AboConflit social à GenèveAccusé de licencier ses employés âgés, Caran d’Ache dément
Le syndicat Unia reproche à l’entreprise genevoise une politique de ressources humaines «brutale». Le fabricant de crayons réfute catégoriquement.

Rémi*, 60 ans, a la voix tremblante. Après trente-cinq ans passés dans l’entreprise de stylos et crayons Caran d’Ache, cet ex-cadre a été licencié en décembre. Officiellement, son absence empêchait le bon fonctionnement d’un atelier de la compagnie basée à Thônex. Mais selon le syndicat Unia, ce renvoi s’inscrirait dans une politique de gestion des ressources humaines délétère. Ce que l’entreprise dément catégoriquement.
«Tout le monde sait à quel point il est difficile à cet âge de retrouver du travail.»
Pour Rémi, les difficultés commencent en 2020. Au sein de Caran d’Ache, l’homme est dégradé de responsable de département au poste de contremaître. Il est chargé de remettre en bonne marche un atelier ne fonctionnant plus. Très vite, il fait un burn-out. «Je ne dormais plus, je me suis mis à boire, raconte-t-il. En mai 2022, mon médecin m’a mis en arrêt.»
Pratique régulière
Le temps passe, le cadre commence à remonter la pente. Il prévoit de revenir travailler en décembre 2022. «J’ai eu des contacts avec mon supérieur. Il m’a dit qu’on allait adapter mon cahier des charges», se souvient-il. Mais quelques jours avant la reprise, tout s’effondre: il est convoqué par les ressources humaines, qui le jugent finalement inapte à reprendre le travail. Il est licencié.
«Je n’aurais jamais imaginé être considéré ainsi, j’étais abattu. On ne m’a même pas autorisé à reprendre mes affaires. Je n’ai pourtant rien fait de problématique, mon certificat de travail le montre bien!» s’insurge Rémi.
Pour le syndicat Unia, il est un énième exemple d’une gestion des ressources humaines «brutale». Unia reproche à l’entreprise genevoise de licencier régulièrement les employés ayant entre 55 et 60 ans. «Tout le monde sait à quel point il est difficile à cet âge de retrouver du travail, rappelle Alejo Patiño, secrétaire syndical Unia. Cette pratique dure depuis environ cinq ans chez Caran d’Ache.»
Pour appuyer ses propos, Alejo Patiño cite l’exemple de quatre employés licenciés en 2019 et qui se situaient dans la même tranche d’âge. Des salariés de l’entreprise disent aussi être témoins de ces pratiques. «Les collègues qui ont un certain âge sont aussi régulièrement ciblés et remplacés par des jeunes au salaire minimum», affirme Sylvain*.
Caran d’Ache dément
Questionné sur le cas de Rémi, Caran d’Ache ne se prononce pas. «Dans le cadre du respect de la personnalité qui prévaut dans toute relation de travail, Caran d’Ache se refuse de commenter des situations individuelles», explique la direction de l’entreprise.
Elle réfute toutes les accusations d’Unia, surtout concernant la politique de l’entreprise pour les travailleurs âgés. «La direction de Caran d’Ache promeut une culture d’entreprise respectueuse, responsable et familiale. Sa politique RH repose sur les compétences et une démarche inclusive affirmée décorrélée des questions d’âge, de genre, favorisant entre autres l’intégration. L’entreprise emploie en moyenne quelque 300 collaboratrices et collaborateurs dont 25.5% ont plus de 55 ans.»
«Suite à des divergences avec Unia, les représentants de la commission du personnel ont souhaité en 2019 signer une nouvelle CCT avec le syndicat SYNA.»
Caran d’Ache ajoute même que neuf employés de plus de 55 ans ont été recrutés depuis 2019, dont deux pour le seul début d’année 2023 (respectivement 58 et 59 ans).
L’entreprise rappelle aussi qu’Unia n’est plus considéré comme un partenaire syndical depuis 2019. «À la suite de divergences de vues avec Unia, les représentants de la commission représentative du personnel ont souhaité en 2019 signer une nouvelle CCT avec le syndicat SYNA. Cette convention est entrée en vigueur début 2021, et nous tenons à relever le climat constructif et serein dans lequel les discussions tripartites sont menées depuis», explique la direction.
L’affaire sera tranchée par la justice. Le syndicat a saisi les Prud’hommes pour le cas de Rémi. Ils considèrent le licenciement comme abusif et demandent la réintégration de l’ex-cadre dans l’entreprise.
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