Un mélange détonnant: familles, mariages et religions

SociétéLe dernier film français à la mode «Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?» fait un tabac au box office et a enregistré près de 10 millions d’entrées 3 mois après sa sortie. Analyse des ingrédients qui font cet énorme succès artistique.

«Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?» est sorti en salles le 16 avril dernier.

«Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?» est sorti en salles le 16 avril dernier. Image: DR

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Claude et Marie Verneuil appartiennent à la grande bourgeoisie française de province. Le père étant un notable local bien en vue et un notaire aisé, la magnifique demeure où ils ont élevé leurs 4 filles ressemble à un château. Mais ces quatre jeunes filles «de bonne famille» ne vont pas choisir les prétendants à l’image de leur famille d’origine, comme on pouvait naturellement s’y attendre…

La première, dentiste de profession qui gagne honorablement sa vie, va épouser un bon juif, fils de commerçants du Marais, séduisant et beau parleur, mais peu débrouille professionnellement. La seconde, avocate, tombe amoureuse d’un collègue d’origine maghrébine et musulman qui défend la cause des « jeunes trafiquants de drogue à capuche». Quand la troisième, artiste peintre hyperémotive et sensible, épouse un jeune cadre bancaire dynamique, mais d’origine chinoise, les parents Verneuil sont accablés.

En peu de temps, leur vie bascule et tous leurs rêves de beaux mariages avec des gendres issus de leur milieu social s’effondrent ! Leurs bons principes de charité chrétienne sont mis à rude épreuve.

Si vous n'avez pas vu le film, voici la bande annonce:

Les relations se compliquent

Le choc des cultures qui ébranle fortement cette bonne famille catholique, un brin conventionnelle, met en péril non seulement leur équilibre individuel, mais aussi leurs liens interpersonnels. Car, même si ces quatre sœurs constituent une fratrie unie et solidaire, l’apparition de gendres d’origines si différentes complique singulièrement leurs relations. Les repas de famille tournent vite à l’affrontement verbal et même à la confrontation physique brutale...

L’enchaînement de situations cocasses et de dialogues enlevés, fort bien joués par des acteurs qui semblent très inspirés par le sujet, culminent avec la circoncision du premier bébé de la famille. Ce rituel religieux, indispensable dans la tradition juive et musulmane, inscrit dans la Bible, n’est pas pratiqué dans les mêmes délais et fait grand débat entre eux, même si la fille dentiste leur présente la chose comme un acte purement médical et hygiénique, sans rapport avec une appartenance confessionnelle.

Le privilège d’enterrer le prépuce sous un arbre de la grande propriété familiale revient au père, «bon mâle entier catholique», horrifié par cette pratique génitale mutilante qu’il compare à une excision. Prépuce qui finira dans la gueule du sympathique petit chien qui comble la solitude de ce pauvre couple parental fort malmené et abandonné par leur descendance !

La dinde kasher de Noël

Marie Verneuil, très découragée par cette situation inextricable qui bouleverse ses valeurs fondatrices et ses relations avec ses filles, sombre peu à peu dans la dépression. Ce diagnostic posé par son médecin généraliste l’ébranle et, refusant son conseil d’aller consulter un psy, elle préfère confier sa détresse au jeune curé de sa paroisse, qui ne lui témoignera pas une grande empathie.

Elle décide alors d’inviter tout le monde chez elle pour fêter Noël et pousse sa bonne volonté et sa charité chrétienne jusqu’à concocter une dinde kasher et une dinde laquée, en plus de la dinde traditionnelle. Chaque fille ayant tempéré les susceptibilités de son mari et recommandé d’éviter les clichés malfaisants et les sujets qui fâchent, ils vont faire preuve de bonne volonté jusqu’à chanter la Marseillaise, debout la main sur le cœur, devant leur beau-père qui en a des frissons d’émotion patriotique.

Ils font même l’effort de participer tous à la Messe de minuit dans l’Eglise du village et leur chœur enthousiaste quand ils chantent « Le petit Jésus » ravit et réconforte toute cette famille qui en avait bien besoin. Les liens intergénérationnels sont aussi renforcés et consolidés par la présence des petits-enfants, même si certaines ont les yeux bridés…

Il est catholique!

Tous les espoirs reposent donc sur la quatrième fille qui est la seule à pouvoir combler les attentes de ses parents. Ils tentent de lui présenter un futur époux conforme à leurs attentes et à leurs espérances qui respecterait parfaitement leurs sentiments d’appartenance et d’origine.

Mais celle-ci est déjà secrètement en ménage avec un jeune comédien d’origine africaine qui vient de lui présenter sa demande en mariage et de lui offrir une bague de fiançailles. Elle finit par leur avouer que son cœur est déjà pris et qu’elle est sur le point de s’engager. L’annonce qu’il est catholique et issu d’une famille croyante et pratiquante est un véritable baume sur le cœur de ses géniteurs, qui en oublient de lui demander d’autres détails.

Les présentations dans un restaurant parisien vont mettre à rude épreuve le cœur et les bonnes valeurs de ces deux chrétiens blancs lorsqu’ils découvrent que leur futur beau-fils est noir!

Bible et zumba

C’est sans compter les réactions de la famille africaine : le père, militaire de carrière bien carré, fait preuve de préjugés très négatifs à l’égard des français, anciens colonisateurs de l’Afrique, qu’il considère comme «bêtes et méchants, profiteurs et esclavagistes». On découvre soudain que les noirs peuvent être aussi racistes à l’égard des blancs que les blancs à l’égard des noirs!

La perspective de recevoir chez eux 400 africains pour le mariage de leur dernière fille et d’avoir des enfants métissés et colorés achève définitivement le couple Verneuil. Marie sombre dans la dépression et se décide enfin à consulter un psychiatre qui va lui faire beaucoup de bien en prenant le temps d’écouter ses plaintes et ses craintes. Claude se défoule sur les arbres de son parc avec sa tronçonneuse, puis s’en va pêcher au bord de la rivière, en refusant de participer aux préparatifs de la fête et d’en financer la totalité.

L’arrivée de la famille africaine remet en péril le fragile équilibre familial récemment retrouvé. Les bonnes lois de la thérapie systémique, avec sa traditionnelle logique des loyautés et sa comptabilité des dettes et des mérites, sont réactualisées par cette nouvelle alliance.

Les négociations entre les deux patriarches vont être ardues et difficiles. Tandis que les deux matriarches se retrouvent très vite autour des textes bibliques et du professeur de zumba. Les femmes sont plus proches de leur cœur et cherchent à développer leur légendaire solidarité inter-féminine. Il faudra une partie de pêche mémorable, un dîner copieusement arrosé et une nuit commune en prison pour rapprocher ces deux hommes, qui se découvrent tous deux gaullistes et opposés à ce mariage contre nature.

Quand serons-nous prêtes?

Ce film à succès traite nombreux thèmes qui agitent beaucoup notre société actuelle à l’heure de la mondialisation et de l’ouverture des frontières. Sur le ton de la comédie, on y retrouve les questions relatives au racisme culturel et religieux qui créent encore beaucoup de tensions dans le monde d’aujourd’hui et une dangereuse montée des intégrismes et des patriotismes.

Quand serons-nous prêtes à accepter la mixité ethnique et l’enrichissement du patrimoine génétique de nos petits-enfants, issus des unions métissées de nos enfants? Quand serons-nous capables de nous affranchir de l’ancestrale logique des territoires, en suivant l’exemple de la nouvelle vision de la pourtant traditionnelle Eglise Protestante de Genève?

Quand serons-nous assez ouvertes d’esprit pour renoncer aux abominables guerres de religions qui sévissent depuis tant de siècles sur notre Terre et pour pratiquer un œcuménisme à grande échelle, en respectant les rituels et traditions des uns et des autres, sans chercher à prouver quelle est la meilleure? Quand serons-nous capables d’accueillir avec bienveillance nos nouveaux gendres ou voisins, même s’ils ne viennent pas du même village, de la même commune, du même canton ou d’un autre pays que nous?

Apprendre à s'aimer

A l’image de ces deux femmes, blanche et noire, qui se respectent d’emblée et apprennent à s’aimer, au-delà de leurs différences et jusque dans leurs ressemblances? Pouvons-nous nous inspirer du plaisir que nous avons de voyager dans d’autres pays, de découvrir d’autres cultures, d’autres coutumes, de nouvelles langues et de nouvelles danses?

Comme cette réjouissante noce française qui danse avec joie et enthousiasme sur de la musique africaine. Ou la magnifique proposition qui clôt ce film si touchant, de ce mari qui invite son épouse après 30 ans de mariage à refaire un voyage de noces ensemble en partant visiter leurs belles-familles aux quatre coins du monde!


Docteur Juliette Buffat est psychiatre et psychothérapeute FMH, spécialisée en sexologie, gynécologie-obstétrique psychosomatique et en thérapie de couple. Cette médecin a toujours été préoccupée par la santé des femmes au sens large et 24 heures se réjouit qu'elle ait accepté de rejoindre récemment les chroniqueuses des Quotidiennes.

Créé: 23.07.2014, 10h37

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