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Nouvelle initiativeAu Théâtre sans les parents!

Le Reflet – Théâtre de Vevey propose aux enfants de 8 à 12 ans de découvrir un spectacle seuls, sans les adultes qui les accompagnent habituellement.

Seule devant un parterre de tous jeunes, la troupe la CMI improvise une histoire d’hippopotame, selon le vote du public.
Seule devant un parterre de tous jeunes, la troupe la CMI improvise une histoire d’hippopotame, selon le vote du public.
24heures/Odile Meylan

Un jour de spectacle jeune public, le hall du théâtre du Reflet, à Vevey, résonne habituellement d’éclats de voix d’enfants, venus avec leurs proches assister à une représentation. Ce samedi 31 octobre pourtant, les parents sont soumis à un ballet particulier, à peine autorisés à retirer à la caisse le billet pour leur progéniture, avant d’être obligés de déserter les lieux!

N’y voyez pas un effet du coronavirus: Le Reflet teste simplement cette saison un nouveau concept intitulé Toï toï, qui propose aux enfants de 8 à 12 ans de découvrir un spectacle seuls, sans les adultes qui les accompagnent habituellement. Lorsque les regards entre petits et grands se croisent une dernière fois avant de se séparer pour une heure, on pense forcément au passage entre coulisses et scène des artistes, au moment où les comédiens se lancent l’interjection «Toï toï» pour se souhaiter le succès avant d’entrer sous la lumière.

Pour découvrir cette première, direction le foyer du Reflet. Comme pour les Midi Théâtre (ces pièces courtes que les spectateurs savourent tout en mangeant), la vingtaine d’enfants présents est placée par groupes à des tables, chacune supervisée par un adulte. Sur la petite scène qui leur fait face, 5 comédiens chantonnent.

Mélody Pointet, chargée de la médiation culturelle du Reflet, use de pédagogie pour introduire le spectacle particulier que les enfants s’apprêtent à voir: une comédie musicale improvisée, menée par la troupe éponyme. «Dans une pièce «classique», les acteurs ont appris un texte. Ils disent à chaque fois la même chose, avec les mêmes déplacements, dans le même décor. Dans une improvisation en revanche, les acteurs ne savent pas encore ce qu’ils vont dire. Mais ils connaissent le cadre, comme vous pour un dessin: vous savez jusqu’où vous voulez aller sur la feuille et quels crayons vous allez utiliser.»

Pour le spectacle, les enfants ne se font pas prier pour participer et votent pour les divers scenarii possibles. L’histoire, finalement, sera celle d’un hippopotame, Hugo, qui aurait voulu être obèse. Rejeté par ses parents à cause de sa maigreur, il sera entraîné dans un parcours initiatique pour trouver son aliment fétiche et finira amoureux d’une saucisse de veau, Brigitte. Le tout ponctué de rires et de dandinements du jeune public sur leurs chaises au gré des mélodies.

À la fin, tous les enfants interrogés disent avoir «beaucoup aimé» et «trouvé drôle». «C’était bien qu’il n’y ait que deux possibilités lorsque l’on votait, sinon cela ferait beaucoup.» Sans adulte pour les mener, un petit groupe de 4 enfants s’approche des comédiens, assis en bord de scène. L’échange se noue. «Est-ce une vraie tradition des hippopotames de «s’entre-manger»?» interroge Émilien, 9 ans. S’ensuit une discussion sur le cannibalisme animal et les mantes religieuses.

Vers d’autres théâtres?

Le projet est né dans l’esprit de Daphné Habert-Cordier, présidente de l’Association des amis du Reflet: «Mes enfants sont grands, mais encore aujourd’hui ils parlent de tel ou tel film vu à La Lanterne magique, lorsqu’ils étaient enfants. Cette expérience les a marqués. Cela m’a donné l’envie de proposer une démarche similaire pour le théâtre, où les enfants viendraient sans leurs parents.» Mélody Pointet et Brigitte Romanens-Deville, directrice, se sont chargées de développer l’idée. «Le but est de faire découvrir petit à petit l’éventail des formes de créations – du théâtre classique au plus contemporain», explique Brigitte Romanens-Deville.

Dans l’idée de former le palais des spectateurs de demain? «Oui. Mes filles allaient à La Lanterne magique. Au départ, elles n’aimaient pas vraiment les films en noir et blanc. Puis elles y ont pris goût. Avec Toï toï, les enfants peuvent vivre leur expérience sans le parent qui explique à l’oreille ou qui rassure. Nous menons deux représentations test (ndlr: la 2e aura lieu le 30 janvier), mais l’objectif est d’aller plus loin et de faire tourner le concept dans différents théâtres romands, sur le modèle des Midi Théâtre.»

Commencer par une comédie musicale était un pari risqué pour Toï toï, mais qui semble gagné. «Les enfants sont un public exigeant car ce sont des professionnels de l’improvisation sans en être conscients: inventer des histoires, ils le font tous les jours à la maison, souligne la comédienne Odile Cantero, de la Comédie musicale improvisée. L’avantage est de pouvoir jouer un spectacle avec les éléments dont ils ont envie, qu’ils choisissent, plutôt que de réfléchir à ce qui leur plairait.»

1 commentaire
    Varidel

    Comme ça, on peut leur bourrer le crâne d’idioties sans contrôle... non merci!