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Noël à LausanneArduino Cantàfora sort de son ombre

Le peintre italo-suisse, établi à Lausanne où il a enseigné plus de vingt ans à l’EPFL, revient à la Galerie Univers dans un accrochage où il fait œuvre de nouveauté dans la continuité d’un travail sur le théâtre du temps.

Une œuvre de la série «Riflessi», réalisée cette année pour l’exposition lausannoise à la peinture vinylique sur bois (70 x 50 cm).
Une œuvre de la série «Riflessi», réalisée cette année pour l’exposition lausannoise à la peinture vinylique sur bois (70 x 50 cm).
Galerie Univers, Lausanne

Arduino Cantàfora est peintre, mais on a envie de parler de théâtre. L’homme qui jongle avec les humanités classiques comme avec les rivets des locos miniatures qu’il s’ingénie à construire dans son appartement lausannois, est aussi architecte. Une discipline qu’il a enseignée et commentée pendant plus de vingt ans à l’EPFL. Mais ça ne change rien, on revient toujours à cette envie de parler de théâtre. De cette intensité dramatique qui habite ses œuvres exposées à la Galerie Univers à Lausanne, où l’Italo-Suisse revient en fidèle depuis 2007. Cantàfora peint des perspectives, des ouvertures, des transitions – à la Renaissance, dont il inscrit l’héritage dans la modernité, on parlait de cosa mentale –, il peint des paysages qui mettent en scène les impalpables. La mémoire, le temps, les rêves, l’absence mais encore l’infini comme l’apesanteur.

«Cantàfora peint des paysages qui mettent en scène les impalpables. La mémoire, le temps, les rêves, l’absence mais encore l’infini comme l’apesanteur.»

C’est donc sa quatrième exposition dans la fameuse rotonde de la place Pépinet et c’est la perspective de cette dernière qui l’a renvoyé devant son chevalet. L’artiste n’avait plus réussi à toucher un pinceau depuis 2016! «Une douleur», confiait le septuagénaire juste avant l’accrochage. Mais depuis ce déclic, le peintre qui aime travailler en série pour épuiser et même pour «profiter» de l’idée jusqu’au bout – les souvenirs de Berlin, ceux de Venise, les reflets, les escaliers, les dernières vapeurs – ne cesse de rajouter des pièces à l’exposition dans une manière toute nouvelle.

Venise, une ville qui revient souvent dans l’œuvre de l’Italo-Suisse né à Milan.
Venise, une ville qui revient souvent dans l’œuvre de l’Italo-Suisse né à Milan.
Galerie Univers, Lausanne

Travaillant depuis longtemps sur bois en y apposant de la peinture vinylique depuis tout aussi longtemps, il a cette fois zappé la couche de vernis. Le grain n’en est que plus poreux et la facture plus sensorielle. Comme si le temps qui passe avait déposé sa marque, si friable. Et comme si le rideau… venait de se lever, laissant encore l’empreinte de son mouvement dans l’air. On est sur la scène. Avec ces enfilades de portes et d’arches, dans ces escaliers borgnes qui ne veulent pas dire où ils vont. On y est plus implicitement encore dans ses «Città come casa», figure de style picturale poétisant la ville-maison, où l’architecture se pose physiquement en décor sur des tréteaux.

Mais le summum, plus éthéré, plus subtil, surgit avec la série «Il tempo è venuto»: le spectacle y est celui de la nostalgie, peut-être même d’une certaine mélancolie. Aussi douce que caressante. Au loin, le passé vibre dans les volutes des locomotives à vapeur et dans les fumées de l’ère industrielle où son père, ingénieur, et son grand-père, chef mécanicien, évoluaient dans les environs de Milan. Un temps révolu mais comme protégé, encadré tel un souvenir.

Longtemps, Arduino Cantàfora a fait parler les architectures, parce qu’une architecture ce n’est pas qu’une forme ou qu’un volume: c’est «un acte de communication». Mais là, dans ces échappées métaphysiques, c’est lui qui parle. Lui qui pose son théâtre de la vie: un cirque qui a laissé des souvenirs dans un village, mais lesquels? Une silhouette découpée par la lumière dans l’ombre, sûrement la sienne! Et ces miroirs d’eau qui n’attendent qu’un reflet ou encore ces nappes fraîchement dépliées aussi blanches qu’une page où tout reste encore à écrire. Le théâtre de Cantàfora se rapproche d’un décor généreusement universel, fait d’une généreuse somme de détails narratifs, qui cherche à nous entraîner loin. Très loin. À nous de libérer notre intrigue personnelle…

«Rimembranze» 2020, un travail qui allie plusieurs passions du peintre comme l’architecture et les trains, sur une scène qui entraîne au loin.
«Rimembranze» 2020, un travail qui allie plusieurs passions du peintre comme l’architecture et les trains, sur une scène qui entraîne au loin.
Galerie Univers, Lausanne

Lausanne, Galerie Univers
Jusqu’à Noël, du lu au sa (divers horaires)
www.galerieunivers.ch