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Départ d’une demeure historiqueAprès l’Élysée, le Mudac fait ses adieux à sa demeure patrimoniale

Il est encore temps de visiter la Maison Gaudard, où le Musée de design et d’arts appliqués contemporains fête ses 20 ans avant de partir pour Plateforme10.

Lausanne, mardi 30 octobre 2012. Le travail des artisans sur le toit de la cathédrale. Côté sud. Vue sur le Mudac – Musée de design et d’arts appliqués contemporains.
Lausanne, mardi 30 octobre 2012. Le travail des artisans sur le toit de la cathédrale. Côté sud. Vue sur le Mudac – Musée de design et d’arts appliqués contemporains.
MARIUS AFFOLTER

Que représentent les 20 ans d’existence du Musée de design et d’arts appliqués contemporains (Mudac) à cette adresse en comparaison de l’histoire séculaire de l’une des plus vieilles bâtisses lausannoises? Rien ou presque, un fétu de paille de la modernité qui va d’ailleurs s’envoler à Plateforme10, quartier des arts de la gare où l’institution trouvera des locaux et un voisinage aux ambitions hyperboliques… Car la demeure dont elle est locataire depuis deux décennies remonte au XIIIe siècle, époque médiévale de l’apogée lausannois, et mérite, à ce titre, une dernière visite à l’occasion de la fête des 20 ans du Mudac (lire encadré). Avant que le bâtiment ne retrouve une fonction culturelle en accueillant, dès 2022 ou 2023, les bureaux de plusieurs manifestations de la place.

L’actuel édifice résulte de la réunion progressive, à partir du XVIe siècle, de plusieurs maisons qui formaient alors un îlot descendant jusqu’à la rue de la Mercerie. Une poutraison retrouvée dans ses caves portait la date de 1350. Le lieutenant baillival Gaudard, à qui la maison doit son nom, achève l’entreprise au XVIIe siècle, reconstruisant toute la partie ouest du bâtiment qui prend l’allure qu’on lui connaît depuis.

Mais, aujourd’hui encore, les différences de niveaux que l’on peut observer à certains étages témoignent de ce collage architectural historique qui hébergea, entre autres, Amédée Ravier, chanoine de Lausanne et seigneur de Montricher et de Saint-Martin-du-Chêne. Son toit en pointe est probablement dû à l’architecte Abraham de Crousaz, responsable de l’Hôtel de Ville de la Palud.

Des frères moraves à la Préfecture

Une fois sa dynastie de notables disparue, la Maison Gaudard multiplia les affectations. De 1837 à 1873, la maison a abrité un pensionnat de garçons tenus par les frères moraves, qui déménagèrent leur institution au Château de Prangins après son rachat par l’État de Vaud. Dès lors, la demeure devint le siège du Département de l’instruction publique et de ses collections minéralogique et botanique, puis de la Préfecture jusqu’en 1991. En 1995, le canton l’échange à la ville contre le Musée Arlaud, préambule au déménagement du Musée des arts décoratifs, rebaptisé Mudac (avec un point d’exclamation tout d’abord), qui quitte ses caves de Vilamont pour monter à la lumière de la Cité et ouvrir ses portes le 8 juin 2000.

Mais la bâtisse séculaire ne devrait pas perdre ses galons culturels gagnés à la fin du XXe siècle. Si le projet de «maison des festivals» a été ralenti par la situation sanitaire, la Ville escompte toujours y réunir des bureaux de festivals ou de manifestations lausannoises – «7, au minimum, à 15, au maximum», dixit Michael Kinzer, chef du service de la culture – au premier rang desquelles le Festival de la Cité, actuellement installé à la même adresse que le Petit Théâtre.