostic tombe en août 2015, plus violent encore que le mur du 30e kilomètre au marathon. Cancer agressif, stade 3/4, avec une possible ablation du sein.

Anaïs Quemener ne comprend pas tout de suite l’urgence de la situation. Sa principale inquiétude du moment: prendre part aux championnats de France trois mois plus tard. Son oncologue n’en revient pas. «Il m’a répondu que si je ne commençais pas immédiatement les traitements, je ferais une excellente championne de France… mais en cercueil.»

L’athlète se souvient de l’anecdote avec un grand sourire, attablée à la terrasse d’un café parisien. Son combat, elle a décidé de le raconter dans une biographie, «Tout ce que je voulais, c’était courir» (voir ci-dessous). Un récit coécrit avec le journaliste Franck Berteau. «Aujourd’hui, je me sens plus athlète qu’ex-malade, comme si je m’étais un peu éloignée de mon parcours avec les années. Mais je suis fière de pouvoir le partager, témoigner, parce que je sais que je peux aider beaucoup de monde.»

Plus de 76’000 personnes la suivent sur Instagram, où elle répond à tous les messages, de celles et ceux qui se battent aussi contre le cancer. Comme elle.

«Bye, bye nichon!»

Au fil des pages, on emboîte la foulée d’une Anaïs Quemener éblouissante de courage et d’abnégation face à la maladie. Après sa première mastectomie, elle demande à son infirmière de prendre en photo sa «vaste cicatrice rouge». Le cliché est publié sur ses réseaux avec la légende «Bye, bye nichon!» L’humour pour dédramatiser. Comme lorsqu’elle se surnomme «la cyclope» avec ses copines, toute contente d’utiliser le vide dans son soutien-gorge comme d’une poche pour les valeurs. «C’était très pratique en festival, par exemple», se marre-t-elle encore. Déroutante.

Anaïs Quemener

Ses huit cures de chimiothérapies, la marathonienne les a appréhendées comme un programme d’entraînements avec des échéances et des étapes à franchir. «Là aussi, il fallait tout donner au quotidien pour suivre le plan et réussir ses objectifs. Une course contre la montre.»

Même la chimio ne l’arrête pas

La fatigue et les lourdes injections ne l’empêchent pas de continuer à courir, à s’entraîner. «Ne pas faire de sport, pour moi, c’était me laisser mourir. Ne serait-ce que pour me prouver à moi-même, mais aussi peut-être aux autres, que j’étais vivante et que j’en étais capable.» Si le sport est aujourd’hui recommandé aux patients pour garder une vie la plus active possible, Anaïs Quemener veut garder son rythme d’athlète de haut niveau. «Je n’étais pas dans le sport santé, je voulais me surpasser, repousser mes limites. Quand on est en cure, je ne suis pas sûre que ce soit la bonne chose à faire.» Son traitement comportait des cardiotoxiques, substances potentiellement dangereuses pour son cœur.

Face à son insistance, le médecin comprend que lui dire «non» n’arrangerait pas les choses. L’athlète passe alors un pacte, avec son père et entraîneur, omniprésent dans sa vie et sa guérison. Elle pourrait courir uniquement sur piste, au moins au début. «Comme ça, si je faisais un malaise, il n’y avait qu’à aller me chercher de l’autre côté de la piste. Ça aurait été plus compliqué à dix kilomètres de la maison, en forêt par exemple.» Ces séances sont construites pour s’adapter au traitement, des cycles d’un nouveau genre.

Être femme, aussi en n’ayant plus de poitrine

Une analyse génétique lui révélera une prédestination, jusque-là inconnue. L’athlète a préféré se faire retirer le deuxième sein pour réduire les risques de récidive. Son corps ne correspond plus aux standards de beauté. «Mon médecin m’a dit, «T’as 25 ans, ça m’embête de te laisser ressortir sans poitrine.» Il se posait plus la question de la reconstruction que moi-même. Peut-être son regard d’homme. J’ai fait des rejets sur les cinq prothèses que j’ai reçues. C’était hyperdouloureux. À un moment, j’ai dit «stop». Je me sens féminine, bien dans ma peau, dans mes baskets. Beaucoup d’autres femmes aimeraient vivre ainsi et n’osent peut-être pas le dire. Il faut écouter les patientes, ce sont les mieux placées pour savoir.»

Anaïs Quemener

Une partie de son muscle du grand dorsal lui est prélevée pour être placée sur la poitrine et«ne pas être complètement plate». Une greffe naturelle qui fonctionne, mais l’a handicapée pour la course à pied. «J’avais les bras un peu atrophiés, plus la même amplitude.» Là encore, Anaïs Quemener refuse de les baisser, travaille comme une acharnée pour franchir cet obstacle. «J’ai même pu améliorer mon placement et mon efficacité par rapport à avant la maladie.»

Un retour à la compétition que la «banlieusarde» de l’Est parisien a mené avec brio. À peine un an, presque jour pour jour, après le début de sa chimio, elle remporte le titre de championne de France du marathon, en allant puiser au fond d’elle-même. Une fois la ligne franchie, elle raconte à un journaliste qu’elle est surtout contente d’avoir battu son temps personnel parce qu’elle a été «très malade ces derniers mois». «Ah bon, vous avez eu quoi?» «Un cancer du sein.»

Un rêve olympique frôlé du bout des doigts

2023 est l’année de la révélation pour celle qui a encore été sacrée meilleure marathonienne de France en 2022. Repérée par la marque Salomon, elle brille sur le parcours mythique de Berlin, baisse ensuite son record personnel à 2h26’50’’. De quoi espérer la qualification olympique pour Paris 2024, dans sa ville. Un rêve qui a pris fin en début d’année à Séville, où elle n’a pas réussi à descendre sous les minima.

Qu’importe. D’autres défis attendent la coureuse qui fêtera ses 33 ans lundi et continue de travailler à mi-temps la nuit, comme aide-soignante aux urgences. «Si le cancer devait refaire surface, je sais comment l’affronter, avec les mêmes armes. Mon père et ma meute, mon sourire et mon sport. Je veux que la maladie reste une parenthèse de ma vie et non pas qu’elle mette ma vie entre parenthèses.» Tant qu’Anaïs Quemener court, «tout ira bien».

«Tout ce que je voulais, c’était courir», d’Anaïs Quemener avec Franck Berteau, à paraître le 3 avril 2024 chez Flammarion, 208 pages.

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