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Santé psychique et Covid«Avoir mal à l’âme, c’est aussi concret qu’avoir mal aux genoux»

En ces temps de pandémie, il est important de soigner aussi son moral et d’alerter si ça ne va pas. Le point avec une spécialiste.

«Une personne avec des idées noires ne doit pas rester dans son coin», explique Myriam Pasche.
«Une personne avec des idées noires ne doit pas rester dans son coin», explique Myriam Pasche.
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La crise du Covid plombe le moral des Suisses. Diverses études, enquêtes et sondages l’ont montré. Déjà présente lors de la première vague, la tendance n’a fait que s’accentuer avec une situation qui dure et qui met à rude épreuve les nerfs de toute la population, fragilisée ou non.

Face à ce problème, les aides existent. Encore faut-il que les personnes qui en ont besoin les connaissent. Selon des chiffres livrés par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), un tiers de la population ne connaît aucun centre de conseil vers lequel se tourner en cas d’urgence, et la proportion grimpe à 45% chez les 15 à 25 ans. À cela s’ajoutent tous ceux qui n’osent pas appeler à l’aide, ou ne s’en sentent pas le droit, dans un pays où il est de bon ton de «prendre sur soi».

Pour le Centre universitaire de médecine générale et de santé publique vaudois Unisanté, qui s’engage depuis longtemps dans l’accompagnement des plus fragiles, et des autres, cette journée de mobilisation générale constitue l’occasion de rappeler ce qui existe. Interview de Myriam Pasche, cocheffe du Département promotion de la santé et préventions à Unisanté.

Beaucoup d’acteurs, institutionnels ou associatifs, se sont mobilisés pour cette journée, donnant l’impression d’une pléthore d’offres d’aide…

Oui, il y a beaucoup d’offres, mais elles ne sont pas toujours suffisamment connues ni coordonnées. Rien que du côté d’Unisanté, nous nous sommes rendu compte à quel point nous avions une richesse convergente, avec des possibilités d’action très diverses pour aider les plus vulnérables, mais aussi la population en général.

Quelles sont ces offres concrètes?

Chez Unisanté, ça va de conseils diététiques à des trucs et astuces pour bien gérer le télétravail, mais aussi des incitations à faire de l’exercice, par exemple avec le programme «Bouger avec Unisanté» sur YouTube à l’intention des seniors. Nous l’avions lancé durant le premier confinement, puis réactivé en novembre. Aujourd’hui, nous mettons aussi en lumière des programmes de soutien pour les populations particulièrement fragilisées par la crise: migrants, travailleurs du sexe ou personnes sans domicile fixe.

Face à ces situations très critiques, pourquoi cibler aussi le reste de la population?

Dans le champ de la santé mentale, nous essayons d’accompagner tout le monde afin de prévenir, justement, des situations plus graves.

Qui doit se sentir concerné?

Chacun doit se sentir concerné. Une personne avec des idées noires ne doit pas rester dans son coin.

Que faire alors?

II faut en parler: aux proches, au médecin de famille et, si l’on n’en a pas, à quelqu’un du domaine de la santé: personnel infirmier, physiothérapeute… Il y a ensuite des ressources à disposition qu’il ne faut pas hésiter à solliciter. Le site romand santepsy.ch met en réseau toutes les offres.

Où est la limite entre une baisse de moral et une vraie détresse psychique?

Si quelqu’un a l’impression qu’il a besoin d’aide, alors il faut qu’il la demande.

Les maux psychiques doivent être pris en compte au même titre que les problèmes physiques…

Il y a un vrai enjeu à envisager la santé non pas comme physique d’un côté et mentale de l’autre. Avoir mal à l’âme, c’est aussi concret qu’avoir mal aux genoux.

En termes de prévention, vous rappelez l’importance de l’activité physique et du lien social…

Oui, il y a une interaction entre santé psychique et physique. J’ai par exemple observé une baisse de moral chez les ados, qui bougent moins et ont moins d’interactions sociales en ce moment. Même si l’on est en télétravail, il est donc important de sortir marcher. De même, garder le lien social demande une certaine discipline, comme programmer des téléphones, des messages aux amis…

Vous souhaitez déculpabiliser aussi: la responsabilité de la santé mentale ne dépend pas uniquement de l’individu?

Dans ce contexte tendu, il s’agit aussi d’adapter les conditions structurelles pour permettre aux gens de gérer cette crise. Nous pouvons les accompagner, mais c’est aussi de la responsabilité du politique de soulager financièrement les personnes affectées par la crise, pour que leur santé mentale en souffre le moins possible.

4 commentaires
    El Gringo

    C’est quoi ce titre ? L’un ne va pas sans l’autre. Actuellement je suis sur les rotules et ça me pèse sur le moral. Je ne suis pas en télétravail, mais je n’ai pas non plus le temps de sortir me promener. Je ne peux pas me suicider non plus, car cela reporterait ma charge de travail sur mes collègues qui sont déjà débordés par la surcharge administrative qu’engendrent ceux qui sont en télétravail. Curieusement, malgré la Covid, comme toutes les années, cette année la fin du monde est pour le 31 décembre, alors il faut se dépêcher de boucler tous les dossiers avant cette date. Bon alors, à l’année prochaine ! Bonne année, bonne santé, etc… Et surtout : gardez le moral ! (elle pas belle la vie ?)