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L’invitéAntisémitisme ou complotisme, même peur

Robert Ayrton se penche sur les ressorts des thèses complotistes.

Bâle, fin août 1897. Des éminences israélites se réunissent en secret pour définir une stratégie de conquête visant le rétablissement du Royaume de David à l’échelle planétaire. Gouvernements, finance, médias, rien ne devra plus échapper à l’emprise des puissances judéo-maçonniques. L’humanité sera enfin placée sous la tutelle de la «Pax Judaica».

Ainsi vont les thèses des «Protocoles des sages de Sion», censées restituer verbatim les résolutions prises à l’issue des réunions bâloises. Diffusés de part et d’autre de l’Atlantique au début du siècle dernier, ces «Protocoles» se sont révélés être du bidon, un ramassis d’insanités élaborées par l’Okhrana, la police politique du tsar Nicolas II. Par la suite, seule une minorité d’illuminés, y compris des judéophobes pathologiques comme Adolf Hitler, devaient persister à les prendre au sérieux.

«Il est plus rassurant de se convaincre que tout est orchestré. C’est là un paradoxe.»

Que le faux le plus célèbre de l’histoire occidentale, pour reprendre le qualificatif du philosophe Pierre-André Taguieff, puisse à nouveau faire parler de lui en pleine pandémie du Covid-19, accompagné d’une recrudescence d’actes antisémites, apparaît ainsi comme un indicateur du niveau de sens critique ou moral auquel on a pu dégringoler, notamment chez les individus, antivaccins ou autres, qui s’amusent à diffuser le pamphlet méphitique sur les réseaux sociaux.

Leurs motivations demeurent relativement mystérieuses, comme le sont d’ailleurs les origines mêmes de l’antisémitisme, thématique qui pourrait à elle seule remplir la Bibliothèque nationale de France. Mais comme l’a rappelé le neuroscientifique Sebastian Dieguez le 23 février dernier sur le plateau de la RTS, l’antisémitisme implique une forme de complotisme.

Il est vrai que depuis l’Antiquité, quelle que soit son expression, païenne, chrétienne, raciale ou culturelle, la judéophobie n’a pratiquement jamais été autre chose qu’une crise de paranoïa communautaire. En termes biologiques, l’«antisémite» est une espèce appartenant au genre «complotiste».

Explication simpliste

On sait que le ressort principal du complotisme est de fournir une explication simpliste à une crise sociétale déstabilisante. Certaines personnes moins résilientes que d’autres ne peuvent s’accommoder de l’idée que la réalité soit complexe et imprévisible. Il est plus rassurant de se convaincre que tout est orchestré.

C’est là un paradoxe, comme le relève l’auteur de «Sapiens», Yuval Noah Harari, car aucun groupe de conspirateurs n’a la capacité de dominer le monde, vérité qui devrait être plus rassurante que celle d’une cabale toute-puissante.

Mais le «complotiste» demeure le plus souvent prisonnier de sa logique, c’est la peur qui domine son cortex préfrontal. Pareil donc pour l’antisémite, que Jean-Paul Sartre avait décrit comme un homme qui a peur, de sa liberté, de ses responsabilités, de tout sauf des Juifs. C’est en définitive la peur qu’il faut combattre. On s’y emploie depuis le paléolithique, avec un succès mitigé.

4 commentaires
    Chaplin

    Donc si je comprends bien, les complotistes sont soit antisemites soit stupides ou fragiles mentalement... si c’est pour écrire ça bah bravo 🥳