Bande dessinée M’enfin, Gaston Lagaffe est de retour!
Le plus célèbre gaffeur de l’histoire de la BD renaît sous la plume de Delaf, grand fan de Franquin, et le respect se sent dans ce 22e album.

Comment faire revivre des personnages mythiques de la bande dessinée une fois leur créateur disparu? La question ne se pose pas avec Tintin, Hergé ayant verrouillé sa succession. Mais Blake et Mortimer, Astérix, Spirou ou Lucky Luke ont connu des fortunes diverses selon les auteurs qui se sont lancés dans le défi. Faut-il copier l’original ou le faire évoluer? Yves Sente et André Juillard font ainsi du Edgar P. Jacobs à la lettre, comme Fabcaro imite Goscinny à la perfection.
Refaire du Gaston Lagaffe, vingt-six ans après la mort de son génial créateur André Franquin, a pris quatre ans à Delaf, l’auteur québécois des «Nombrils», série humoristique adolescente. Une gageure après le bide du navet sorti au cinéma en 2017. D’autant qu’Isabelle Franquin, la fille du dessinateur belge, s’était opposée à la reprise avant d’être recalée devant les tribunaux par l’éditeur Dupuis.

Le tome 22 des aventures du gaffeur est donc sorti mercredi 22 novembre et… il est drôle. Delaf, alias Marc Delafontaine, a passé son enfance québécoise avec les albums de Gaston, portait son chandail vert un peu informe, avait ses chaussettes. «Gaston a été ma première grosse claque», explique-t-il au moment de présenter son bébé.
Des années plus tard, en 2010, il avait fait une couverture du «Journal de Spirou» avec un Gaston dessiné façon «Nombrils». Puis, en 2017, le journal lui commande une planche hommage et il le fait «à la manière de…», contrairement à la demande.
Un graphisme en mouvement
C’est ce qui l’a fait remarquer par l’éditeur, qui lui a proposé de travailler sur ce nouveau tome. Enthousiaste et angoissé, l’auteur et dessinateur lit et relit l’œuvre originale, emmagasine 10'000 cases dans son ordinateur, étudie les dialogues. Sans vouloir décalquer le travail de Franquin, mais bien s’inspirer de son style unique, de son graphisme toujours en mouvement.

Contrairement à son prédécesseur, Delaf travaille sur tablette graphique, confiné dans son atelier de Sherbrooke par le Covid. Une ambiance pas forcément idéale pour imaginer des gags. Mais le talentueux garçon y parvient, travaillant d’abord le scénario et le découpage avant d’attaquer le dessin proprement dit.
Ce dessin «virtuose» selon lui, ces personnages uniques et presque caricaturaux nécessaires à l’humour bienveillant de Gaston, cet écolo avant l’heure, ce gentil toujours prêt à aider son prochain, ce décroissant au ralenti. On le retrouve d’ailleurs dans une planche de Delaf, donnant mille coups de main pendant le week-end, ce qui explique sa paresse au bureau.
Tous les éléments sont là
Bien sûr, les grincheux ouvriront «Le retour de Lagaffe» en critiquant la démarche, en regrettant la patte du maître. Mais ils y retrouveront toute la galerie des personnages auxquels on s’est attaché depuis 1957, la première apparition dans le «Journal de Spirou» de cet antihéros nonchalant.
La première page illustre le retour de longues vacances du gaffeur, dont le dernier album date de 1999. Ils ne seront pas perdus non plus par l’époque, puisque le Gaston vit toujours dans les années 70, ne connaissant ni le téléphone portable (quoiqu’il invente un «aïe-phone») ni les réseaux sociaux.
Se sachant guetté et bientôt critiqué par toute la bédésphère franco-belge, Delaf disait lui-même à nos confrères d’«Ouest-France»: «Se frotter à un génie comme Franquin, c’était un sacré exercice d’humilité. Tu sais que tu ne seras jamais à la hauteur, quoi que tu fasses. Mais j’ai traité Gaston avec respect.»
«Le retour de Lagaffe» (Gaston, t. 22), Delaf, Éd. Dupuis, 48 p.
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