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Bande dessinéeLa nostalgie fait de belles cases

Grand Prix d’Angoulême 2010, Baru clôt sa trilogie par une histoire familiale sur fond d’immigration italienne.

Au village, les pro-Duce et les communistes se narguent.
Au village, les pro-Duce et les communistes se narguent.
Éd. Futuropolis

Baru, c’est Hervé Barulea, fils d’immigrés italiens arrivés à l’usine française en 1922. Ce formidable raconteur d’histoires avait déjà mélangé sa propre histoire familiale à son imagination pour livrer «Quéquette Blues» en 1984, puis «Les années Spoutnik» en 1999. Avec «Bella Ciao», il clôt une nostalgique trilogie où il s’interroge sur l’immigration. «Quel prix doit payer un étranger pour devenir transparent dans le pays qu’il a choisi d’intégrer», demande le Nancéen. Qui explique sa méthode: «En noyant quelques éléments autobiographiques dans un océan de fiction, même quand le résultat ressemble à de l’autobiographie.»

Alors, non, Teodorico Martini, le narrateur de la saga familiale, n’est pas Baru mais il lui ressemble un peu. Son histoire, il la raconte par chapitres disjoints, sans cohérence apparente, dans lesquels il a ajouté un code couleur: les planches colorisées sont de la pure fiction, le lavis de gris de la «réalité arrangée» et le simple trait des scènes réelles.

Une histoire en zigzag

Tout commence par le massacre des salines d’Aigues-Mortes de 1883, où les Italiens ont péri face à la colère des ouvriers locaux. L’éternelle rivalité fascistes-communistes est traitée presque comme dans «Don Camillo», sur les airs de «Bella Ciao» dont on découvre qu’il n’a jamais été le chant des partisans, mais une tentative du PCI de se réhabiliter. Baru intègre dans son album les fac-similés de la demande de naturalisation de son père, en 1936, ou la recette des cappelletti au bouillon de sa mère. Mais il l’avoue: «Je me sens plus fils d’ouvrier que fils d’Italiens.»