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Plus de 30 ans au service du club vaudoisBernard Rohrbach, l’homme qui savait tout mais ne disait rien

Mis à la retraite abruptement à la fin juin, l’ancien intendant du LS raconte des années de dévouement. La promotion des joueurs de Contini est un peu la sienne.

Bernard Rohrbach pensait rester une année au LS, il y a finalement travaillé 32 ans.
Bernard Rohrbach pensait rester une année au LS, il y a finalement travaillé 32 ans.
PATRICK MARTIN 24 Heures

Dans un club, il y a en première ligne les joueurs, placés sous le feu des projecteurs mais qui ne font souvent que passer. Pareil pour le défilé des entraîneurs, allant d’un banc à l’autre au gré des résultats et de l’humeur de leur employeur. Et il y a l’armée des petites mains, composée de tous ceux qui oeuvrent en coulisse, dans l’ombre, et n’en constituent pas moins des rouages tout aussi importants à son fonctionnement. Durant 32 ans, Bernard Rohrbach (71 ans) a été l’un des rouages essentiels du LS, occupant plusieurs postes dont, depuis 2011, celui d’intendant, responsable à ce titre des équipements. Qu’il faut sans cesse laver, plier, préparer, commander, etc. «Je suis un lève-tôt, explique-t-il. Je prenais mon bus à 6h15, et un quart d’heure plus tard, j’ouvrais le stade… Si vous m’appeliez à 6h du matin, vous étiez sûr de ne pas me déranger!»

Dans son antre de la Pontaise, l’homme a vu défiler des générations de joueurs et recueilli pas mal de confidences. «J’entendais tout, je savais tout, mais je ne disais rien. Beaucoup de joueurs se confient, surtout quand ils ne jouent pas. Je faisais un peu office de psy pour les consoler...» Si Bernard parle de son rôle au passé, c’est parce que la belle histoire a pris fin. Abruptement, n’étant pas celle qu’il avait imaginée. Au prétexte d’un contrat s’arrêtant au 30 juin dernier, ce serviteur du LS a été remercié peu élégamment. De quoi la trouver saumâtre, non? «Sur le moment, cela m’a fait mal d’être dégagé comme ça. En haut-lieu, ils ne veulent plus de personne de plus de 65 ans. Ils ont pris l’excuse du Covid-19, que j’étais à risques... J’aurais aimé au moins pouvoir terminer la saison. Avec David Thompson (ndlr : le premier président de l’ère Ineos), on avait d’ailleurs convenu que j’arrête à la fin 2020, après le déménagement à la Tuilière.» Ce changement de stratégie et d’organigramme, qui en a fait tiquer plus d’un, a coupé des têtes, notamment celle de Pablo Iglesias.

Plutôt que de ruminer sa rancœur, l’ex-intendant préfère se remémorer la fête qui lui a été réservée récemment, en marge du derby contre SLO. «Sur ce coup-là, ils m’ont vraiment fait un truc grandiose. Toute ma famille était présente», confie-t-il des trémolos dans la voix. Parmi les cadeaux qui lui ont été offert, il a reçu un abonnement à vie pour son LS. Quel regard l’ex-intendant porte-t-il sur toutes ces années? «C’est un truc qui vous prend. Au départ, j’étais parti pour une seule année. Et voyez le résultat… Si j’avais compté mes heures, Lausanne n’aurait jamais pu me payer! (Rires).»

Des tonnes de poudre à lessive

Bernard Rohrbach, qui fut aussi bistrotier et déménageur, sait tout ce qu’il doit à son club de cœur, les amitiés qu’il a pu créer, les émotions qu’il y a vécues. «Lausanne-Sport, reconnaît celui qui, en 1978, s’était rendu en Argentine pour suivre la Coupe du Monde aux côtés de Guy Roux, c’est presque une deuxième famille. Je suis soit à la maison, soit ici. J’ai peut-être fini mais je suis toujours fourré au stade. J’en ai d’ailleurs toujours les clés…» Dans sa buanderie, l’intendant a enchaîné des milliers de «cuite», rempli des centaines de caisse de matériel. «C’était jour de lessive chaque jour de la semaine, week-end compris», s’amuse-t-il. Et vite des tonnes de poudre utilisée si l’on sait qu’une saison normale nécessite quelque 890 kg de produits de lessive (plus 200 litres d’adoucissant).

«Si j’avais compté mes heures, Lausanne n’aurait jamais pu me payer!»

Bernard Rohrbach, ancien intendant du LS

Il avait aussi édicté ses propres règles, fixé des limites – pas question pour lui de s’incliner devant des demandes extravagantes. «Ceux qui me prennent de haut, ils comprennent vite. Si tu t’imposes, on te respecte…» Hormis quelques rares exceptions, ce fut toujours le cas. «La plupart des gars sont d’une gentillesse exceptionnelle. C’est vraiment de la crème…» De Martin Rueda à Giorgio Contini, pas davantage d’embrouilles du côté des entraîneurs non plus. «Avec Fabio (Celestini), dont je connaissais le caractère, j’ai toute de suite mis les choses au point. «Si mon travail ne te plaît pas, je m’en vais d’ici»…» Personne n’est parti.

Une passion pour le golf

Aujourd’hui, Bernard Rohrbach se réjouit de cette troisième promotion, qui est aussi un peu la sienne – il avait déjà fêté celle de 2011 et 2016. «Lausanne appartient à la Super League. C’est sa place naturelle, qu’il n’aurait jamais dû quitter.» Quand il ne s’occupe pas du Onze d’Or, l’ancien intendant, qui ne tient pas en place, taquine la petite balle blanche sur les parcours de golf, un sport qu’il a découvert voici quelques années et qu’il pratique depuis régulièrement. «Il n’y a pas mieux pour se vider la tête. Sur un parcours, il n’y a que vous et la balle…» Quant à son bureau de la Pontaise, il est désormais occupé par ses… deux successeurs, qu’il a pu former. «Il y a aussi une dame qui vient faire le ménage. Avant, j’étais seul pour m’occuper de tout.»