Après la rue, place à la riposte politique pour sauver l'ATS
La principale agence de presse du pays traverse une crise sans précédent. La situation inquiète les élus sous la Coupole.

Ce sont des journalistes de l'ombre qui passent à la lumière. Ils étaient des dizaines à manifester mardi à Berne. Une démonstration pour lancer une action de grève. De 14 h à 17 h, pas une dépêche n'est sortie des bureaux de l'ATS. L'ATS? C'est l'Agence télégraphique suisse, la principale agence de presse du pays. Elle fournit des contenus en trois langues à tous les médias. Dans les journaux ou sur les sites d'information, on ne compte plus les articles qui se terminent par cette signature en trois lettres.
Une agence confrontée à une restructuration majeure. La direction a annoncé la suppression de 35 à 40 postes sur un total de 150. Elle dit subir de plein fouet la crise de la presse, la baisse des prix fait couler son chiffre d'affaires. Un coup de massue pour les employés, qui n'ont pas tardé à réagir. «Un important pilier du paysage médiatique helvétique est en danger», écrivaient-ils aux autorités politiques dans une lettre ouverte. Une pétition circule aussi pour demander à Doris Leuthard d'intervenir.
Un levier à 2 millions
«Toucher à l'ATS, c'est toucher à la cohésion nationale», réagit Martin Candinas (PDC/GR). L'appel à l'aide n'est pas resté sans réponse. Avec d'autres politiciens, il entame une riposte politique. Bien qu'il s'agisse d'une entreprise privée, la Confédération a les moyens de faire pression. Le prix du levier: 2 millions de francs. Une somme que le Conseil fédéral souhaite prélever sur la redevance radio-TV pour l'octroyer à l'ATS dès 2019. Il devrait confirmer ce montant en février. Le temps presse. Les choses devraient s'accélérer le 29 janvier, jour de la séance de la Commission des transports et des communications du Conseil des États. Sous l'impulsion de Géraldine Savary (PS/VD), le directeur de l'Office fédéral de la communication (OFCOM), Philipp Metzger a été convié. «Il faut lui faire part de nos inquiétudes. J'attends aussi des explications. Tout le monde, de gauche à droite, était d'accord de renforcer le soutien à l'ATS. Ses journalistes sont les seuls à traiter de l'ensemble des conférences de presse et des séances de commission. J'aimerais savoir si l'OFCOM est toujours prêt à verser cette contribution alors que l'entreprise entend biffer des emplois et augmente le salaire des cadres.» Et la Vaudoise de s'inquiéter de l'impact d'une restructuration sur les acteurs de la vie politique.
«L'âme des médias»
Ce coup de gueule fait écho à celui de Mathias Aebischer (PS/BE). Dans le SonntagsBlick, il annonçait le dépôt d'une interpellation. «L'ATS, c'est l'esprit, l'âme et la sécurité des médias. Il faut se battre pour son maintien.» Ce qui reste en travers de la gorge de cet ancien journaliste, c'est la nouvelle stratégie de l'ATS, axée sur le profit. «Je ne suis pas contre un subventionnement public, au contraire, on pourrait même verser plus que les 2 millions prévus, mais alors il faut que l'ATS poursuive un but non lucratif. Supprimer des postes pour distribuer des dividendes, c'est inacceptable.»
Autre réaction tout autant courroucée, celle de Marco Romano (PDC/TI). Le président de la députation tessinoise s'est fait le porte-parole d'une minorité qui craint pour sa langue. Dans ses velléités, la direction de l'ATS envisage aussi de déclasser la place de l'italien. «C'est une atteinte au plurilinguisme. De gauche à droite, les élus tessinois sont unanimes à la dénoncer. Le Conseil fédéral doit prendre position. Je lui poserai la question lors de la prochaine session. Je souhaite aussi m'entretenir avec Doris Leuthard.»
«Bricolage émotionnel»
Face à des interventions qui arrivent de tous côtés, n'aurait-il pas fallu mieux se coordonner? «Pour l'heure, chacun essaie de défendre son pré carré, répond Marco Romano. Les choses devraient se mettre en place lors de la session de printemps.» Reste que l'unanimité ne règne pas au sein de la Berne fédérale. Bien qu'il soit – aux côtés de Matthias Aebischer – coprésident de l'intergroupe «Journalisme et démocratie», Fathi Derder (PLR/VD) goûte peu à cette agitation. «Je suis opposé à toute forme de pression politique. On ne peut pas exiger d'une entreprise privée qu'elle effectue des tâches qui ne sont pas rentables.»
Pour le Vaudois, le débat doit englober la question de la SSR. «Certes, le travail que fournit l'ATS est précieux, et constitue un fondement de la cohésion nationale. Mais la vraie question est ailleurs. Il nous faut un «reset» de notre politique publique en matière de médias. Quel service public voulons-nous? Et comment le finançons-nous? Tant que nous n'avons pas fait ce travail de fond, nous resterons dans un bricolage émotionnel, avec un échec garanti.» Une discussion qu'il souhaite dès le 5 mars. Difficile en effet d'aborder un thème aussi délicat avant le vote crucial sur l'initiative «No Billag».
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