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Critique de spectacleAu Pulloff, Véronique Montel étrille son «neurochiraptor»

La comédienne livre une prestation aussi désopilante que touchante dans «Les bras m’en tombent», fable inspirée d’une opération ratée.

Le musicien Daniel Perrin accompagne Véronique Montel sur scène dans «Les bras m’en tombent».
Le musicien Daniel Perrin accompagne Véronique Montel sur scène dans «Les bras m’en tombent».
PATRICK GUEX

Tour à tour espiègle, touchante, pétillante, vibrante, Véronique Montel rayonne dans sa robe à paillettes. La scène est son royaume et rien ne l’empêchera de jouer, pas même cette opération ratée qui l’a privée de l’usage de ses bras. C’était il y a deux ans. «Court-circuit de la nuque aux poignets. Plus de jus!» Pleine de verve, elle déroule le récit de son odyssée intérieure, de son combat acharné jusqu’à la guérison dans «Les bras m’en tombent», créé en mars au Pulloff, trois jours avant la fermeture des théâtres. La voilà de retour sur les planches, et sa fougue sertie de douceur et de fantaisie fait un bien fou.

À relire: «La vie est une formidable matière à jouer»

Véronique Montel conquiert le spectateur, très vite en connivence, et l’entraîne dans ses tribulations sans jamais tomber dans l’écueil du témoignage enrobé de pathos. De cette expérience cafardeuse, elle a tiré une fable: «Mettre mes pensées dans une histoire, mettre de la musique sur mes pensées. Faire claquer les mots.» Les mots pulsent, crépitent, swinguent même quand elle fredonne ses états d’âme avec la complicité du musicien Daniel Perrin. Désopilante, sa recette chantée du «neurochiraptor sur son lit d’os à moelle», règlement de comptes avec le neurochir’ qui lui a laissé les nerfs en lambeaux. Elle n’élude rien, ni la colère, ni les larmes, ni le découragement dans cette partition d’une heure, mise en scène par Anne-Cécile Moser.

Sans déborder, l’émotion affleure par bribes, jusqu’à son point d’orgue. Les larmes aux yeux, Véronique Montel dépeint sa vie de femme paralysée. Lentement, elle énumère les «Je ne peux plus…»: manger une fondue, prendre une photo, cogner un verre pour faire «Santé!» La liste est truffée de ces petits riens qui font la beauté du quotidien. C’est beau parce que c’est simple, concret, sans fioriture. Un silence. Elle reprend le fil de son récit. La sensation d’être un «oiseau déchu», la lutte contre la chimère. Mais l’histoire finit bien. «Mes nerfs se régénèrent.» Les sensations reviennent. Elle peut défaire, enfin, la liste des «Je ne peux plus…»

Lausanne, Pulloff
Jusqu’au 13 sept.
www.pulloff.ch