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L’invitéAprès 35 ans,
c’est le tour
d’un protestant romand

Michel Kocher présente les enjeux de l’élection à la tête de l’Église protestante de Suisse.

Le poste de président de l’Église protestante de Suisse (EERS) est à repourvoir lors de son prochain synode, le 2 novembre. Qui l’emportera pour représenter ses 2 millions de membres?

Deux femmes pasteures sont sur les rangs. Rita Famoos, de Zurich, et Isabelle Graesslé, du canton de Vaud (et de Genève). Les deux ont un CV à la hauteur, mais logiquement ce devrait être au tour de la Suisse romande. Le dernier président romand était le pasteur genevois Jean-Pierre Jornod… c’était il y a trente-cinq ans!

Un tiers de siècle marqué par des présidences alémaniques appréciables, parfois appréciées. La dernière, celle du Bernois Gottfried Löcher, laisse toutefois un drôle de goût, avec d’un côté un renforcement de l’institution, mais de l’autre un présumé scandale de mœurs (dont les arbitrages internes ont laissé à désirer) et un salaire qui se compare à celui de certains conseillers d’État. Pour tourner la page, une Romande serait bienvenue. Seulement voilà, les Suisses alémaniques, dit-on, ne sont pas prêts à être représentés par une Latine.

«Cette attitude cacherait-elle une forme de condescendance et de méfiance à l’égard d’une culture welche?»

Que voilà une curieuse considération en culture fédérale suisse, dont le protestantisme est l’une des matrices. Que cache cette attitude? Sans doute une méconnaissance de la candidate, qui n’a pas les réseaux qu’il faut outre-Sarine, alors même qu’elle est successeur de Calvin, en tant que première femme modératrice de la Compagnie des pasteurs et diacres.

Il n’est pas incongru de s’interroger: cette attitude cacherait-elle une forme de condescendance et de méfiance à l’égard d’une culture welche, perçue comme un brin décadente, et d’Églises romandes plus durement marquées par la sécularisation que leurs consœurs alémaniques? Ce n’est pas impensable et somme toute assez compréhensible vu de Zurich ou de Berne, deux bastions protestants. Est-ce pour autant visionnaire? On est en droit de s’interroger.

Églises en mutation

Pas besoin d’être un sociologue de la religion pour prédire une mutation du rôle des Églises dans la société suisse. Elle est déjà engagée, sans doute plus en Suisse romande qu’en Suisse alémanique, plus conservatrice en matière religieuse. Minoritaires, ouverts à tous, engagés sur les fronts de la solidarité et fidèles aux sources qui les ont portés, le chemin des Églises protestantes est tracé. C’est le programme et l’expérience que porte Isabelle Graesslé, qui fut directrice du Musée de la Réforme et récente coorganisatrice à Genève de l’exposition «Dieu(x), modes d’emploi» à Palexpo.

Si une majorité de protestants suisses alémaniques ne se sentent pas portés par de telles perspectives, c’est leur droit. Celui des Romands serait de leur rappeler que la culture de management zurichoise ou bernoise, qui s’enracine souvent dans le triangle d’or économique suisse, n’est pas la seule matrice d’où peut émerger une vision éthique et spirituelle pour le protestantisme minoritaire de demain.

2 commentaires
    Jean-Pierre Baur

    Isabelle Graesslé est absolument parfaite pour présider les EERS.

    Hormis tous les arguments développés dans l’article en sa faveur, il convient de préciser que cette remarquable théologienne est plurilingue et que, notamment, elle maîtrise parfaitement l’allemand, y compris le suisse-alémanique.