La liberté sans vibrations avec la Harley électrique

ROUTESPerçue comme traditionaliste, la marque US convie presse et public à découvrir un prototype inédit.

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Elle ne fait pas «petato-petato » , mais plutôt «shhhhooossssh», ou quelque chose comme ça. La moto sur laquelle on nous invite à monter n’est pas une Harley comme les autres. D’abord, c’est un prototype, fait à la main à juste 30 exemplaires, et surtout elle est propulsée par l’énergie électrique. Baptisée LiveWire (courant vivant, en gros), elle fait son show sur le bitume onduleux d’une des innombrables pistes du site d’essais de Michelin, près de Clermont-Ferrand. C’est la deuxième étape du périple européen de ce que les responsables de Harley- Davidson ont appelé le «Project LiveWire Experience Tour». Ou comment jauger les réactions du public, possesseur de Harley ou non, face au tournant radical que la Motor Company s’apprête à prendre et qui, à première vue (mais seulement à première vue), va à l’opposé de ce que l’on imagine être le rêve américain de liberté. Sont conviés une brochette de journalistes et quelque 1000 invités tirés au sort parmi les quidams qui ont bien voulu s’inscrire sur le site Web dédié au projet LiveWire.

«Ce projet a démarré déjà en 2011, mais à l’époque il était secret, et personne ne devait savoir que nous planchions sur une moto électrique», déclare Gérard Staedlin, grand responsable de la marque américaine pour la France. Le voile n’a été levé que l’été dernier, juste après des fuites médiatiques probablement savamment orchestrées, où l’on voyait l’une des héroïnes d’un film en préparation de la série des Avengers répéter ses cascades au guidon de l’engin.

Une Harley électrique «avant 2020»

Depuis lors, un camion nanti des 30 prototypes a sillonné les Etats-Unis et a déjà fait cette année une halte en Asie et une autre en Angleterre. A chaque fois, les participants à l’événement peuvent effectuer quelques kilomètres sur route ou, s’ils n’ont pas le permis de conduire nécessaire, sur un simulateur statique avec une moto immobilisée mais dont la roue arrière peut tourner sur des rouleaux. De quoi se familiariser avec le son très particulier qu’émet ce véhicule. Ce programme d’essais a déjà permis de recueillir quelque 15 000 retours à travers des questionnaires, demandant entre autres si l’on envisage d’acheter ce futur produit, quelle autonomie on voudrait et pour quelle fourchette de prix.

Apparemment, les réactions sont bonnes. Matt Levatich, patron de la firme, vient d’annoncer la mise sur le marché d’une Harley électrique «avant 2020». Le temps de peaufiner la moto, grâce à l’évolution des batteries, jusqu’à pouvoir parcourir 160 kilomètres avec une charge. Mais pour ce qui est du son, l’objectif est déjà atteint. Ceux qui pensent qu’une Harley électrique n’en émet pas se trompent lourdement.

«Il y a eu beaucoup de travail pour affiner la signature sonore de la LiveWire, détaille Gérard Staedlin. Ce qu’on entend est un son purement mécanique, qui est rendu perceptible grâce à un couplage astucieux entre la sortie du moteur et la transmission finale à la roue arrière. Mais surtout, c’est un son unique, reconnaissable. Un peu comme celui que ferait un jet décollant d’un porte-avions. On entend la moto arriver, ce qui est aussi un plus pour la sécurité des piétons.»

Un son unique

A Clermont-Ferrand, le test n’a duré qu’une vingtaine de minutes. Assez tout de même pour se rendre compte que la LiveWire est légère, maniable et confortable, avec un châssis et des suspensions réglés pour une conduite sportive. La réponse à la commande d’accélération, qui passe, comme pour toute moto traditionnelle, par la poignée sur le côté droit du guidon, est très précise. Il n’y a par contre ni vitesses ni, logiquement, d’embrayage. On progresse avec un son de turbine qui va en s’amplifiant et vire presque au hurlement à mesure que la main «visse» la poignée. Qualifier cela de jet au décollage est peut-être un brin excessif. Mais il y a une véritable âme sonore qui n’a rien à voir avec ce qu’émettent les gros moteurs bicylindres des Harley à essence, mais qui est effectivement immédiatement reconnaissable.

Quand on ne demande plus à la LiveWire d’accélérer, le moteur électrique se transforme en générateur de courant qui recharge – un peu – le réservoir à électrons. Ce qui fait office de «frein moteur» et qui se traduit par une nouvelle éruption sonore nettement perceptible. Comme le «braap» relâché par un bon moteur à explosion dans ce genre de situation. Sauf que là, ça fait «djjjjj».

On roule aussi sans aucune des vibrations qui font le charme des V-Twins made in Milwaukee. Mais la conduite n’est plus non plus parasitée par les soubresauts du moteur. On sent mieux la force de l’air que l’on traverse et on entend le chant des sauterelles en bord de piste. (24 heures)

Créé: 08.08.2015, 18h59

Une moto branchée

Sur le marché de la moto à propulsion électrique, seuls de petits constructeurs spécialisés occupent aujourd’hui le terrain. Les deux plus gros d’entre eux sont américains: Brammo et Zero Motorcycles. Sans surprise, leur pénétration est encore confidentielle, du fait de leur taille, d’un réseau de vente clairsemé et du prix de leurs véhicules, par ailleurs techniquement tout à fait au point. Du fait aussi d’un rayon d’action qui atteint pour les modèles les plus performants tout juste 200 km. Les seuls clients notables, à part quelques convaincus, sont des forces de police aux Etats-Unis et en Europe.

Mais les géants de la moto ont compris que ce segment allait progresser dans les années à venir et qu’il est important pour l’image de l’entreprise. C’est ce qui motive une marque comme Harley-Davidson à tenter l’aventure des électrons. Sur le Vieux-Continent, l’autrichien KTM, devenu depuis peu premier constructeur européen, a déjà deux modèles de niche, les Freeride (50 km d’autonomie). Et son concurrent allemand BMW a mis sur le marché son premier maxiscooter, le C Evolution (100 km d’autonomie). Ailleurs, on y songe, officiellement ou pas. Ainsi, le japonais Yamaha a montré au Salon de Tokyo 2013 deux concepts entièrement électriques, dont on ne sait absolument pas s’ils donneront naissance à des motos de série. Un des points clés qui feront que ce marché prendra ou pas son essor demeure cependant la présence de bornes de recharge sur la voie publique. En Suisse, elles sont par exemple présentes à Lausanne, mais plus difficiles à trouver à Genève.

Côté technique

Le cœur de la LiveWire est un moteur électrique triphasé à induction, tournant au courant alternatif. Il tire son énergie de batteries aux ions de lithium, sur les spécifications desquelles Harley-Davidson reste discret – c’est un prototype. La transmission finale à la roue arrière se fait à travers une courroie crantée – comme sur les autres Harley. La machine est capable de délivrer une puissance maximale de 74 chevaux à 8000 tr/min et un couple maximal de 70,5 Nm à 8500 tr/min. Le régime de rotation maximal du moteur est de 15 000 tr/min. Et la LiveWire abat le 0 à 100 km/h en 4 secondes. Côté rayon d’action, il est de 85 km en mode «Range», contre 63 km en mode «Power». L’objectif déclaré est de 160 km. La recharge des batteries de 0 à 100% de capacité prend 3 h 30. Enfin, la moto pèse 210 kilos en ordre de marche.

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