Théâtre de VidyVienne Gisèle avec son élégie pour enfants traumatisés
Après le Festival Antigel, «Extra Life» arrive à Lausanne. Un spectacle qui dilate la vie de zombie à laquelle prédestinent les violences sexuelles. Un rien ronflant.

Le premier corps de métier à saluer pour son travail sur «Extra Life»? La régie – plateau, son et lumière: c’est l’occasion où jamais. Six régisseuses et régisseurs se liguent à la Comédie de Genève, en février dernier lors du Festival Antigel, pour assurer la subtile et abondante partition des lasers, des spots à ras le sol, des grondements, ritournelles et soupirs, des brumes et des vapeurs qui fluent et refluent deux heures durant sur le grand plateau eaux-vivien. Chapeau à eux, qui livrent un spectacle des plus aboutis sur les plans tant techniques qu’esthétiques. À voir à Lausanne, cette semaine.

Par ricochet, bien sûr, la créatrice franco-autrichienne Gisèle Vienne mérite son lot de félicitations. Car c’est bien à cette ancienne marionnettiste formée à la philosophie, plusieurs fois déjà invitée en Suisse romande, qu’on doit à la fois la conception, la chorégraphie, la mise en scène et la scénographie de ce spectacle d’art total qui tient avant toute chose à son emballage.

Les connaisseurs reconnaîtront la griffe de l’artiste aux éclairages sculptés dans la matière vivante de l’air, à la troublante présence d’une poupée inerte, au plateau conçu comme une désertique exoplanète ou à la bande-son multipiste. À chaque substance son épaisseur, y compris l’élément temporel que les gestes dilatent et que la narration replie. Avec Gisèle, que vienne la sensation. Que s’installe l’atmosphère.

Composés par les trois comédiens de l’équipée – l’égérie de #MeToo et transfuge du cinéma Adèle Haenel, le Britannique Theo Livesey et la danseuse Katia Petrowick – les dialogues s’échangent autour d’une voiture échouée au milieu de nulle part, ses phares trouant l’aurore. Au retour d’une fête, un frère et une sœur, Felix et Klara, se sont immobilisés sur un bas-côté pour étirer l’instant de leurs retrouvailles, des années après avoir l’un et l’autre subi les viols d’un prédateur familial. Depuis lors, ils éprouvent l’«extra life» qui s’ouvre devant eux comme l’errance de deux «extra» terrestres condamnés à côtoyer leurs fantômes, leurs doubles, ces autres «versions de soi» qui peuplent leur espace enfumé.
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Tout est dit. La thématique s’autoféconde à elle toute seule, il aura suffi de l’effleurer. Pour exorciser les traumas enfouis, on se contentera du seul prisme psychothérapeutique, gonflé à l’hélium par les effets de la technologie. Des corps qui tombent puis se relèvent, des sanglots amplifiés qui répondent aux synthés, des faisceaux lumineux qui hachurent, et des échanges verbaux comme autant d’éclats post-adolescents – «il nous a détruits chaque fois qu’il nous a touchés». Il n’en faut pas plus pour célébrer la résilience. Et convier à son décorum filandreux un public présumé conquis d’avance.
«Extra Life», jusqu’au 24 fév. à la Comédie, www.antigel.ch www.comedie.ch et du 12 au 16 juin au Théâtre de Vidy, à Lausanne.
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