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Astrophysique
Découverte d'une bulle de galaxie colossale

En 2014, on repérait Laniakea (dont voici une vue d’artiste), une structure gigantesque incluant notre Voie lactée. On a découvert encore plus grand récemment.
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Souvenons-nous de Laniakea. Un nom chantant d’origine hawaïenne qui signifie à quelques nuances près «paradis incommensurable». Il désigne en réalité un superamas de galaxies englobant notamment le superamas de la Vierge, dont fait partie la Voie lactée, donc le système solaire, le soleil puis la Terre. La taille de cet objet céleste défie l’entendement puisqu’elle avoisine les 520 millions d’années-lumière.

Continuons un instant dans la poésie pour rappeler que Laniakea contient également le superamas du Paon-Indien, ainsi que celui de l’Hydre-Centaure, dans lequel se trouve cette anomalie gravitationnelle qui porte le nom de Grand Attracteur parce que sa masse a un effet sur le mouvement des galaxies, qui semblent se diriger vers lui. L’observation de Laniakea remonte à 2014. A-t-on fait mieux depuis ? Oui, et c’est vertigineux.

Et c’était même il n’y a pas très longtemps, au tout début de ce mois. Un groupe d’astronomes internationaux dirigés par l’université d’Hawaï (encore elle) ont en effet cartographié l’Univers proche et ont détecté une onde de compression qui se serait formée dans le plasma originel. Cette onde aurait entraîné la formation d’une sorte de bulle contenant en son centre de la matière. En existe-t-il plusieurs ? Probablement.

La création du monde

L’une d’entre elles a en tout cas été identifiée comme un immense rassemblement de galaxies. Lequel forme une bulle d’un milliard d’années-lumière de diamètre, comme nous l’apprend une publication parue dans «The Astrophysical Journal». Cette observation complète la carte globale de l’univers, aux côtés, justement, de Laniakea. Cette bulle porte elle aussi un nom exotique, pratiquement imprononçable : Hoʻoleilana. Terme qui signifie «chant de la création du monde» et prend sa source dans le «Kumulipo», chant religieux hawaïen du XVIIIe siècle racontant justement la création du monde.

Car oui, vu la taille colossale de cette structure et son âge – sa genèse remonterait aux premiers temps de l’univers, soit à presque 13,8 milliards d’années -, celle-ci porterait en elle les traces du passé lointain de l’univers. En clair, on approcherait assez près du Big Bang, si tant est qu’il ait véritablement eu lieu. Et ça, ce serait révolutionnaire.

Daniel Pomarède, astrophysicien, cartographe et découvreur notamment de Laniakea, a émis une première hypothèse dans les colonnes du mensuel «Sciences et avenir» : «Nous pensons que cette superstructure n’est pas là par hasard. Elle témoignerait de l’existence de ce que l’on appelle des «oscillations baryoniques acoustiques» (OBA), un phénomène qui agitait l’Univers lorsqu’il avait moins de 380’000 ans. Ainsi, au travers de cette bulle, nous contemplons peut-être un «fossile» de l’Univers primordial.»

Proche de notre voie lactée

Sa découverte valide en tout cas ce phénomène des OBA mis en valeur par Jim Peebles, cosmologiste lauréat du Prix Nobel de physique en 1970. Quant au nombre de 380'000 ans après le Big Bang, puisque c’est de cet ordre de grandeur qu’il s’agit, cela peut paraître beaucoup, mais c’est en réalité extrêmement tôt après la création de l’univers.

Même si les approches géométriques sont malaisées dans un univers en expansion où la matière tord l’espace qui l’entoure, la forme de cette bulle de galaxies peut s’assimiler à une coquille sphérique contenant un cœur. Elle est «relativement» proche de notre Voie lactée, soit à environ 820 millions d’années-lumière.

Au centre de Hoʻoleilana, on retrouve quelques vieilles connaissances comme le superamas du Bouvier ou le grand mur de Sloan, qui est constitué de filaments galactiques. Il ne manque plus que les dieux de la mythologie grecque pour venir jouer au milieu de toutes ces formations. Grâce au télescope spatial Euclid, qui a été lancé le 1er juillet par l’Agence spatiale européenne, et bientôt au Square Kilometre Array, ou SKA, projet de radiotélescope géant qui devrait se déployer dès 2027 ou 2028 en Afrique du Sud puis en Australie, on espère découvrir d’autres bulles et mieux comprendre l’expansion de l’Univers. On s’en approche en tout cas de plus en plus.