Problème d'addiction: «celui qui va trop loin va mal»

SantéNotre chroniqueuse s'interroge sur les raisons qui peuvent pousser à abuser des substances nocives pour la santé. Et si tout ça remontait à l'enfance?

Image: archives/AFP

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Combien d’adultes sont accros à l’alcool ou à la clope ? J’en sais rien précisément mais c’est beaucoup, vu que rien qu’autour de moi, j’en ai déjà un paquet (des rouges, avec filtre).

Pourquoi on décide un jour de se bousiller la santé, des raisons, on peut en trouver plein. La plupart d’entre nous n’a pas envie d’écouter les autres, ceux qui essaient de nous dire qu’on se fout en l’air, qu’on est même clairement en train de se tuer. On les écoute pas parce qu’un adulte est libre de ses choix même pour le droit de se foutre en l’air. Se battre pour sa liberté de choix, c’est adulte. Choisir de se foutre en l’air, c’est immature, évidemment.

Parfois, on se met à crier «je fume si je veux, je bois si je veux, j’ai pas de compte à rendre», parfois on reste calme «je préfère mourir plus tôt mais vivre pleinement, sans me priver des plaisirs qui pimentent mon existence». Il paraît qu’on assume. Entre autres, les conséquences.

Pas facile d'assumer

Personnellement, j’ai jamais entendu un type à qui on annonçait un cancer du fumeur ou une belle cirrhose réagir avec philosophie «pas de soucis, je l’ai mérité». Le jour où ça lui tombe dessus, bizarrement, le type qui assumait une mort précoce au nom du plaisir, se laisse chimiothéraper avec la docilité du paniqué qui veut la garder, cette putain de vie. Et il a raison.

Seulement à un moment, il faut bien se poser la question de la contradiction. Savoir les risques qu’on prend, ça c’est une chose acquise. On peut pas dire qu’on nous le répète pas à longueur de journée que l’abus d’alcool est dangereux, que fumer tue. Mais ça nous touche pas. Un peu comme si, seuls compte l’instant, là, aujourd’hui, et la clope que j’allume maintenant. Demain, on s’en fout.

Écrire sur un paquet de cigarette que «fumer tue», dans cet esprit là, c’est d’une portée contestable. Fumer tue, certes, mais pas aujourd’hui, là, maintenant, au moment où j’allume ma clope. Ce serait bien plus efficace d’écrire «fumer fait puer de la gueule», parce que là, maintenant, au moment où j’allume ma clope, ça me tombe dessus, l’haleine de cendrier.

Des pubs intelligentes

Et comme j’ai envie de parler en même temps à mon voisin, que je me sens con quand je le vois mettre un doigt poliment sous ses narines ou plisser des yeux sous la souffrance, peut-être que «fumer fait puer de la gueule» a plus d’impact. D’ailleurs certains l’ont compris. On se souvient de cette publicité hyper intelligente dans laquelle on voyait un type complètement bourré s’humilier de manière définitive devant son patron et tous ses collègues consternés à une soirée d’entreprise.

Le slogan «tu t’es vu quand t’as bu ?» résumait tout. Parce que le mec bourré, si on lui dit qu’il peut provoquer un accident de voiture, ça le concerne pas. Il n’en a même pas conscience, vu qu’il est bourré. La cirrhose, le tremblement pathétique de celui qui boit depuis trop longtemps, il s’en fout, il l’a pas encore. Donc dans sa tête, il l’a pas.

Piste de l'enfance

Tout ça, c’est bien joli, on peut même discuter longtemps de la manière d’inciter les gens à arrêter leurs addictions nocives, ça changera rien. Parce que la seule chose qui compte vraiment, c’est pourquoi on le fait. Pourquoi on allume cette putain de clope, pourquoi on boit ce verre de trop alors qu’on est déjà bien entamé. On le fait parce que ça soulage. De quoi ? Des autres. De la manière dont on se sent mal à l’aise dans un groupe, mal dans sa vie, mal dans sa peau. Fumer et boire, ça reste un plaisir si on va pas trop loin. Celui qui va trop loin va mal. Y’a rien d’autre à dire.

Celui qui va mal, c’est qu’il a pas fini de grandir, de se construire, qu’il a pas pu réparer les mochetés de son enfance et qu’il trouve dans l’auto-destruction une piste incertaine pour échapper à tout ça. Exactement comme un adolescent. Celui qui abuse de clope ou d’alcool est resté bloqué dans sa révolte d’adolescent et, comme lui, il utilise les armes de son droit à la liberté pour continuer, en dépit du bon sens, à se détruire. Les solutions, elles sont propres à chacun, prise de conscience, volonté de changer, thérapies en tout genre, on a le choix.

Le jour où on écrira sur un paquet de clope ou sur une bouteille d’alcool «vous buvez ou fumez trop parce que vous allez mal», peut-être que là, je commencerai à croire que cette société veut qu’on aille mieux.

Illustratrice de talent, auteure de plusieurs livres et bandes dessinées pour la jeunesse, Hélène Bruller qui dit être «née clown», vit désormais à Paris après avoir résidé plusieurs années à Genève du temps de son mariage avec Zep (avec qui elle a eu deux enfants). Elle a notamment écrit les textes du «Guide du Zizi sexuel», les «Minijusticiers», et, en bande dessinée,«Les autres filles et leurs mecs», «Je veux le prince charmant» et d'autres albums. Sa nouvelle de BD est paru mi-janvier 2014 : «Starfuckeuse».

Créé: 31.10.2014, 15h02

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