AboDans votre communeLes inégalités en Suisse, quartier par quartier
Les populations défavorisées se mélangent peu à celles qui sont plus aisées. Des données inédites permettent de cartographier la faible mixité sociale qui caractérise la plupart des communes.
Dans chaque ville et chaque village de Suisse, on trouve des habitants plus aisés et d’autres qui le sont moins. La plupart du temps, ils forment des groupes qui se mélangent peu: des frontières claires s’établissent entre les différents statuts socio-économiques.
Les spécialistes parlent de ségrégation pour désigner cette structure d'inégalité. Concrètement, cela signifie que les personnes aisées et les personnes défavorisées s'installent souvent dans des endroits distincts. Parfois, seule une voie de chemin de fer, une route ou une rivière les sépare.
Des données exclusives permettent, pour la première fois, de visualiser ces inégalités au niveau national mais aussi commune par commune. Cette analyse est réalisée grâce à un indice qui montre, pour plus de 1,5 million de bâtiments en Suisse, si des personnes plutôt aisées ou plutôt défavorisées y vivent. Les modèles d'inégalité apparaissent de façon particulièrement évidente dans les grandes villes alémaniques, notamment à Berne et à Zurich, mais beaucoup moins dans les grandes villes lémaniques.
David Kaufmann travaille à l'EPFZ, plus précisément à l'Institut pour le développement du territoire et du paysage. Le professeur assistant a analysé pour nous les modèles d'inégalités dans les différentes villes. Et il a été surpris de voir à quel point la mixité sociale était faible dans les grandes alémaniques. Il cite l’exemple de Berne. David Kaufmann rappelle que la capitale fait preuve d'une «forte rhétorique de la diversité» dans sa politique de construction de logements. Or cette mixité n'apparaît pourtant pas dans les données. Dans ce sens, Berne est certainement atypique, «moins urbaine» et «plus bourgeoise» que d'autres villes.
En raison de la hausse constante des loyers, l’expert est persuadé que la pression sur les personnes pauvres pour qu'elles quittent les villes va continuer à augmenter. De tels effets d'éviction existent surtout à Bâle et à Zurich, précise David Kaufmann. En revanche, fait-il remarquer, des villes comme Genève ou Lausanne sont plus mixtes. Dans ces métropoles, de gros investissements sont faits dans la politique du logement, ce qui mène donc à davantage de logements subventionnés. Des modèles intéressants ne se manifestent pas seulement dans les grands centres, mais aussi dans de nombreuses petites villes.
Quand les beaux quartiers sont en périphérie
Dans plusieurs petites villes de Suisse, on observe un schéma particulier: les plus défavorisés habitent dans le centre-ville et les plus aisés dans les agglomérations. C’est notamment le cas à Bienne (BE) et à La Chaux-de-Fonds (NE). Le professeur David Kaufmann suppose que cet effet, tel qu'il a été observé dans les années 1970 à 2000, se fait encore ressentir aujourd’hui par endroits. À cette époque, la classe moyenne aisée s’est installée dans les agglomérations, tandis que les plus pauvres, les personnes âgées, les chômeurs et les étrangers sont restés dans les centres. David Kaufmann précise toutefois que de tels schémas sont plutôt exceptionnels. Il explique que les deux villes en question n'ont pas connu une croissance économique aussi forte que d'autres villes.
Quand le centre-ville est chic
C’est le schéma le plus fréquent dans les villes suisses: les personnes aisées vivent au centre et les moins fortunés en périphérie. Fribourg et Thoune en sont de bons exemples. Vivre au centre d’une ville est généralement considéré comme avantageux, surtout pour les pendulaires, fait remarquer David Kaufmann.
Les villes en mosaïque
La structure la plus courante d'une petite ville suisse ressemble à une mosaïque: les quartiers résidentiels où vivent les plus aisés et les moins aisés se succèdent. «C'est justement en comparaison avec des villes plus grandes comme Berne ou Zurich que de tels centres régionaux apparaissent comme mieux mélangés», explique David Kaufmann. Lancy et Berthoud (BE) sont des exemples de telles villes mosaïques. «Lancy est très segmenté, analyse-t-il. Il y a de grands immeubles (en partie des logements sociaux), mais aussi de petites maisons individuelles.»
Des régions structurellement faibles ou prospères
Les différences entre les régions structurellement faibles et les régions prospères sont également évidentes. En Valais, dans le Jura ou au Tessin vivent beaucoup plus de personnes pauvres, du moins par rapport à la moyenne suisse. La ville de Martigny (VS), par exemple, est particulièrement faible sur le plan structurel avec ses quelque 20'000 habitantes et habitants. Des villes situées dans des régions économiquement fortes, comme Zoug (environ 30’000 habitants et habitantes), comptent en revanche davantage de personnes aisées.
Vous voulez savoir comment se répartissent les plus défavorisés et les plus aisés dans votre commune? Utilisez le champ de recherche:
















