AboAvec Yann Marguet, qui se prépare au rire
Le 28 mai, le comique de la radio devient comédien pour la première de son spectacle archiattendu. Impressions de répétitions raisonnablement sereines.
Les baskets high-tech triplement compensées de Yann Marguet ne sont pas que jolies, pour peu que l'on apprécie les gros chaussons. Elles sont aussi pratiques pour soulager la colonne vertébrale quand on porte sur ses épaules le poids de l'univers et d'un premier spectacle au succès sidérant, ce qui, cumulé, fait beaucoup.
L'univers, déjà, dont l'immensité froide, réchauffée çà et là de l'incongrue présence d'êtres humains composés d'eau et de diverses humeurs, fait la thématique d'«Exister, définition». Ce one man show, ensuite, dont 39 des 55 dates annoncées à ce jour affichent complet! Un succès de préventes jamais vu depuis le retour sur scène de Kucholl et Veillon, devenus eux aussi célèbres par la radio (et produits par Opus One) mais qui, contrairement à Yann Marguet, avaient l'expérience des planches et du live. Le barbu des «Orties» de Couleur 3 n'a à son actif que trois fois quelques minutes face à un public, et devant lui la promesse de 20'000 sièges déjà loués, pour un spectacle dont personne ne sait rien. On flipperait pour moins.
Recrosio à la mise en scène
Lundi 6 mai, 9h du matin, dans un local du Flon. Aux murs, des feuillets raturés. Au centre, un fauteuil, un gramophone, une guitare sèche et, sur le sol, des tracés de ruban adhésif jaunes figurant les dimensions de la future «vraie» scène de Boulimie, où se tiendra la première le 28 mai. Une température hivernale a rattrapé Lausanne et Yann Marguet balance d'une basket à l'autre sur le plancher. Pas seulement pour se réchauffer les orteils – deux radiateurs à air chaud y pourvoient. «Gaffe tes pieds!» prévient Frédéric Recrosio, assis face à lui. Depuis deux semaines, le duo met en gestes et en mots un texte originel de 65 pages, déjà tronçonné de moitié. «Le plus gros boulot, c'est de savoir que faire de ses mains et de ses pieds, résume Marguet. C'est différent d'habiter un truc pendant une heure vingt plutôt que six minutes.»
Le natif de Sainte-Croix, 34 ans, est venu à la comédie par Recrosio, 44 ans, et son choix de l'engager pour la mise en scène doit beaucoup à une vision partagée du monde, de l'humour et des coupes de cheveux. Pour l'un et l'autre, le challenge est immense. «C'est du jamais-vu, sourit Recrosio. La façon avec laquelle tout ça se monte est un petit miracle. Je ne le lui dis pas trop pour ne pas le stresser — mon boulot est aussi de lui donner du confort. Mais franchement, je suis étonné combien tout se passe bien. C'était pas gagné.»

Comme chaque jour, les compères décortiquent le texte, séquence par séquence, paragraphe par paragraphe, pour comprendre les intentions, optimiser les effets, assurer la dynamique et les transitions. À Recrosio aussi de mettre en garde contre les facilités comiques d'un Marguet au capital de sympathie si massif qu'il pourrait simplement sourire face au public et le faire marrer. «Exister, définition» est d'une autre ambition. Sur le modèle du one man show, le comédien tempère de vraies interrogations existentielles (l'univers, l'infini, Dieu, tout ça) à son humour décalé et à son réalisme matois, ne s'interdisant pas quelques moments de poésie entre aphorismes et coups de gueule. Ce matin-là, le texte défile plus facilement que les trois accords de guitare. «J'ai pas l'habitude dans cet ordre.» Attention, spoiler: la chanson crétine qu'il entonne à la façon d'une professeure de catéchèse reste (beaucoup trop) longtemps en tête.
Binche et ballerine
Une semaine plus tard, au Théâtre Boulimie, les accords ont été bossés mais Yann potasse une énumération dont il ne sait si elle doit être colérique, euphorique, agacée. Le dosage des émotions se bosse ainsi en amont, sachant que la présence du public lui autorisera – ou contrariera – de nouvelles idées. On le sent à l'aise, néanmoins, plus enthousiaste qu'au Flon, lançant en ballerine barbue un pas de menuet sur la scène. Le décor reste chiche et chaque élément de transition se bosse avec précaution, comme le mot «binche», viatique vers une cannette qui, du moins pour les répétitions, est remplie d'eau. «Hier, j'ai fait un filage complet devant une quinzaine d'amis et ça s'est bien passé. Alors je fais le mariole aujourd'hui.» Il le fera encore l'année prochaine: de nouvelles dates seront annoncées pour 2020. Sans encore exister, son spectacle donne du mot «attente» une définition frappante.
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Lire aussi:Interview: A la barbe de Yann Marguet, ou presque
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Lausanne, Théâtre Boulimie
du 28 mai au 9 juin (complet!) Dates disponibles à chercher sur le sitewww.yannmarguet.ch
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