Musique et fondueAu Pregny Alp Festival, le folklore suisse se cultive en famille
Ce samedi 5 août, la 16e édition du «PAF» se taille une belle tranche de yodel, avec cor des Alpes, schwyzerörgeli et produits du terroir. L’entrée est gratuite.

Quand la Kapelle Oberalp, de Coire, se déplace pour jouer, où qu’elle aille son fan-club la suit toujours. Même en Suisse romande, région que cet orchestre très populaire outre-Sarine fréquente prudemment mais sûrement. Même à Genève, où la formation instrumentale fondée en 1968, experte du répertoire folklorique suisse avec ses schwyzerörgeli, clarinettes et contrebasse, se produit ce samedi 5 août en tête d’affiche du 16e Pregny Alp Festival.
Arno Jehli, «kapellmeister» du groupe, accordéoniste de 73 ans, pourra goûter à la longeole de la boucherie Muller. Et ses fans venus avec lui profiteront aussi de l’air lacustre, néanmoins vicié comme disent volontiers les Genevois. Mais si Pregny se trouve bien loin des cimes immaculées, l’esprit du ranz y est quand même. Faire descendre les Alpes sur les bords du Léman, c’est là du reste toute l’histoire du festival, que nous raconte son actuel président, Nicolas Lafargue.
Une certaine idée de la Suisse
Dans la vie quotidienne, Nicolas Lafargue est designer produit. Sont-ce les musiques folkloriques qui le font vibrer tous les jours que nous donne le dieu des Helvètes? Point tant, répond-t-il. Mais la montagne, oui. Et les copains, par-dessus tout. Voilà ce qui a amené le jeune homme, aujourd’hui trentenaire, ainsi que son frère, Julien Lafargue, à s’intéresser au Pregny Alp Festival en 2013. La manifestation abordait sa septième édition, les fondateurs, qui organisaient tout sans aide d’aucune sorte, souhaitaient agrandir l’équipe.
Ils étaient trois au départ, en 2007. Patrick Rasmussen, Nicolas Mooser et Laurent Wülser. Férus de randonnée alpine, toujours heureux de découvrir au détour d’un village le joli tintouin d’un accordéon, entre autres petites choses qui font la Suisse telle que l’apprécient les touristes. Allons donc voir comme c’est beau la désalpe et les grosses cloches de vaches que l’on fait sonner. Et le yodel encore, ou la youtze comme on dit dans l’Entlebuch ou le Muotathal. Toutes choses qui, telle la «Ländlermusik» que joue la Kapelle Oberalp, sont apparues au début du XXe siècle – pas si anciennes donc. Ces pratiques culturelles ont alimenté le terreau toujours meuble des musiques populaires. Avant qu’on ne les fige dans une idée indiscutable de ce que doit être la tradition, les instituant de la sorte en «musique folklorique». Pour qui l’abhorre, le terme est un gros mot. Pour qui l’aime, c’est l’assurance de retrouvaille sincère avec une certaine idée de la Suisse.
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L’amitié, elle, se doit d’être cultivée sans cesse pour ne pas mourir dans l’ennui. À ce propos, c’est frappant de constater combien les groupes d’amis prévalent à l’existence du Pregny Alp Festival. Tout comme l’esprit familial. Lorsque Julien et Nicolas Lafargue s’engagent dans l’organisation, le premier comme nouveau président avant de laisser la place à son frère, ils y vont avec la bande de jeunes qu’ils fréquentent à Chambésy. Mais aussi avec leurs parents, mère se chargeant de la caisse, et père des toilettes. Je le connais, c’est un collègue de la «Julie».
Julien Lafargue, lui, joue également de la musique, dans l’Harmonie municipale du Grand-Saconnex, la Sirène, dont deux des fondateurs du festival sont également membres. Les cornets, les euphoniums, tout l’attirail de la fanfare en ordre de marche sur le bitume ou la phalange en formation de big band sur les podiums: cette formule aussi consolide les liens sociaux. Quand bien même Genève n’est pas réputée ni pour son intérêt pour les fanfares, ni d’ailleurs pour les orchestres traditionnels.

Avec Nicolas Lafargue, on tâche de compter les artistes du cru catalogués «folklore». À Bernex, l’Écho du Signal compose un bel orchestre de schwyzerörgeli. On connaît par ailleurs l’excellent yodel d’Héloïse Heïdi Fracheboud. Peu de monde finalement. Au Pregny Alp Festival, l’essentiel des invités vient de la Suisse alémanique, ainsi encore des Berner Örgeliplausch, de cette Ländlerkapelle montée tout exprès pour l’occasion, du Jodlerklub Hasliberg. Comme de ce duo de cors des Alpes fondé par les sœurs Lara et Flavia Eggler, de Meiringen, près de Brienz dans le canton de Berne.
Takeo Ischii, ou Ischi pour la forme germanisée de son patronyme, est pour sa part né à Tokyo en 1947 avant d’embrasser une carrière de yodleur, version allemande de cette technique vocale partagée par diverses populations à travers le monde, des Pygmées du Congo aux steppes de Mongolie. Takeo Ishii est l’autre vedette de ce samedi à Pregny. Sur scène, il sera entouré des Bandits Folkloriques, de Fribourg.
Puisqu’il s’agit de passer un bon moment avec ses pairs, ce sera mieux encore s’il y a la fondue et le petit vin qui va avec.
On pense famille encore, lorsqu’on se penche sur la trajectoire de ces orchestres de Schwyz, d’Interlaken, de la «Urschweiz» en général, de la Suisse centrale. Jouer de père en fils, ou de mère en fille, pareille situation n’est pas rare ici. On a signalé les sœurs Egger. On ne peut pas ne pas nommer Oesch’s die Dritten, la fratrie bernoise des musiques folkloriques, du yodel, et du schlager aussi, style typique pour accompagner les beuveries de l’Oktoberfest. La famille Oesch est déjà venue trois fois à Pregny. Elle reviendra l’an prochain.
Enfin, puisqu’il s’agit de passer un bon moment avec ses pairs, ce sera mieux encore s’il y a la fondue et le petit vin qui va avec. Ou la bière. Au Pregny Alp Festival, qui met un point d’honneur à servir des produits du terroir dans ses stands de restaurations, boulangerie, charcuterie, œnologie encore, la soixantaine de bénévoles ne crache pas dans le houblon. Et nous non plus.
Pregny Alp Festival, samedi 5 août, de 10 h à 22 h 30, terrain de sport de Pregny, rte de Pregny 47. Entrée gratuite. Infos: pregny-alp.ch
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