AboServices industriels de GenèveA deux, ils consomment autant d’eau que 492 Genevois
Le propriétaire n’habite pas la villa, habitée par son ex-épouse. Il a contesté en vain cette consommation astronomique d’or bleu. La justice a exclu toute erreur de comptage.

Avantageusement située à proximité du lac, une propriété cossue d’Anières s’est distinguée par une consommation d’eau astronomique. Pourtant, cette parcelle de 1873 m2, qui accueille une villa de 246 m2 au sol sur deux niveaux, ne compte que deux habitants et n’est pas particulièrement vaste en comparaison des propriétés alentour.
Dans un jugement de la Chambre administrative du 9 janvier, on apprend que la consommation quotidienne moyenne y est montée jusqu’à 69,9 m³ entre mai 2022 et mai 2023, soit 69’900 litres!
C’est l’équivalent de près de 400 baignoires de 200 litres par jour ou du remplissage tous les deux jours environ de la piscine de 6 mètres sur 13 collée à la villa. La parcelle accueille encore un spa, un jacuzzi, plus de 2000 m2 de jardin et un bâtiment souterrain de 489 m2. À Genève, la consommation classique par habitant est de 142 litres par jour, selon les SIG.
Le propriétaire vit à Gstaad
Entre juillet 2018 et mars 2021, les Services industriels de Genève (SIG) ont émis des factures intermédiaires fondées sur une estimation de la consommation à 2,48 m3 par jour. Mais selon le relevé effectif des compteurs, elle était de 33,9 m3 entre mai 2018 et mai 2021, pour une facture de 115’000 francs.
Le propriétaire l’a contestée, jusqu’à la Chambre administrative. Lui-même ne vit plus dans la villa depuis 2014; son ex-épouse en a la jouissance exclusive. Elle y vit avec son fils. Son ex-conjoint, outre les frais d’entretien, paie les factures des SIG, selon les conclusions du divorce prononcé en 2020.
Le propriétaire, installé à Gstaad, trouve ce montant «déconcertant», parmi d’autres factures exorbitantes: il doit s’expliquer par un problème du compteur des SIG ou venant des SIG directement. En effet, une entreprise spécialisée puis un plombier ont conclu à l’absence de fuite d’eau.
Mais les SIG ont procédé à l’étalonnage de l’un des compteurs et ont constaté qu’il tournait… trop lentement et que la consommation réelle était de 8% supérieure! Une expertise confirmée par l’institut fédéral de métrologie METAS. Et les SIG de sommer le propriétaire de payer 100’000 francs de plus.
Hors délai
Sur la forme, la Chambre a débouté le propriétaire pour avoir contesté la facture hors délai – et peu importe si cela vient du fait que la correspondance a été adressée à son domicile à Gstaad plutôt qu’à son adresse professionnelle à Genève, comme les fois précédentes.
Sur le fond, la justice affirme que le propriétaire a échoué à établir que la surconsommation serait erronée. Si elle n’a pas à démontrer ses causes, elle esquisse deux pistes. D’abord, l’alimentation d’eau du remplissage de la piscine n’a pas été testée, et une fuite au niveau de la chasse d’eau dans la suite parentale a été constatée, ainsi que l’obstruction de l’évacuation de la piscine.
Ensuite, rien n’exclut que l’usage de l’habitation et des installations de la propriété explique cette surconsommation.
Les SIG confirment qu’autant d’eau consommée est un cas inédit, mais «s’agissant d’une propriété privée, il ne nous appartient pas d’en déterminer l’origine», précise Christian Bernet, porte-parole.
Origine pas établie
«À ce jour, la cause de cette consommation invraisemblable n’a pas été établie, déclare de son côté l’avocat du propriétaire, Cyrus Siassi. Soit il s’agit d’une fuite, soit d’une consommation négligente.» Est-elle redevenue normale? «Il n’y a pas eu, récemment, de factures surréalistes.»
Et d’expliquer la situation compliquée de son client. «Divorcé, il n’est pas l’usager de sa propriété. Il ne peut pas y accéder sans autre pour voir ce qu’il s’y passe. Il a payé des factures très élevées, notifiées à des adresses différentes, si bien qu’il n’a pas pu les contester.» L’homme se résout à payer les quelque 200’000 francs qu’il doit aux SIG.
À noter encore que la régie publique coupe très rarement l’eau à des usagers. En pratique, «nous essayons toujours de trouver un arrangement, car l’eau est un bien vital», précise Christian Bernet.
Relevons aussi que le prix du mètre cube est progressif: plus la consommation est importante, plus il est cher. C’est, outre la surconsommation, ce qui explique les montants faramineux payés par ce propriétaire.
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