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Un livre-expositionAugustin Rebetez, «le cœur entre les dents»

Le Jurassien a l’art de déployer son univers ensorcelant partout où il passe, à Images Vevey comme sur la scène de Vidy. Il a même réussi à le faire tenir dans un livre d’images. Grisant!

L’ouvrage a pu être réalisé grâce au Prix Alfred Latour qui libère 80’000 francs pour le projet d’un artiste multidisciplinaire.
L’ouvrage a pu être réalisé grâce au Prix Alfred Latour qui libère 80’000 francs pour le projet d’un artiste multidisciplinaire.
DR

Partout, il y a des mains ou des becs aussi fourchus que des griffes, à moins que ce ne soit des larmes. Des coulures. Des fêlures. Peut-être même que ces larmes ne sont que l’ombre d’elles-mêmes. Comme ces faciès, empreintes blanches sur fond noir ou ces masques noirs qui se détachent de pages blanches.

«Un livre, c’est ultravalorisant. Et c’est chouette de pouvoir mettre en lumière toute une recherche artistique.»

Augustin Rebetez, plasticien

Indivisible, autofécond, homérique – et surtout furieusement foutraque – l’univers visuel d’Augustin Rebetez semblait trop rétif, trop rebelle pour se laisser assujettir par le rythme des pages d’un ouvrage. Pourtant… on peut avoir chez soi cette poésie procréée par un big bang à la fois très perso et si universel. Et on peut se laisser gagner par son énergie protéiforme en s’immergeant dans six années de création. Édité chez Actes Sud, «Le cœur entre les dents» est là, emballé par le corps peint d’une femme. Joli symbole!

Des textes courts

Suivent deux textes, courts, et surtout ces pages tatouées par l’ardeur d’un plasticien et habitées par les chimères qu’il actionne avec le doigté d’un marionnettiste. Augustin Rebetez est peintre, dessinateur, performeur, sculpteur, photographe, vidéaste, poète ou encore song­writer… mais il décloisonne les genres comme aucun autre pour étoffer son charivari. «Un livre, ce livre publié grâce au prix Alfred Latour (ndlr: les projets peuvent être envoyés à la Fondations lausannoise pour participer à la 2e édition) c’est ultravalorisant, glisse le trentenaire. Et c’est chouette de pouvoir mettre en lumière toute une recherche artistique.»

«L’idée c’est de créer un univers et, ici, de l’offrir au lecteur. Les livres… c’est fait pour rêver.»

Augustin Rebetez, plasticien

Le cœur y est souvent en bonne place comme dans le titre de l’ouvrage! En 2013 déjà – année où le trublion devenait phénomène et recevait le Grand Prix de photographie d’Images Vevey –, sa proposition pour la Nuit des images à l’Élysée à Lausanne s’intitulait «Cœur cerveau». Qui dirige? Les sentiments, la raison? On a toujours le choix face à ces êtres de chair, totems «piercés», grimés et tatoués ou ces volatiles préhistoriques enchâssés dans des danses formelles. Qui domine? Le piquant d’une lame de couteau qui tranche le regard ou la douceur des baisers? «Il y a toujours cette double idée de quelque chose de floconneux et de plus acéré, appuie Augustin Rebetez. L’idée c’est de créer un univers et, ici, de l’offrir au lecteur. Les livres… c’est fait pour rêver.»

Déroulant son burlesque déglingué, «Le cœur entre les dents» tient le rythme d’un thriller et captive comme un grand tout poétique qui s’anime sous le chapiteau d’un cirque gothique. Un livre-exposition qu’on n’a pas envie de refermer, tant son cœur bat avec ce travail où les êtres sont souvent reliés les uns aux autres.

«Le cœur entre les dents», Augustin Rebetez, Michela Alessandrini, Antoine Volodine, Éd. Actes Sud, 384 p.