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Livres jeunesseAprès «Da Vinci Code», Dan Brown s’évade en écrivant pour les kids

Depuis la sortie de son best-seller historique, l’Américain a vendu 200 millions de livres. Mais il est aussi compositeur et musicien. C’était d’ailleurs là sa première vocation.

Dan Brown aurait pu devenir une popstar, mais comme son premier livre, son disque n’a pas bien marché.
Dan Brown aurait pu devenir une popstar, mais comme son premier livre, son disque n’a pas bien marché.
AFP

Ses thrillers relatant les enquêtes de l’expert en symbologie Robert Langdon, «Da Vinci Code» en tête, sont des best-sellers internationaux et ont été plusieurs fois adaptés au cinéma, avec Tom Hanks dans le rôle principal. Dan Brown travaille d’ailleurs déjà sur la prochaine aventure du professeur de l’Université de Harvard.

Mais avant que celle-ci ne soit publiée, probablement l’année prochaine, il a sorti un livre auquel personne ne s’attendait: un livre pour enfants, illustré et interactif. Dans «La symphonie des animaux», une souris chef d’orchestre nous guide au fil des pages à la rencontre de différents animaux, le tout au travers de poèmes et de morceaux de musique classique composés par Dan Brown lui-même. C’est bien différent de ce à quoi l’écrivain nous a habitués jusqu’ici.

Il suffit de scanner chaque page du livre au moyen d’une application pour lancer la musique correspondante. Il n’en reste pas moins que même ce nouveau Dan Brown n’est pas totalement exempt de codes et doit être soumis à un petit décryptage. L’écrivain nous a reçus par vidéoconférence dans sa maison du New Hampshire.

Avez-vous récemment eu envie de vous enfouir la tête dans le sable,
à l’image de l’autruche qui apparaît dans votre livre pour enfants?

(Rires) J’aimerais beaucoup en ce moment précis. Ce dernier mois a été particulièrement palpitant pour moi, il s’est passé beaucoup de choses. Je travaille déjà sur un nouveau thriller avec Robert Langdon. Mais pour l’instant, c’est la parution de mon premier livre pour enfants qui m’occupe l’esprit. Cela prend beaucoup de place dans ma vie.

Comment se fait-il que vous, Dan Brown, le spécialiste du thriller, des théories du complot, de la symbolique et des secrets, ayez décidé d’écrire un livre pour enfants? Ce livre est-il l’expression de votre envie d’échapper au monde polarisé de Trump?

Ce livre est une forme d’évasion, oui, mais il reflète également ma réaction à ce qui se passe actuellement dans le monde qui m’entoure. D’une part, le fait de travailler pendant trois ans sur ce projet, où il n’est question que de compassion, de diversité et d’amour – des émotions résolument positives – m’a été bénéfique sur le plan personnel. D’autre part, j’aimerais à nouveau transmettre ces valeurs non seulement aux enfants, mais également aux parents et aux enseignants, car elles ne peuvent qu’améliorer notre vie et notre vivre-ensemble. Et mon objectif est de le faire de façon humoristique. Mis à part ça, j’ai adoré pouvoir collaborer avec de merveilleux musiciens, de grands spécialistes de l’informatique et une illustratrice de talent. Habituellement, quand j’écris des romans, je travaille seul.

Ici, il n’y a que peu de similitudes avec votre travail d’auteur de thrillers – si ce n’est les lettres que vous avez dissimulées dans les illustrations et qui donnent naissance à de nouveaux mots une fois mis dans le bon ordre…

Il y a bien plus de similitudes qu’on ne le pense avec ce que je fais en temps normal. L’écriture d’un roman et la composition d’un morceau de musique classique reposent sur des processus très similaires. Il faut comprendre l’importance d’avoir une bonne structure, du tempo et de la dynamique: on ne peut pas faire se succéder cinq scènes de course-poursuite dans un roman, tout comme on ne peut pas enchaîner cinq nuances fortissimo forte dans une symphonie, les lecteurs et les auditeurs deviendraient fous! En revanche, l’écriture de poèmes est une chose bien différente. Au lieu de développer mes idées en 500 lignes, j’ai dû me limiter à huit lignes à chaque fois. La concision à tout prix.

Une torture pour quelqu’un comme vous, qui aimez développer vos récits?

Non, j’écrivais déjà des poèmes étant enfant et je n’ai cessé de répéter l’expérience. Ça a été facile pour moi. J’ai simplement dû veiller à ce qu’ils soient compréhensibles pour des enfants.

On sait peu qu’à l’origine, vous vouliez devenir musicien.

C’est vrai.

Tout comme peu de gens savent que vous aviez déjà publié un autre livre pour enfants il y a trente ans, «Musica Animalia», qui ne s’est vendu qu’à 500 exemplaires. Un véritable flop.

Lorsque j’ai publié cet album à l’époque, j’avais dans la vingtaine. Cependant, je ne dirais pas aujourd’hui que la boucle est bouclée ou quelque chose du genre. Car ces trente dernières années, je n’ai jamais cessé de composer de la musique. Je n’en ai jamais fait profiter le public, c’est tout.

Pourquoi pas?

J’étais simplement beaucoup trop occupé par d’autres choses, j’ai écrit des romans et j’ai dû m’occuper de leur adaptation au cinéma. Pendant toutes ces années, je n’ai composé de la musique que pour mon plaisir personnel. Jouer du piano pour mon seul plaisir a souvent suffi à mon bonheur.

Êtes-vous déçu que votre choix de carrière initial, devenir musicien, n’ait pas abouti?

Mon amour pour la musique remonte à l’enfance. À la maison, nous n’avions pas de télévision. Ma mère était musicienne professionnelle, et mon père était lui aussi un musicien très talentueux. Mes parents m’ont toujours offert de nombreux livres pour enfants. Et pendant mes lectures, j’écoutais souvent des morceaux de musique classique: «Pierre et le loup», «Le carnaval des animaux», Tchaïkovski, Béla Bartók, Bach.

Ça fait beaucoup de mélancolie pour un enfant.

(Rires) Oui. Mais pas que. «L’hymne à la joie» de Beethoven reste un de mes favoris absolus. À l’époque, ce que j’aimais par-dessus tout, c’était ses sonorités puissantes. J’étais encore assez jeune, je ne comprenais pas cette musique, mais je me sentais bien quand je l’écoutais. Plus tard, à l’université, j’ai étudié la composition musicale et l’écriture créative. J’adorais les deux. Lorsque j’ai quitté l’université, tout ce que je savais, c’est que je voulais exercer un métier qui me permettrait d’exprimer ma créativité. Mais je ne savais pas si je voulais devenir écrivain ou musicien. Je me suis d’abord décidé pour la musique. Or, à l’époque, la scène de la musique classique n’était pas très développée. Je me suis installé à Los Angeles et me suis essayé à un autre genre musical. Je voulais devenir auteur-compositeur-interprète et j’ai composé pas mal de musique pop. Bon nombre de chansons pop sont un peu comme des hymnes d’église, elles sont simplement arrangées différemment et rythmées par une batterie.

Pourquoi n’êtes-vous pas devenu une star de la pop?

J’ai eu du succès au début. En tout cas, j’ai signé un contrat de production et j’ai même fait un album – que seulement neuf personnes ont acheté (rires). Un véritable échec. C’est à peu près à cette période que m’est venue l’idée pour mon premier roman, «Diabolus». Je l’ai écrit, et le premier éditeur à le lire l’a acheté. Je me suis alors dit que c’était bien plus facile avec les livres qu’avec la musique. Puis «Diabolus» a été publié – et ne s’est vendu qu’à environ neuf exemplaires!

Vous avez donc connu de nombreux flops dans votre carrière.

J’étais désabusé et me suis dit: «OK, c’est également très difficile de réussir en tant qu’auteur.» Les choses ont mis du temps à s’améliorer. Personne n’a acheté mes trois premiers livres. Jusqu’à la sortie de «Da Vinci Code» en 2002.

Revenons à l’univers musical dans lequel vous avez grandi, à votre mère organiste. Enfant, vous l’accompagniez à l’église le dimanche, vous tourniez les pages de ses partitions. À l’époque, était-ce une corvée ou un plaisir pour vous?

C’était un plaisir, j’appréciais tout particulièrement ces moments, même si j’étais toujours très nerveux. J’avais peur de tourner la page trop tôt ou trop tard et de conduire ma mère à faire une erreur. Elle me rassurait constamment en me disant qu’elle avait déjà fait des erreurs au beau milieu d’une page; je n’avais donc aucun souci à me faire.

Comment vous est venue l’idée d’un livre à scanner avec un smartphone pour entendre la musique correspondant à l’image, si différente de la production habituelle où il faut appuyer sur des boutons pour entendre des sons?

Je voulais que les enfants puissent tenir un livre en main, le lire et ainsi profiter des expériences que nous avons tous faites étant enfants – avant de commencer à nous laisser happer par les écrans des tablettes et autres dispositifs numériques. En même temps, je voulais qu’ils puissent également entendre la musique associée à l’histoire pendant leur lecture. Avant, le livre s’accompagnait généralement d’un CD, mais aujourd’hui, plus personne ne possède de lecteur CD. J’ai donc développé une application.

Mais on sait déjà ce qui risque de se passer en lisant avec un téléphone, les enfants vont consulter leur compte Instagram, WhatsApp, etc. N’est-ce pas contre-productif?

Minute. Lorsque je me suis adressé aux développeurs de l’application, ils étaient enthousiastes: «On pourrait aussi animer l’application, y inclure des jeux, etc.» Mais voilà ce que je leur ai dit: «Non, non et non!» Cette application ne doit avoir qu’une seule fonction: jouer de la musique au moyen de la réalité augmentée et prendre le pouvoir de votre téléphone dès que vous la lancez.

Vous aviez prévu une tournée basée sur «La symphonie des animaux», reportée pour cause de coronavirus. Qu’en est-il?

Oui, j’espère vraiment que ces concerts pourront avoir lieu l’année prochaine. Je pourrais peut-être envisager de jouer un ou deux morceaux au piano dans certaines villes, lire quelques poèmes. Mais dans l’idéal, j’aimerais simplement assister à la représentation en tant que spectateur. En février, j’ai moi-même été contaminé par le coronavirus, je n’ai rien dit à personne. Je ne voulais pas qu’on crie sur tous les toits: Dan Brown est le premier malade du coronavirus du New Hampshire. Mais surtout, je ne voulais pas qu’on me tienne pour responsable de la propagation du virus dans tout l’État!

1 commentaire
    Alain Burnand

    Il write pour les kids ? Comment qu'il speak le newsman de la Geneva Tribune !