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AboScène
Avec Luchini, la poésie retrouve son initiale magie des sons

Même diminué par un mal de dos, Luchini convainc.
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Beausobre deux fois archicomplet: la magie du Poésie? de Fabrice Luchini avait fait son œuvre avant même que le comédien entre lentement sur scène pour s'asseoir avec précaution sur son fauteuil. La faute à une lombalgie, qui va s'estomper au fur et à mesure que le comédien parisien puisse faire suffisamment corps avec son public pour se lâcher avec sa fougue naturelle.

Car ce n'est pas un mal de dos qui va empêcher l'ancien garçon coiffeur de partager sa passion des belles-lettres. Au point de se lancer dans la récitation complète du Bateau ivre de Rimbaud, «le plus grand poème du XXe siècle», sans chercher à l'interpréter.

«N'essayez pas de le comprendre ou de réfléchir, laissez-vous juste porter», prévient-il. La magie fonctionne, les vers du jeune poète deviennent un rythme presque méditatif sur lequel glisse un public conquis. «Que les maris qui sont juste venus pour faire plaisir à leur femme prennent patience», s'amuse le génial acteur des Femmes du 6e.

Car la poésie de Luchini, aussi sublime soit-elle, n'est jamais très loin de l'humour acide qui soigne son désespoir chronique. Entre l'admiration éperdue pour Louis-Ferdinand Céline dont le Voyage au bout de la nuitlui a ouvert les yeux et l'imitation de Johnny Hallyday, le comédien fétiche d'Eric Rohmer passe de l'émotion au rire, de l'érudition à la critique virulente de cette gauche caviar qu'il méprise.

Lui, né à Barbès d'immigrés italiens, dandy précieux qui n'aime rien plus que sa maison de l'île de Ré, amoureux des mots de Proust qui font danser sa vie, emmène ses spectateurs dans un voyage musical plus proche de la disco que de la musique de chambre.