Hommage à un géant Bill Viola sculptait le temps
L’Américain, pape de l’art vidéo, auquel il avait insufflé une dimension aussi esthétique que spirituelle, s’est éteint le 12 juillet. Il avait 73 ans.

En une seule image, Bill Viola conjuguait l’éloge de la beauté, du sacré, de la lenteur, de l’intériorité, de la sensibilité et… donc d’une humanité vivante. Reconnaissante. Unie. Le vidéaste américain, parmi les derniers géants de l’art contemporain, s’en est allé vendredi 12 juillet à l’âge de 73 ans, laissant des chefs-d’œuvre à l’histoire de l’art.
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Lui qui avait perdu la mémoire par la faute de la maladie d’Alzheimer habite la nôtre à jamais. Hypnotique. Épique. Ses écrans plasma, ses installations monumentales, ses projections immersives ont le pouvoir de sculpter le temps, si ce n’est de l’arrêter pour vivre une expérience au cœur de l’humain. De sa naissance. Dans ses rencontres. Dans ses liens avec les autres. Bill Viola ne raconte pas la vie, la mort, la beauté, la transfiguration, il en parle dans une écriture épurée, directe.
Et ses expositions qui ont fait plusieurs fois le tour du monde, avec une halte à Lausanne en 1993 et à Berne en 2014, plongent le public dans sa matière filmée comme dans un liquide amniotique, mémoriel, sensuel. À chaque pièce, il éblouit, si intelligible. Et libère à chaque fois l’esprit, l’emmenant toucher une autre dimension.
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On pense au «Déluge», cette façade blanche, si classique, si immaculée, qui crache une foule criante emportée par les flots. À ces «Trois femmes» spectrales qui reviennent de la mort après avoir passé un rideau d’eau. Ou encore aux quatre silhouettes de «Martyrs», pendues dans le vide ou figées au sol, alors que les éléments les assaillent. Si le feu, la terre, l’air battent la mesure dans l’œuvre de Bill Viola, l’eau en est l’élément primordial. Presque originel.
La noyade fondatrice
L’artiste expliquait cette fascination pour l’élément aquatique, dans les colonnes de «24 heures» en 2014, juste avant son exposition au Kunsthaus et dans la Collégiale de Berne. Elle lui vient d’une expérience qu’il dira «primordiale» survenue alors qu’il avait 6 ans et qu’il avait failli se noyer. «J’avais perdu ma bouée, j’étais au fond avec un intense sentiment de calme et d’apesanteur. Si bien que lorsque mon oncle, s’apercevant de mon absence, est venu à mon secours, je l’ai repoussé. Ce que je voyais était trop beau.»
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Une expérience qui a aussi donné «Reflecting Pool», pièce (dont une version est conservée au MCBA, à Lausanne) d’abord romantique, puis crispante alors qu’un homme saute dans une piscine, que son image s’arrête, se reflète immobile dans le miroir d’eau, et que le reste du décor continue à bouger. À vibrer. L’eau, dans l’œuvre de l’Américain, est devenue l’image de l’esprit, de la mémoire, de la conscience.

Créer avec les tripes
Peintre, fan de musique electro et batteur dans un groupe de rock, du temps de ses études, Bill Viola a fait le grand saut dans l’image à 20 ans, alors qu’il intègre le «département des études expérimentales» de la Syracuse University à New York.
La maturité gagne, il prend son temps, devient l’assistant du Coréen Nam June Paik, l’un des pionniers de l’art vidéo (avec les «mousquetaires lausannois», dont Jean Otth), rencontre sa future épouse, Kira Perov, avec laquelle il va œuvrer, et fait une rencontre déterminante d’un maître zen au Japon. «Il a changé ma perception, confiait-il toujours en 2014. Il m’a dit que derrière la technologie, seule l’intention de l’utilisateur comptait.»
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Puisant dans le savoir universel, inspiré par les classiques, attaché à la puissance esthétique, nourri de cultures et de spiritualités lointaines, Bill Viola n’a eu de cesse d’élever les siennes pour nous transporter dans un espace-temps, hors du temps. À la fois théâtral, pictural, sculptural. Et surtout si… humain.
Enfant de la lointaine Renaissance, ce pape de l’art vidéo était profondément artiste. Un artiste, conscient d’avoir un rôle à jouer, brillant sur la manière de le faire mais aussi de le dire. «Nous avons eu l’ère des philosophes lancée par Descartes, un auteur phénoménal, mais nous en avons oublié nos tripes. Mon art vient de là, de ce que nous ressentons. Il tend à la réconciliation entre notre esprit et nos émotions. Mais pour y parvenir, disait-il encore en 2014, il faut décélérer le temps.»
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