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Deux ouvrages sur le cinéasteAudiard aurait 100 ans et flingue encore

Le génial auteur-scénariste est honoré en deux livres. Jubilation.

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Dans le tonneau d’anecdotes qui remplissent «Michel Audiard, le livre petit mais costaud», figure la recette du cocktail ingurgité lors de la séquence légendaire de la cuisine dans «Les tontons flingueurs». Cognac, whisky, eau de poire et poivre, une invention de Francis Blanche, se rappelait le réalisateur Georges Lautner. Lefebvre, très pro, avalera sans sourciller, poursuivra la scène en pleurant. Il n’y eut pas de seconde prise.

«Ado, j’ai enregistré les répliques de «Cent mille dollars au soleil» avec un magnétophone collé à la télé, et que je me les repassais en boucle»

Philippe Lombard, critique

Derrière ce monument du cinéma populaire se tient un homme discret, scénariste et dialoguiste hors pair, Michel Audiard. «Je me souviens, dit Philippe Lombard, qui sort deux ouvrages sur le géant, qu’ado, j’ai enregistré les répliques de «Cent mille dollars au soleil» avec un magnétophone collé à la télé et que je me les repassais en boucle.» À force d’être biberonné aux répliques du grand homme, ce fan absolu se pique de découvrir où elles sont nées, ces répliques.

«Sous la casquette de Michel Audiard» résout pas mal d’énigmes. «Tel dialogue fait référence à sa jeunesse, tel autre en recycle un écrit pour un précédent film. Féru de littérature et de poésie, il truffait ses films de citations de Céline, Rimbaud, Apollinaire.»

Gabin, Blier, etc.

«Le livre petit mais costaud» remonte sa carrière de manière chronologique. Des cycles nets se détachent. La période Jean Gabin d’abord, où deux géants se croisent, faste pour le «Pacha» autant que pour ses acolytes, Lino Ventura, nouveau venu en comédie, les auteurs revus et corrigés comme Simenon ou Simonin.

Viennent les années cultes avec Bernard Blier, Mireille Darc, puis Audiard réalisateur, des acteurs encore, Annie Girardot et Jean Carmet, jusqu’au clap de fin avec une immense amitié pour Michel Serrault scellée sur la perte d’un enfant, leur tragédie commune.

Méprisé puis adulé

Alors que Louis de Funès, naguère méprisé par la critique, connaît les honneurs d’une glorieuse rétrospective à la Cinémathèque française, Audiard trouve un même regain intellectuel. Lui se moquait cordialement de la Nouvelle Vague qui le conspuait. «Autrefois, les gens qui n’avaient rien à dire se réunissaient autour d’une théière, ils se réunissent aujourd’hui autour d’un écran. Truffaut applaudira Rohmer, qui la semaine prochaine applaudira Truffaut. La Nouvelle Vague est au fond beaucoup plus vague que nouvelle…» Belmondo sera leur chaînon manquant, encore une autre histoire.

«Sous la casquette d’Audiard», Éd. Dunod, et «Michel Audiard, le livre petit mais costaud», Éd. Hugo, Philippe Lombard.