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Carnet noir«Barnabé a réussi à donner vie à tous ses rêves»

Le fondateur du Café-Théâtre de Servion et de sa légendaire «Revue» s’est éteint samedi à l’âge de 80 ans.

Barnabé dans le rôle de Monsieur Bronlow, dans «Oliver Twist» en 2007.
Barnabé dans le rôle de Monsieur Bronlow, dans «Oliver Twist» en 2007.
PATRICK MARTIN – A

Le Café-Théâtre de Servion est orphelin. Jean-Claude Pasche, alias Barnabé, a tiré sa révérence samedi à l’âge de 80 ans, à la suite d’une maladie. «C’est un grand nom qui disparaît. Il était la mémoire des lieux et laissera un grand vide derrière lui, confie Céline Rey, adjointe du directeur Noam Perakis. C’était quelqu’un de passionné, qui a réussi à donner vie à tous ses rêves.» L’équipe du théâtre et ses amis lui rendront hommage dans un spectacle posthume. «Nous avions prévu de fêter ses 80 ans sur scène en juin, mais les salles étaient fermées. Nous célébrerons donc son souvenir…»

Barnabé lors de son avant-dernière apparition sur les planches de «son» théâtre, dans la «Revue improvisée», en 2018.
Barnabé lors de son avant-dernière apparition sur les planches de «son» théâtre, dans la «Revue improvisée», en 2018.
DR

Personnage haut en couleur, tendre rêveur à la gouaille légendaire, cet enfant du Jorat se lance dans une folle épopée théâtrale et musicale dès 1965 en installant un cabaret au beau milieu de la campagne. Il présente ses premiers spectacles dans une grange familiale. Deux ans plus tard, il dégoupille la première «Revue de Servion». Pendant un demi-siècle, ce rendez-vous devenu mythique rudoie l’année écoulée avec une délicieuse irrévérence. Dès 1973, la «Revue» a déployé froufrous et plumes colorées pour prendre des airs frivoles, sous la baguette de Julio Cantal. Le verbe fuse, la satire pique, volontiers au-dessous de la ceinture, dans «Salut les coquins» (1968), «Dioxine et goût de bouchon» (1999) ou «On est dans la Moïse…» (2000).

Patrimoine exceptionnel

Mais Barnabé n’est pas de ceux qui se reposent sur leurs lauriers. En 1974, il agrandit son cabaret, qui devient la Grange-à-Pont. Puis il réalise son rêve: le Café-Théâtre de Servion, splendide salle de 500 places surmontée d’imposantes charpentes de bois, accueille ses premiers spectateurs en 1980. Le tôlier entraîne le public dans un tourbillon de comédies musicales, d’opérettes et de pièces de théâtre dans un lieu enchanteur, hors du temps, loin des turpitudes du monde.

Emmanuel Samatani, son acolyte et ami, se souvient de vingt-cinq ans de complicité. «J’ai l’image de Barnabé lançant une grosse pierre depuis le haut de la colline, et de moi essayant de la guider pour qu’elle roule vers le bon endroit, sourit-il. Il avait une immense force de vie, une curiosité proche de celle d’un enfant. Il pouvait passer des heures à décortiquer le décor d’une façade baroque.»

«Il avait une immense force de vie, une curiosité proche de celle d’un enfant»

Emmanuel Samatani, metteur en scène, ami de Barnabé

Passeur de culture populaire, féru de music-hall, Jean-Claude Pasche a catapulté le genre de la comédie musicale sur le devant de la scène romande. Les grandes productions de la Cie Broadway, fondée par Noam Perakis et Céline Rey, décapent et dérident. «Il nous a toujours laissé carte blanche pour nos créations et adorait jouer dans nos spectacles», reprend Céline Rey, se remémorant son rôle du roi Hérode dans «Jésus-Christ Superstar».

En 1998, Barnabé a installé l’orgue de cinéma long de 50 mètres. Ici, le spectacle «Robots, des roses pour Jusinka», mis en scène par Christian Denisart.
En 1998, Barnabé a installé l’orgue de cinéma long de 50 mètres. Ici, le spectacle «Robots, des roses pour Jusinka», mis en scène par Christian Denisart.
DR

Barnabé laisse derrière lui un patrimoine exceptionnel. Passionné d’instruments de musique mécanique, le saltimbanque a restauré le splendide orgue du cinéma Apollo de Zurich, le plus grand d’Europe. Depuis 1998, ce mastodonte long de 50 mètres coiffant la scène du café-théâtre distille ses sonorités lors du Festival «Voix du muet». Au fil des années, la bâtisse s’est muée en véritable caverne d’Ali Baba garnie de mille trésors: ses pittoresques orgues à rouleaux accueillent le public dans le foyer dans une ambiance de fête foraine. Dans les étages, plus de 7000 costumes chamarrés, étincelants, extravagants, content des décennies de spectacles. Plus étonnant encore, une grande salle abrite une immense maquette de modélisme où des wagons multicolores s’entrecroisent sur les rails, passent sur des ponts ou dans des tunnels. Jean-Claude Pasche est resté un gamin dans l’âme…

Barnabé était passionné de trains miniatures, dont il faisait collection.
Barnabé était passionné de trains miniatures, dont il faisait collection.
FLORIAN CELLA

Après plus de cinquante ans de carrière, le vénérable Barnabé avait pris sa retraite en 2017 avec un spectacle d’adieux inspiré des chansons de Jean Villard-Gilles, «On descend tous du cocotier!» Une production à son image: irrévérencieuse, drôle, généreuse. Sa passion des planches ne l’a jamais quitté. Il y a quelques mois, il faisait son ultime apparition sur la scène de «son» théâtre, dans la comédie musicale «Sister Act», dans le rôle d’un moine. Impertinent, forcément.

3 commentaires
    Alsleman

    Bonjour