Bataille rangée sur la redevance radio-TV
L'initiative «No Billag», qui veut supprimer la redevance obligatoire de 451 francs, a provoqué un débat nourri. Mais c'est le peuple qui tranchera en 2018.

«Attaque contre la démocratie et le service public», «Impôt médiatique injuste», «Cohésion nationale en danger», «Bétonnage du monopole», les formules ont fusé jeudi au Conseil national lors du grand débat sur l'initiative populaire «No Billag». Cette dernière demande la suppression de la redevance obligatoire pour les radio-TV publiques (SSR) qui se monte aujourd'hui à 451 francs par année.
Le sujet déclenche les passions des élus: 69 conseillers nationaux sur 200 se sont inscrits pour prendre la parole dans un débat qui est parfois parti en tête-à-queue. Il y a eu près de cinq heures de palabres et on n'en a pas vu le bout. La moitié seulement des inscrits a pu ouvrir la bouche. Pourtant l'issue des discussions ne fait guère de doute. L'initiative sera rejetée et le contre-projet, qui demande une redevance à 200 francs, subira le même sort. En effet seule l'UDC et une minorité du PLR veulent diminuer drastiquement les moyens dévolus à la SSR. Au grand dam d'une large coalition regroupant la gauche, le PDC, la majorité du PLR et les Vert'libéraux. Récit des joutes.
Cohésion nationale versus une SSR tentaculaire
Pour Adèle Thorens (Verts/VD), l'initiative représente «une attaque contre la démocratie, les minorités linguistiques et la culture». Plusieurs orateurs expliquent que la SSR garantit une information de qualité partout sur le territoire grâce au mécanisme de redistribution. La majorité alémanique subventionne les chaînes de radio-TV latines qui ne pourraient pas exister sinon. «On ne peut pas jeter la SSR à la poubelle, s'exclame Frédéric Borloz (PLR/VD). Il en va de la cohésion nationale. Surtout que l'armée joue moins son rôle de ciment national et que Swissair a disparu.» Matthias Aebischer (PS/BE), reprenant un vocabulaire UDC, qualifie carrément l'initiative d'«anti-Suisse».
Roger Köppel (UDC/ZH) ricane. «A vous entendre, on se demande comment la Suisse a pu être fondée en 1291 ou en 1848 car la SSR n'existait pas encore.» Natalie Rickli (UDC/ZH) décrit une SSR tentaculaire qui a toujours plus de moyens financiers et qui étend son emprise sur tous les canaux, sites Web et réseaux sociaux compris. «C'est un cauchemar pour les médias privés. Et la SSR combat à coups de millions l'initiative populaire avec l'argent de la redevance.» Personnellement opposée au texte, elle se dit prête à l'accepter si le contre-projet à 200 francs est refusé.
«Berlusconisation» versus «Leuthardisation»
Pour Min Li Marti (PS/ZH), il faut arrêter de prendre la SSR comme bouc émissaire des difficultés de la presse privée. «C'est une erreur de croire que la publicité qui n'irait pas à la SSR se reporterait d'un coup sur les journaux, explique d'ailleurs Roger Nordmann (PS/VD). Elle va partir sur Google, Facebook et les chaînes de TV étrangères.» Il soupçonne ceux qui veulent supprimer la redevance de préparer le terrain à une concentration médiatique. D'autres élus parlent d'un danger de «Berlusconisation» des médias, avec des patrons éditeurs milliardaires à l'instar de Christoph Blocher.
Toni Brunner (UDC/SG), lui, dénonce l'inverse. Il fustige la mainmise de la conseillère fédérale Doris Leuthard sur la SSR. «Lors de vos prochaines décisions, Madame, essayez de ne plus placer vos camarades de parti! Ouvrez ce club PDC et accomplissez l'impensable en nommant un UDC comme directeur général de la SSR!» Claude Zanetti (UDC/ZH) s'en prend à la couleur politique des journalistes. «En Suisse romande, ils sont aussi de gauche mais cela se remarque moins qu'en Suisse alémanique.»
Citoyens éclairés versus consommateurs libres
Se passer de la SSR, c'est attaquer de front la diversité médiatique et la pluralité des opinions pour Martin Candinas (PDC/GR). «C'est une grave et profonde erreur pour le bon fonctionnement de notre démocratie directe, ajoute Olivier Feller (PLR/VD). Pour dire les choses crûment: le débat politique n'est pas rentable selon les règles de l'économie de marché. Le débat politique ne fait pas suffisamment d'audience pour qu'il puisse être financé exclusivement par des recettes publicitaires.»
Céline Amaudruz (UDC/GE) rétorque que les Suisses sont libres. «Pourquoi contraindre nos concitoyens à payer un montant non négligeable pour ce qu'ils boudent de plus en plus? Maintenir ce prélèvement sur les ménages et les entreprises relève d'un combat d'arrière-garde. Le consommateur est désormais l'acteur principal du marché, qui fait son choix librement en fonction de ses goûts.»
Pluralité démocratique versus séries américaines
Pour Thomas Egger (PDC/VS), la redevance ne sert pas uniquement à financer la SSR et le service public. Elle profite aussi à 34 radios-TV privées qui, sans cet argent, ne pourraient pas tourner. La redevance assure ainsi la pluralité démocratique.
Adrian Amstutz (UDC/BE) argue que son parti défend une démocratie forte et la pluralité. Il prend un programme TV et lit une longue liste de séries américaines qui jalonne le programme public. «C'est ça le service public?»
Redevance obligatoire à 370 francs, à 200 ou à 0
Comme tous les ménages en Suisse seront bientôt astreints à la nouvelle redevance, son montant va baisser. Actuellement, il est de 451 francs par année. Le Conseil fédéral a promis de le faire passer en dessous de 400 francs.
Reste à savoir si ce sera 390 francs ou 370 francs, chiffres évoqués ce jeudi par le rapporteur de la Commission des transports et des télécommunications Hugues Hiltpold (PLR/GE). Le contre-projet UDC veut une redevance, coupée de moitié et limitée à 200 francs. Vu les forces en présence, il n'a aucune chance de passer lors du vote, le 25 septembre prochain. L'initiative «No Billag», qui met le montant de la redevance à… 0 franc, sera aussi rejetée le même jour.
Votation populaire sans doute au printemps 2018
La présidente de la Confédération Doris Leuthard doit, avec le Conseil fédéral, prendre deux décisions importantes sur ce dossier ces prochains mois. Elle devra fixer le montant exact de la redevance. Elle devra aussi déterminer la date pour soumettre «No Billag» au peuple. On suppose, après le rejet de l'initiative par les deux Chambres fédérales, que les choses ne vont pas traîner. L'initiative pourrait donc être agendée au printemps prochain, le dimanche 4 mars 2018.
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