Oh My God, faire du vélo

Cyclisme en villeNotre chroniqueuse basée à Boston s'est essayée au vélo. Une expérience mémorable à tous points de vue!

Rouler à vélo, en plein de Boston, ce n'est pas toujours une partie de plaisir.

Rouler à vélo, en plein de Boston, ce n'est pas toujours une partie de plaisir. Image: Keystone

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«Faire du vélo», pour moi, c’était une esthétique. Un mythe du Beau et du Léger. C’était une jupe s’envolant dans les premières feuilles jaunies et l’ombre corail des derniers jours d’été, des paniers sur le guidon chargés de vin rouge, une baguette et du brie pour le pique-nique au bord de l’eau. Des clins d’œil essoufflés aux feux rouges, les joues rosies par l’effort. C’était une bicyclette vintage avec une petite sonnette en métal argenté et une scelle en cuir brut brunie par le temps. Donc quand on m’a dit : «girl, you should get a bike !», j’ai pensé «porque no, after all».

Femme de parole (et un brin brain-washed par 90% de mes amis «marcher-c’est-so-2009-le-vélo-c-est-le-futur»), j’ai accepté de me rendre dans le magasin avec mes économies, et en suis ressortie avec une bête d’acier brossé – ou quelque chose de gris comme ça mais on disait que je savais de quoi je parlais, un casque turquoise et argenté ASSORTI à mon manteau turquoise ET à mon vélo argenté (ressembler à un champignon, d’accord, mais un champignon qui a du style) et une sonnette «INCREDIBELL» (comment résister).

En trois mots : J’étais fière.

Un sticker, en cas d'urgence

Bon. Quand le vendeur m’a demandé de coller le sticker avec mon nom, prénom, et numéro de téléphone d’urgence au fond de mon casque, «we hope you won’t need it but… you know… just in case», il m’a fallu un moment pour comprendre que ce n’était pas juste pour me le rendre si je le perdais dans un bar après deux verres de Sam Adams. What do you fucking mean ‘just in case’ ? Dans l’esthétique du Beau et du Léger, pas de ‘just in case’ ! J’ai quand même collé mon sticker en tremblant.

Lundi matin, 8h15, 7 heures de sommeil (carence majeure dans mon cas), -12 °C, quelques flocons maigrichons également appelés «pluie glacée qui te mord les os ». Sur mon vélo, le vent me brûle le visage. Vous vous souvenez quand vos parents vous emmenaient, à six ans, vous faire brûler une verrue à l’azote et que vous refusiez de leur parler pendant les trois jours qui suivaient, même quand ils vous achetaient de la glace au chocolat pour se faire pardonner ? La même chose, mais sur tout le visage. Le vélo multiplie sournoisement le froid par un coefficient d’environ 8000 (donc pour ceux qui suivent, 8000 x (-12) = -96000).

Le vélo, ça fait mal!

Je pédale sur une montée sans piste cyclable quand soudain je sens l’haleine huileuse d’un 4×4 collé à ma roue arrière. Après m’être faite klaxonner trois fois aux fesses et pris un «FUCK OFF YOU PUSSY IT’S A FUCKING ROAD NOT A BIKE LANE» matinal, I may or may not have hated myself for ever. GOOD MORNING SUNSHINE ! J’essaie de reprendre mon souffle sans mourir au feu rouge, au milieu des voitures qui me dépassent sur la gauche parce que je n’ai pas réussi à indiquer que moi aussi je voulais aller à gauche – mais aussi COMMENT LÂCHER LE GUIDON POUR DIRE SI TU VAS A DROITE OU A GAUCHE SANS TE CASSER LA GUEULE, HEIN ?

L’Homme de Ma Vie, qui s’est dévoué pour m’assister dans cette trépidante aventure, essaie de m’empêcher de couper la route à une voiture à un croisement, il dit «PAS DEVANT LE TAXI !», j’entends «PASSE DEVANT LE TAXI !»: que nenni des clins d’œil langoureux, je me fais hurler dessus pour la troisième fois en vingt minutes et j’ai le cœur dans la gorge.

Et by the way : Le vélo, ça fait MAL. Ceux qui le nient MENTENT EFFRONTÉMENT. Les routes déformées par la neige et le sel me labourent les fessiers en mode Fifty shades of Grey et je commence à me demander si je vais pouvoir m’asseoir au bureau (R.I.P. sex-appeal).

Le vélo, un progrès social ?

Finalement, j’arrive à destination, vacillante telle la flamme dans la neige (ou juste telle la fille qui ne sait pas faire du vélo dans la neige, à vous de voir). J’attache ma bécane* et me repasse le «FUCK OFF YOU PUSSY IT’S A FUCKING ROAD NOT A BIKE LANE» en réprimant mes sanglots. C’est…quand même… pas de… ma faute… si… y’a pas… de fucking bike lanes… J’ai envie de gifler mes potes bobos-hipsters-à-mèche-pour-la-paix-dans-le-monde qui ont eu les couilles de me vendre ça comme l’ultime preuve de progrès social et de fraternité internationale. ET LA MARMOTTE ELLE MET LE CHOCOLAT DANS LE PAPIER D’ALU ! Vélo = trou noir d’énergie négative, et IL EST QUE 8H45 ! Je repense avec nostalgie à mes heureux jours de marche, ces jours lointains où NPR rythmait mes pas en me donnant le pouls du monde. Ah, comme on était bien.

«Oh come on, girl, it’ll come, you’ll get it, you just have to get used to it !». Sure, et la mort c’est aussi une question d’habitude ? «Well you didn’t chose the easiest place to start biking… I mean… Hello, Boston ! Not exactly the friendliest place on Earth.» Oh, is that right? Je ne prendrai le vélo que pour les pique-niques au bord de l’eau.

*NB : J’ai bien conscience que cette phrase est particulièrement kitsch mais j’ai toujours eu envie de dire j’attache ma bécane avec la dégaine rock’n’rauque du collectionneur d’Harley Davidson à barbe poivre et sel qui met ses Ray-Ban, juste pour voir l’effet que ça faisait. Je ne suis pas déçue.

Célia Héron est journaliste au sein du groupe Tamedia (qui édite notamment 24 heures) et auteure à ses heures perdues. Après Paris, Rio de Janeiro et Lausanne, elle vit actuellement à Boston, aux Etats-Unis. Entre joies de l'expatriation et mal du pays, elle nous raconte ici ses (més)aventures.

Créé: 26.06.2014, 10h20

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