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ÉditorialBerne manque de nuance face au terrorisme

Il y a quelques années, les attentats terroristes commis à Paris, Bruxelles ou encore à Stockholm choquaient profondément l’Europe et appelaient des réponses gouvernementales fortes. En Suisse, le Conseil fédéral a lui aussi cherché à adapter son arsenal pénal et policier à l’évolution de la menace. Ce sont ces projets qui se retrouvent aujourd’hui devant le parlement.

Or, les critiques des ONG qui se battent pour les droits humains pleuvent comme rarement sur la Berne fédérale. À juste titre? Sur le fond, il semble pertinent de pouvoir punir une personne qui en recrute activement d’autres dans le but de commettre une attaque terroriste, tout comme on peut présumer que celui qui voyage dans les zones djihadistes a rarement pour intention d’y ouvrir un restaurant ou d’en ramener des photos de vacances. Face au terrorisme, les sociétés occidentales ont péché par naïveté ces dernières années. Il est sain qu’elles cherchent à produire des réponses plus efficaces. Mais tout se joue dans la nuance et la proportion.

Le terrorisme se nourrit de la folie, mais aussi des injustices

En autorisant les autorités de poursuite pénale à criminaliser les personnes qui soutiennent les organisations terroristes sans définir ce qui est considéré comme un soutien ni ce qu’est précisément une telle organisation, le parlement a bâclé le travail. Il ouvre la porte à l’arbitraire.

De plus, les mesures policières qui seront discutées jeudi créent une catégorie de «terroristes potentiels». Elles sont encore plus préoccupantes du point de vue des libertés individuelles. Au fond, que pèsent ces dernières face à notre sécurité? sindignent certains partisans du projet. Ils oublient un peu vite que le terrorisme se nourrit de la folie, mais aussi des injustices. Le soupçon élevé au rang de délit en est justement l’une des expressions.