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L’invitéAprès les corps, le déconfinement des esprits

Michel Maxime Egger en appelle à une transformation intérieure, à une évolution de la conscience pour aller vers l’essentiel.

Le coronavirus, et «après»? Cette question est sur toutes les lèvres. L’incertitude est grande, mais l’avenir se construit dès aujourd’hui. Jamais les appels à l’urgence d’un changement de cap n’ont été aussi nombreux. Et pour cause: la pandémie n’est pas qu’un problème sanitaire, soluble par un vaccin. Elle révèle l’impasse d’un système productiviste et consumériste globalisé qui détruit la biosphère par sa démesure. Elle nous avertit également des problèmes, beaucoup plus graves et irréversibles, qui nous attendent si nous n’agissons pas vite et radicalement contre le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité. D’où la prolifération de propositions d’ONG, personnalités et mouvements citoyens pour une transition vers des sociétés sobres en carbone et plus équitables.

On parle peu cependant des transformations intérieures nécessaires à cette mutation. Car agir sur les symptômes ne suffit pas. Il faut aller aux racines. Questionner notre regard sur la nature, nos croyances et nos valeurs. Une évolution de la conscience pour laquelle le confinement a offert une opportunité unique. Quoi de mieux pour «rentrer en soi» que l’obligation de «rester chez soi»? Non pour se replier sur soi-même, mais pour prendre du recul, élargir le cœur et revenir à l’essentiel. Dans ce recentrement, le coronavirus nous a offert quatre messages clés pour cocréer le monde d’après dans le respect des limites planétaires.

«Non, nous ne sommes pas tout-puissants. Il est temps de redevenir humbles, de mettre un terme à notre domination de la nature»

Primo, le vivant est un. La Terre vit en nous et nous vivons en elle. En ignorant cette interdépendance, nous rendons la nature malade et nous avec. La santé humaine et celle de la planète sont indissociables. Nous n’avons pas d’autre choix que de retrouver les lois du vivant et rééquilibrer nos relations avec les autres qu’humains.

Secundo, nous sommes vulnérables et mortels. À la merci d’un microscopique virus capable de mettre à genoux tout un système. Accomplir notre humanité, c’est assumer notre fragilité, accepter que la mort fait partie de la vie qui ne cesse de se métamorphoser. Non, nous ne sommes pas tout-puissants. Il est temps de redevenir humbles, de mettre un terme à notre domination de la nature.

La coopération plutôt que la compétition

Tertio, nous sommes des êtres de lien. La distance sociale nous a rappelé à quel point nous avons besoin des autres. L’importance vitale de la solidarité et de l’entraide. La résilience ne se trouve pas dans la «guerre» et la compétition, mais dans la coopération et le soin, au service du bien commun.

Quarto, le sens de la vie n’est pas de courir, produire et consommer. Le virus nous a contraints à ralentir. À une forme de frugalité, sans shopping ni vol en avion. Qu’est-ce qui nous a manqué? Et si nous choisissions la sobriété que nous avons subie? Être sobre, ce n’est pas se priver, mais apprendre à «jouir et vivre intensément avec peu», comme l’affirme le pape François dans son encyclique «Laudato si’».

Alors que le déconfinement des corps bat son plein, il est l’heure de déconfiner les esprits.

1 commentaire
    Nicki

    Très bien.