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Esprit des parcsAu parc du Castrum, Yverdon a mis son histoire au vert

Plus connu sous le nom de parc Piguet, le poumon vert de la cité thermale est devenu un coin où se croisent les gens et les générations à deux pas du centre.

Le jardin bourgeois est passé place de jeu.
Le jardin bourgeois est passé place de jeu.
Jean-Paul Guinnard

En dehors du petit jardin japonais de la place d’Armes, étouffé par les voitures et le reflet du soleil dans le bitume, pas simple de dénicher un espace vert au plein centre d’Yverdon, à l’abri du bruit et des tracas du quotidien, et surtout qui ne soit pas privé.

Les gens du coin vont pour cela au parc du Castrum, plus connu sous le nom de parc Piguet, du nom de la vaste propriété familiale dont l’espace vert, le plus récent de la ville, est issu. Car si l’on vient aujourd’hui contempler les prairies naturelles, les jeunes et vieux arbres, ou encore guigner les voisins sur leurs balcons, c’est sans penser que cet écrin de verdure fut au cœur d’une véritable saga.

Souvenir de son passé sauvage, le parc cultive la fauche tardive.
Souvenir de son passé sauvage, le parc cultive la fauche tardive.
Jean-Paul Guinnard

L’Ancien Régime légua à Yverdon une série de potagers et de jardins entourant les propriétés cossues de plusieurs rues récentes, dont celle de la Plaine. De fins cordeaux, qui seront hélas rattrapés par la folie immobilière des années 1960 et 1970, ne laissant qu’un miraculeux rescapé, caché derrière de vieux et hauts murs. La famille de banquiers yverdonnois y coulera des jours heureux, donnant à la parcelle achetée en 1888 une allée à la française plantée de marronniers et de tilleuls, un verger et… un court de tennis encadré d’une petite haie. Un recoin fréquenté uniquement par la famille, ses chevaux, quelques moutons et des légumes durant la guerre. Mais avec le temps la partie sud se transformera en véritable forêt, prisée des renards et des garnements du coin.

C’était jusqu’en 2006. L’hoirie Piguet lance alors un projet immobilier mangeant la frange ouest du parc, étalant 60 logements sur plus de 2000m2. Le projet sera combattu, en vain, par la Ville. Elle rachète pour 2,1 millions le reste du parc, auquel il faudra ajouter le coût des travaux visant à transformer ce poumon vert yverdonnois, toutefois en jachère, en véritable parc public. «Les générations futures ne nous le reprocheront pas», prédisait alors, en 2009, le syndic Daniel von Siebenthal. Le concept en soi est bien plus ambitieux et vise la création de toute une zone verte, allant de la rue de la Plaine au cimetière, mettant en valeur le castrum, soit les remparts de la ville fortifiée du IVe siècle.» On l’attend toujours.

Jean-Paul Guinnard

Le parc Piguet ne sera pas non plus sans rebondissements. Les travaux des immeubles mettent au jour un quartier entier de l’Yverdon gaulois puis gallo-romain. Apparaissent ainsi une portion de l’oppidum laténien, dont les pieux étaient restés en partie conservés. Et aussi des maisons, un secteur artisanal et peut-être même un sanctuaire, à deux pas de la Thièle et du lac qui arrivait alors jusqu’ici. Les fouilles, menées par l’Université de Lausanne (les lombaires du soussigné s’en souviennent) et l’entreprise Archeodunum, permettront de dégager des connaissances importantes pour la compréhension d’Eburodunum.

Fin de l’histoire? Non. Alors que la Ville prévoit un jardin intimiste, fermé durant la nuit afin de préserver le calme des riverains, le Conseil exige l’ajout d’une petite place de jeu en 2014. À contrecœur, on ajoute alors quelques plots, un toboggan et un sol en copeaux. Tout cela au milieu du tri radical qu’il faudra mener dans la végétation en pagaille depuis des lustres.

«On retrouve des gens de plusieurs endroits de la ville, le parc a réussi à les faire se rencontrer»

Une mère de famille

Aujourd’hui, l’endroit est le repère des piétons qui coupent par là sans trop prêter attention aux marquages au sol rappelant les anciens remparts du castrum et de l’oppidum. Le matin, la pelouse est le royaume des cours de tai-chi pour aînés et des promeneurs de chiens. Suivent à midi les employés du centre venant avaler un sandwich et l’après-midi une foule de bambins et de parents, avant de céder la place aux amoureux qui passent juste avant la fermeture.

«On retrouve des gens de plusieurs endroits de la ville, le parc a réussi à les faire se rencontrer»
«On retrouve des gens de plusieurs endroits de la ville, le parc a réussi à les faire se rencontrer»
Jean-Paul Guinnard

«Une réussite, sourit une mère de famille, habitante du quartier de longue date. On retrouve des gens de plusieurs endroits de la ville, le parc a réussi à les faire se rencontrer», note-t-elle sans quitter trois ou quatre têtes blondes des yeux, essayant de se faufiler dans les haies d’espèces indigènes. «Bien sûr, ce n’était pas toujours simple avec les voisins, au début. On nous a menacés à plusieurs reprises de seau d’eaux si les enfants continuaient à faire du bruit. Maintenant ça va mieux.»

Sans savoir que, clin d’œil de l’histoire, les jeux pour enfants ont été placés exactement entre les plus vieux arbres du parc, qui ne sont autres que les survivants de l’ancienne haie du court de tennis, disparu il y a plus d’un demi-siècle.

Jean-Paul Guinnard