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Récits d’anticipation«Après! Le monde bouleversé» voit bien au-delà du Covid

Un ouvrage regroupe les neuf textes retenus pour le Prix de l’Ailleurs 2020, sur le thème du monde chamboulé. Sombres, ils invitent à réfléchir.

La Française Mélanie Fievet a remporté le Prix de l’Ailleurs 2020 avec son texte poignant imaginant des exilés sur des îles de plastique.
La Française Mélanie Fievet a remporté le Prix de l’Ailleurs 2020 avec son texte poignant imaginant des exilés sur des îles de plastique.
DR

Humant l’air, le Prix de l’Ailleurs lançait en octobre 2019 un appel à textes sur le thème: «Après! Le monde bouleversé». Mettant en avant réchauffement climatique, flux migratoires, crises économiques ou inquiétudes liées à la technologie comme sources d’inspiration potentielle, l’équipe du prix littéraire suisse dédié à la science-fiction, né en 2017 sous l’impulsion de la Maison d’Ailleurs et de l’Université de Lausanne, n’aurait pu imaginer ce qui attendait la planète en 2020. La thématique trouve néanmoins un écho particulier à la lumière de l’année écoulée. Comme le délai du prix courait jusqu’à la fin du mois de mars dernier, certains textes retenus font allusion à la pandémie, sans pour autant se saisir pleinement de ce sujet trop frais.

Une terre chamboulée

Se plaçant pour la plupart bien au-delà, dans un futur présentant une terre chamboulée, les auteurs restent souvent évasifs sur les causes pour se pencher davantage sur les conséquences. Et celles-ci ne sont guère réjouissantes. À l’image de ces parias survivant sur des îles formées entièrement de plastique, retenues au large des côtes par des barrages, version aquatique et glaçante des bidonvilles restituée avec force sous la plume de la Française Mélanie Fievet, premier prix avec «Un point au large».

«Nous ne savons plus très bien s’il s’agit de mondes bouleversés ou plutôt du monde, celui que nous apprenons à domestiquer.»

Nadine Richon et Gaspard Turin, membres du jury du Prix de l’Ailleurs

D’autres, comme Philippe Pinnel, deuxième prix avec «Altères égales», s’inscrivent dans une veine proche d’«Après le monde» d’Antoinette Rychner, dont un entretien figure d’ailleurs en postface. L’auteure neuchâteloise y confie notamment sa conviction que la littérature peut aider à se préparer à un effondrement, ce qui ne veut pas dire s’y résigner.

Plus rares sont les textes qui évoquent l’intelligence artificielle, comme celui de Christophe Charles Künzi, ou dans une moindre mesure le crépusculaire «En cendres, tout est possible» placé sous l’ombre des robots, tandis qu’Olivier Chapuis lie technologie, virus et hygiénisme poussé au rang d’art de (sur)vivre chez les nantis.

Dans sa nouvelle «Virus», Olivier Chapuis montre les limites d’un hyperhygiénisme couplé à la technologie face aux difficultés du monde.
Dans sa nouvelle «Virus», Olivier Chapuis montre les limites d’un hyperhygiénisme couplé à la technologie face aux difficultés du monde.

Ici et là, des lueurs d’espoirs: l’art de s’accrocher malgré tout ou de réparer les dégâts. Comme chez Claire Boissard, un ennui de culture potagère conduit à déterrer le délicat problème des déchets nucléaires.

Le futur déjà présent?

Des textes qui amènent en tout cas à réfléchir, à nos actes, nos manques, nos capacités d’adaptation. Car comme le soulignent les auteurs de la préface, les membres du jury Nadine Richon et Gaspard Turin, «nous ne savons plus très bien s’il s’agit de mondes bouleversés ou plutôt du monde, celui que nous apprenons à domestiquer». S’y ajoute une intéressante réflexion de l’architecte-urbaniste Catherine Seiler sur «l’utopie du territoire», moteur pour avancer.

Parce qu’un appel d’air semble bienvenu, le thème 2021 invite, avec «Bifurcations», à tester la force suggestive de deux petits mots: «et si…» À malaxer mentalement jusqu’au 28 février, dernier délai pour rendre son texte.