Passer au contenu principal

Murmurations dans le ciel vaudoisAvec l’automne, les nuées d’étourneaux sont de retour

Phénomène impressionnant, les ballets aériens des étourneaux fascinent et peuvent être observés en Suisse entre le mois de septembre et décembre. Mais pour quelles raisons ces oiseaux synchronisent-ils leur vol? Explications.

Les «murmurations» d’étourneaux peuvent prendre des formes diverses et variées.
Les «murmurations» d’étourneaux peuvent prendre des formes diverses et variées.
KEYSTONE

Ces derniers jours, au détour d’une balade sur les bords du Léman, vous avez peut-être croisé la route de centaines, voire de milliers d’oiseaux qui volent ensemble, en parfaite symbiose, sans jamais se percuter. On appelle cela des «murmurations».

En Suisse, ces vols synchronisés sont surtout le fait des étourneaux, une espèce d’oiseau hautement sociale. C’est au mois d’octobre que les murmurations d’étourneaux sont le plus susceptibles d’être observées, particulièrement dans les vignes de Lavaux. Il s’agit du moment de l’année où l’on compte le plus grand nombre d’individus, venus se nourrir des grains de raisins non récoltés pendant les vendanges.

Une murmuration d’étourneaux observée le 6 octobre 2020 par Jennifer Candotti à Chardonne.

Les ornithologues sont désormais en mesure de comprendre ce phénomène longtemps inexpliqué. «S’ils se déplacent en groupe, c’est avant tout pour se protéger des attaques des oiseaux de proie, comme les faucons ou les éperviers», explique Lionel Maumary, ornithologue et président du Cercle ornithologique de Lausanne.

Lorsqu’ils pressentent un danger, les étourneaux vont s’envoler ensemble des arbres pour former une masse relativement compacte et difficile à attaquer. «Ils sont d’ailleurs capables d’adapter leur façon de voler en fonction du prédateur qui les menace, explique Lionel Maumary. Si c’est un épervier, les étourneaux vont voler très haut au-dessus de lui en formant une boule. Si c’est un faucon, ils iront alors tous se poser au sol en même temps.»

À l’intérieur de cette nuée, les oiseaux fonctionnent ensemble comme un seul et même organisme: ils changent brusquement de direction, se replient, ondulent. Chaque oiseau réagit aux mouvements de ses sept voisins les plus proches.

«Cela se fait tellement vite qu’il est impossible de le voir à l’œil nu, note Lionel Maumary. Le mouvement, quasi-immédiat à l’échelle de l’individu, devient progressif à l’échelle du groupe, comme un effet domino.»

C’est cette zone d’affluence qui, quelle que soit la taille de la nuée, permet d’obtenir une parfaite synchronisation. Un oiseau percevant un danger et changeant de direction ne va influencer qu’une partie de ses voisins, qui vont influencer les leurs, etc. Fait étonnant, aucun leader ne dirige le groupe. N’importe quel individu peut amorcer un mouvement, qui se propage donc ensuite par onde à travers la masse.

Chaque étourneau s’applique donc à voler le plus proche possible de ses voisins en copiant exactement leur vitesse et leur direction. C’est de cette synchronisation voulue que les moindres mouvements qu’effectuent les oiseaux sont magnifiés et agrandis, créant une nuée tourbillonnante et virevoltante. Un spectacle à couper le souffle.

Bertschy