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Exotisme vaudois (17/41)Balade alpestre sur la route de contes rocambolesques

Geneviève et Nicolas Dik, couple de conteurs vaudois, nous emmènent sur le plateau du Larzey pas loin des Mosses, là où, comme dans les histoires ancestrales, la nature est reine.

Geneviève et Nicolas Dik ne cessent de s’émerveiller des surprises que la nature leur réserve pas loin de leur chalet de La Comballaz.
Geneviève et Nicolas Dik ne cessent de s’émerveiller des surprises que la nature leur réserve pas loin de leur chalet de La Comballaz.
Vanessa Cardoso
Le plateau du Larzey, protégé par des hauts sommets, a quelque chose de magique avec ses reliefs doux, ses fleurs multicolores et ses arbres, qui vont souvent par trois, et qui fascinent Nicolas Dik.
Le plateau du Larzey, protégé par des hauts sommets, a quelque chose de magique avec ses reliefs doux, ses fleurs multicolores et ses arbres, qui vont souvent par trois, et qui fascinent Nicolas Dik.
Vanessa Cardoso
Génial bricoleur, Nicolas Dik a fabriqué ce violon à l’aide d’une boîte de cigares.
Génial bricoleur, Nicolas Dik a fabriqué ce violon à l’aide d’une boîte de cigares.
Vanessa Cardoso
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Il n’y a pas plus charmant GPS que la voix de Geneviève Dik. C’est que le chalet familial situé à La Comballaz, pas très loin de Leysin, n’est pas évident à trouver. Conteuse même lorsqu’elle dit bonjour, la cofondatrice de la compagnie La Pie qui Chante – l’autre est son mari Nicolas – donne des directions originales et enthousiastes, mais dont «à droite» ou «à gauche» sont totalement absents…

Peu importe, finalement, parce que le but du jour est une invitation à la découverte des contes alpestres et ceux-ci peuvent se transposer sur n’importe quel pâturage, au pied de n’importe quel sommet, qu’ils soient imaginaires ou bien réels.

Trois contes montagnards

La promenade peut d’ailleurs commencer tranquillement à domicile, en feuilletant «Les contes rocambolesques des montagnes suisses» (Éd. Auzou), le premier livre du couple, sorti en septembre 2019. Un très bel objet illustré par Nicolas Dik, où trois contes – «La Mâla Bêtia», «Le berger et la fée» et «À chacun son tour» – sont retranscrits par Geneviève. L’ouvrage s’accompagne d’un CD où le couple raconte ces histoires ancestrales pour les rendre on ne peut plus vivantes.

C’est chaussures de montagne aux pieds que les Dik ont choisi de parler de cet univers qu’ils étudient depuis une quinzaine d’années. Rien de tel qu’une virée en pleine nature à 1500 mètres pour titiller l’imaginaire. Ici un visage qui se dessine sur l’écorce d’un tronc, là se devine une cachette idéale pour un lutin et partout se dressent des arbres cassés, tordus, majestueux dont Nicolas ne cesse d’inventer l’histoire.

«Les contes alpins ont en commun le thème récurrent de l’homme face à une nature indomptée, très forte, qui est souvent personnifiée par des géants»

Nicolas Dik

«Les contes alpins ont en commun le thème récurrent de l’homme face à une nature indomptée, très forte, qui est souvent personnifiée par des géants», explique Nicolas Dik alors que son épouse gambade, bâton de bergère à la main. Cette nature le dépasse et le fascine. Il la respecte et s’est adapté à elle. «Le mode de vie de l’alpage respecte les saisons: l’été sur les hauts pâturages, l’hiver à l’étable…»

Si les grandes lignes sont les mêmes, chaque coin, chaque vallée y ajoute ses spécificités. Et évidemment chaque conteur y mettra son grain de sel, sa pirouette, pour captiver encore un peu plus le public du jour.

Des elfes et des fées tapis dans l’ombre

En suivant les artistes de La Pie qui Chante sur l’étroit sentier, on se met forcément à voir l’invisible qu’ils décrivent avec enthousiasme. À imaginer toute une population d’elfes et des fées tapis dans l’ombre, à donner une âme au Pic Chaussy qui nous regarde de haut.

«Regardez, cette petite plante s’appelle l’alchémille des Alpes. Le matin, on trouve une goutte de rosée là où ses feuilles se rejoignent. La légende encourage à la prélever pour la déposer au coin des yeux. Une sorte de potion antirides magique!»

Geneviève Dik

«Regardez, cette petite plante s’appelle l’alchémille des Alpes, explique Geneviève Dik. Le matin, on trouve une goutte de rosée là où ses feuilles se rejoignent. La légende encourage à la prélever pour la déposer au coin des yeux. Une sorte de potion antirides magique!»

La transmission au cœur de leur activité

Le partage, l’oralité et bien évidemment la transmission sont au cœur de l’activité des Dik. Leurs spectacles sont multiples, avec des thèmes très divers. Geneviève est la conteuse principale et Nicolas l’accompagne avec toutes sortes d’instruments, dont un bon nombre qu’il a lui-même inventés et fabriqués.

«Nous nous produisons dans des lieux très variés devant des publics qui le sont autant, explique l’homme-orchestre qui est aussi professeur d’arts visuels. Je me souviens d’un festival d’artistes de rue à Charmey. Nous racontions comment les armaillis ont été découverts. À ce moment, je joue toujours «Le ranz des vaches» avec mon accordéon. Soudain, je me suis mis à frissonner: tout le monde était saisi par une très forte émotion.»

«Heureusement, les contes sont comme les livres, on peut les refermer à la fin»

Nicolas Dik

Jouer avec les émotions, c’est tout un art. Et en ce qui concerne les contes alpestres, il faut parfois rassurer et adoucir le propos, tant les histoires peuvent être puissantes. «La montagne peut être sans pitié, explique Geneviève Dik, soudain très sombre. Parfois elle ne pardonne pas.» «Certains contes sont trop durs pour les petits, reprend son compagnon. Il s’agit de littérature pour enfants d’un autre temps (ndlr: on trouve des traces de contes datant pour la plupart de la seconde moitié du XIXe siècle). À nous d’en garder l’essence sans trop effrayer. Heureusement, les contes sont comme les livres, on peut les refermer à la fin.»

Le grain de folie qui cimente le couple

Comme tout le monde, Geneviève et Nicolas Dik ont leurs histoires favorites. Celles qu’ils narrent à chaque spectacle, comme un groupe qui jouerait ses tubes en concert. C’est ainsi qu’ils ont fait leur choix pour le livre. «En cherchant aussi à garder un équilibre dans les énergies et les émotions, précise Nicolas Dik. Mais ce qui manque un peu, c’est la folie. En spectacle, on fait bien plus les zouaves!»

Une folie qui est aussi le ciment de leur couple. «Certains font du parapente pour vivre des émotions fortes à deux, nous, on fait les imbéciles devant parfois plusieurs centaines de personnes!» s’amuse Nicolas, de retour à leur petit chalet. Et comme pour joindre le geste à la parole, il empoigne le violon qu’il a fabriqué avec une boîte de cigares et nous emmène soudain au bord d’un Loch grâce à une mélodie écossaise. Juste à côté, leurs deux fils restent plongés dans leurs BD. Chez les Dik, on s’évade sans bouger.