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Archéologie vaudoiseAu cœur du Mormont, l’histoire d’une découverte unique

Un site sans réel équivalent en Europe celtique sommeillait sur le plateau du Mormont. Il sera fouillé dans l’urgence, en été 2006, puis de manière plus suivie depuis. Les études sont désormais en cours, promettant de renouveler nos connaissances.

En cours de fouille, la tête d’une femme, visiblement coupée, à côté de elle d’un homme et d’autres membres animaux. Ces fosses trahissent des gestes cultuels remontant aux alentours de 100 av. J.-C., encore difficiles à interpréter.
En cours de fouille, la tête d’une femme, visiblement coupée, à côté de elle d’un homme et d’autres membres animaux. Ces fosses trahissent des gestes cultuels remontant aux alentours de 100 av. J.-C., encore difficiles à interpréter.
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On était loin du romantisme du film «The Dig», avec un champ de fleurs et une jolie archéologue en robe. Sur le plateau de la Birette, en août 2006, c’était plutôt ce qu’on appelle de l’archéologie de sauvetage. Les pieds dans la boue, face aux pelleteuses de Holcim qui avancent inexorablement, et avec quelques mois seulement pour fouiller un site dont on se rend compte qu’il peut potentiellement changer un bout de l’histoire suisse, si ce n’est plus.

La réalité crue de l’archéologie préventive, mais hors norme. Avec, la nuit, des inconnus qui se faufilaient sous les bâches, emportant des vestiges en cours de fouille.

Des objets vitaux

À ce jour, des centaines d’objets sont encore en restauration au laboratoire de Rumine, et les études paraissent au compte-gouttes. La dernière, récemment publiée, permet d’entrevoir l’ampleur de ce qui s’est passé là, autour de 100 av. J.-C. Toute une population (des Helvètes, des Séquanes?) y a creusé plus de 250 fosses, à la main, jusqu’à 2,60 m de profondeur. Ils ont déposé des animaux en offrandes, du vaisselier en bronze, des importations d’Italie, des êtres humains, également, ou encore des meules à grains – un alors vital. Le signe d’un événement majeur, à l’époque où la géographie de l’Europe se redessinait sous les migrations des Cimbres et des Teutons, prélude de la fin de la société celtique.

Il faut remonter au 19e siècle, avec la découverte du site de La Tène (NE), qui donnera son nom à la culture laténienne, ou encore aux sanctuaires retrouvés en France au 20e siècle, pour trouver un équivalent aussi prometteur pour notre compréhension de la civilisation celtique.

Aujourd’hui, les archéologues se montrent prudents, refusant de parler de site cultuel en soi, avant de connaître les conclusions des études et le périmètre large du Mormont, qui commence à livrer des vestiges tout ce qu’il y a de plus profane. En fait, cet incroyable sommet et ses environs pourraient être bien plus complexe que ce qui avait été imaginé au début.

Éclépens, 6 juillet 2010, fouilles archéologiques des vestiges de la fin de l'âge du fer au sommet du Mormont. Caroline Brunetti, responsable de la fouille. © Philippe Maeder
Éclépens, 6 juillet 2010, fouilles archéologiques des vestiges de la fin de l'âge du fer au sommet du Mormont. Caroline Brunetti, responsable de la fouille. © Philippe Maeder
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Tout commence en fait en décembre 2000. Pour la première fois, dans l’optique de l’extension de la carrière, des sondages diagnostiques sont effectués: depuis les années 50, l’avancée des cimentiers s’était faite sans contrôle, laissant disparaître «des ossements et des objets métalliques», dit une légende tenace dans la région. C’était comme ça.

Décembre 2000 donc, les sondages sont négatifs. «On cherchait des abris préhistoriques ou des fours à chaux, surtout au bord des falaises», explique l’ancien archéologue cantonal Denis Weidmann.

La carrière avance. 2006, d’autres sondages laissent imaginer «un habitat protohistorique arasé et diffus». Sous-entendu quelques fosses assez banales, les couches d’occupations, celles de l’époque, ayant disparu sous des siècles de labours et de sylviculture.

«Il y a eu des résultats un peu bizarres avec quelques fosses et de la céramique, et même un squelette humain entier. Et puis on s’est rendu compte, avec la couleur des sédiments, que le plateau en était constellé», raconte un ancien fouilleur. On s’attendait à une cinquantaine de fosses. Il y en aura cinq fois plus.

Des fosses «vouées à disparaître»

Holcim est au bout de ses réserves. La multinationale versera des fonds, prêtera des machines, mais elle veut aussi aller vite. Que faire? «On ne pouvait pas tout arrêter pour faire un musée: ce site, visuellement, ça reste des trous qui étaient voués à disparaître. Il ne s’agit pas des mosaïques d’Orbe…» témoigne un archéologue proche du site. Le Canton obtient des délais à plusieurs reprises pour la fouille et son incroyable mobilier. La pression reste. Des fosses sont emportées par les machines. La fouille est parfois expéditive. Mais, au final, les archéologues estiment avoir sauvé «98% de la matière scientifique».

Les étapes suivantes sont depuis considérées comme un exemple de coordination, où chaque extension de la carrière est largement anticipée. Même celle actuellement bloquée au Tribunal fédéral a déjà été précédée de sondages, dont les résultats restent un secret bien gardé. Le mystère du Mormont continue.

Le Mormont, le 12.12. 2009. Mobilier archéologique découvert sur le site de la colline du Mormont, près de La Sarraz et d'Eclépens .© Archeodunum
Le Mormont, le 12.12. 2009. Mobilier archéologique découvert sur le site de la colline du Mormont, près de La Sarraz et d'Eclépens .© Archeodunum
VQH
2 commentaires
    Zone A Détruire

    Que peut rechercher un journaliste avec ce genre d'article ? Sa rédaction n'a pas dû amputer trop de son temps libre car il a pompé dans la multitude d'articles déjà parus et traitant des Celtes au Mormont. Ses collègues du 24 Heures lui avaient déjà agréablement mâché la tâche vu le nombre déjà important de sujets réalisés sans parler du reste de la presse écrite ayant déjà relaté depuis 2006 toutes ces découvertes. Dès lors, cet article n'apportant aucune nouveauté ni aucune valeur ajoutée à ce que les fidèles lecteurs de ce journal ont déjà pu lire par le passé, j'ai la très nette impression qu'il essaie sans trop de talent à attiser la méfiance du lecteur, surtout celui étranger à cette région mais ayant entendu parler d'un groupuscule de militants occupant le site, à l'encontre de l'entreprise cimentière exploitante du site et à convaincre encore plus si nécessaire les quelques opposants au maintien de son activité. Il serait dommage que 24 Heures prenne le virage de la presse de boulevard qui semble attirer certains de ses collaborateurs. Car celui d'aujourd'hui n'était certainement pas le dernier opus tournant autour de la colline du Mormont et la méchante entreprise transformant ses entrailles en produit à longue durée de vie.