Votre navigateur est obsolète. Veuillez le mettre à jour avec la dernière version ou passer à un autre navigateur comme ChromeSafariFirefox ou Edge pour éviter les failles de sécurité et garantir les meilleures performances possibles.

Passer au contenu principal

Le livre de la semaine
Armen Godel s’abandonne au pouvoir de Morphée

CREATOR: gd-jpeg v1.0 (using IJG JPEG v62), quality = 99
Abonnez-vous dès maintenant et profitez de la fonction de lecture audio.
BotTalk

Comédien, metteur en scène et écrivain, Armen Godel (né à Genève en 1941) passe pour être un des meilleurs connaisseurs au monde du théâtre nô: sa passion pour cet art dramatique apparu au Japon à la fin du XIIIe siècle lui a inspiré de nombreux livres depuis «Le maître de nô» publié en 1989 (réédité en collection de poche, Albin Michel, 2004). Celui-ci est toutefois d’une autre texture; il est taillé dans cette étoffe des rêves dont Shakespeare disait qu’elle est aussi celle de nos vies. Divinité des songes capable de prendre «n’importe quelle figure humaine», Morphée habite ici chez elle. D’où le titre de cette rêverie en prose et en morceaux: «Champs morphéens».

Cela débute par une invitation, à laquelle se rendent le narrateur et sa compagne, chez un collectionneur de livres anciens et son épouse. Décor précieux, moiteurs érotiques, on baigne dans l’étrangeté d’un rêve éveillé.

Mais le fil narratif ne tarde pas à se défaire, le lecteur étant bientôt transporté sur une route de campagne ou sur la scène d’un théâtre ne craignant aucune audace ultra-avant-gardiste. Machinerie littéraire complexe, exigeante, qui semble suivre sa propre logique. Armen Godel ne fait pas que mettre en mouvement un manège de fantasmes et de fantasmagories; il adopte dans son écriture onirique la grammaire du rêve elle-même: déplacements soudains dans le temps ou dans l’espace, juxtaposition de scènes parfois obscures, sens multiples… tout ce qui permet aux désirs d’avancer masqués au pays de Morphée.

Le texte est également rythmé par des citations extraites des «Métamorphoses» du poète latin Ovide. Elles renvoient à ce qui relie, dans ces «Champs morphéens», la puissance du rêve au métier de l’auteur. Car on ne saurait l’oublier en le lisant, Armen Godel a derrière lui une longue carrière de comédien. Sur quoi repose un tel art de la métamorphose? On peut se représenter l’acteur comme un écran sur lequel les metteurs en scène projetteraient leurs rêves et le public les siens.

À lire: Armen Godel, Champs morphéens, La Baconnière, 120 p.